• [^] # Re: Bof

    Posté par (site web personnel) . En réponse au journal Nous vivons des temps formidables, ou comment nous sommes en train de devenir has-been.. Évalué à 5.

    Oui, ma petite boutade sur le has-been et le will-be relevait plus de l'amusement et "l'appel" que d'une conviction profonde.

    Moi-même je me fiche bien d'être ringard. D'ailleurs (attention, démonstration de suicide social en "live" !) je suis moi-même un lecteur assidu de Saint Augustin, Saint Thomas d'Aquin, de Hannah Arendt et de Joseph Ratzinger (Benoit XVI), ce qui relève pour beaucoup de quelque chose qui dépasse largement la ringardise et frise la débilité mentale.

    Alors oui, sur ce point nous sommes d'accord. Pour le reste, je le suis aussi, mais jusqu'à un certains point.

    En ce qui concerne mon unique personne, je ne suis pas inquiet. Les outils de mon indépendance sont à disposition et j'ai les moyens d'en user.

    Mais mon inquiétude n'est pas une inquiétude technique, sur ce point le libre à gagné : la plupart des technos de dev, la plupart des formats d'échange sont désormais libres.

    Mon inquiétude relève de l'impact "social" du développement actuel des pratiques sur la toile.

    Oui, tout est techniquement possible pour être "libres", mais dans les faits tout se concentre de plus en plus dans les mains de quelques acteurs jusqu'à un point il y a peu inimaginables (les App Stores etc.).

    Sans parler de la question plus globale de la vie privée, de la vie intérieure, du développement exponentielle de la désolation qu'il faut distinguer (selon la judicieuse terminologie de Arendt) de la solitude.

    La solitude c'est le lieu dans lequel on se retire pour être à la fois plus à soi-même et, par un effet de retour, plus aux autres : Numquam se minus solum quam cum solus esset Nous ne sommes jamais aussi peu seuls que lorsque nous sommes seuls avec nous-mêmes.

    La désolation c'est le vide intérieur qui se nourri de la perte de la relation avec autrui comme avec soi-même. On peut être dans un état de désolation alors même que nous sommes entourés de centaines de personnes. C'est typiquement l'état que produisaient les systèmes totalitaires en infiltrant le soupçons de manière diffuse et forte dans le coeur de chacun.

    Le soupçon, voilà l'un des gros problèmes que pose notre sujet, la perte de la confiance en autrui ("Ouais je sais que Facebook il me pique toute mes photos pour la pub, mais bon, j'ai pas le choix si je veux discuter avec Suzie et Suzon !"). Elle devient quasiment systématique, et c'est vraiment, en soi, inquiétant, au sens strict du terme : cela nous éloigne de la quiétude qui s'appuie sur la confiance.