• [^] # Re: Le caractère fétiche dans la musique.

    Posté par . En réponse au journal Le violon et son contexte. Évalué à 5.

    C'est clair, et c'est assez connu depuis déja un sacré bout de temps. D'ailleurs, cette étude sur les Stradivarius n'est pas unique, j'avais déja vu un reportage sur Arte il y a quelques années, et les conclusions étaient vraiment similaires (avec un protocole bien moins rigoureux). Les Stradivarius sonnent encore très bien pour des instruments aussi anciens, mais leur qualité est inférieure à celle des violons de haute facture moderne.

    Le snobisme est partout dans le monde de la musique, et c'est quelque chose qui rend détestable à mes yeux. Un autre exemple que l'on peut trouver pour la quasi-totalité des instruments est l'attachement totalement irationnel des musiciens aux matériaux précieux. Il est évident qu'un instrument fabriqué dans un matériau de qualité est un bel objet, qu'il peut être plus satisfaisant à manier et à exhiber en public, qu'on apprécie son contact, sa densité, sa robustesse, ou sa duréé de vie. Cependant, la plupart des musiciens jureraient sur leur vie que les instruments précieux sonnent mieux, ce qui est totalement irrationnel : (i) il n'y a aucune raison pour que les matériaux précieux aient de meilleurs qualités acoustiques que les matéraux bon marché (pourquoi l'or ou l'argent vibreraient mieux que le plomb ou le fer?), et (ii) il a été démontré scientifiquement et à plusieurs reprises que, pour la plupart des instruments, seule une part mineure des matériaux intervient dans la production du son.

    Par exemple, les parties vibrantes d'une guitare acoustique sont les cordes et la table d'harmonie. Les autres parties ne vibrent pas, et ne font que contribuer à la géométrie de l'instrument et de sa caisse de raisonnance. On peut fabriquer une excellente guitare classique avec une caisse en carton, pourvu que la table soit de bonne qualité. Malgré ça, on continue à déforester les forêts tropicales pour coller du palissandre et du bois de rose partout, et on conseille aux débutants d'acheter des instruments à plus de 500,ドル un moyen parfait de se couper des classes sociales les moins favorisées.

    Un autre exemple auquel je me suis intéressé est celui des instruments à vent. La situation est encore plus simple : la plupart du temps, le seul matériau qui importe est la partie vibrante (anche, ou rien du tout pour les flutes et les cuivres). Pour le reste, c'est une simple question de géométrie. Eh bien ça n'empêche pas les écoles de musique de refuser les instruments en "résine" (en plastique, quoi), pour préférer des flutes en métal précieux (argent, or, platine, avec l'espérance totalement débile que plus le métal est cher et plus le son sera bon), ou pour préférer les clarinette en bois d'ébène (alors que le bois est difficile à entretenir, fend, prend l'humidité, et bouge sans arrêt, ce qui accélère énormément la fréquence des révisions). Bref, on est dans l'irrationnel le plus pur, et pourtant, c'est la norme. Je soupçonne également les fabriquants de disposer de plusieurs qualités de géométrie des instruments (correspondant à plusieurs générations d'instruments), soigneusement appliquées en ordre décroissant dans la gamme de leurs produits, afin de ne surtout pas avoir la même justesse et la même qualité sonore en fonction du prix (un instrument d'une gamme donnée doit sonner mieux que celui du concurrent, mais moins bien que l'instrument plus cher de la même marque).

    Bref, il y a la partie psychologique, qui est liée au snobisme général des musiciens et leur goût pour les choses raffinées ; et il y a la partie commerciale, qui ne souhaite pas faire bouger les lignes étant données les marges pratiquées dans le domaine...