• # Bon, je vais pas forcément être apprécié de mon auditoire

    Posté par . En réponse au journal Un budget équilibré, est-ce trop demander ?. Évalué à 9.

    (tout ce qui suis est une position keynésienne hyperclassique. Elle semble minoritaire par les temps qui courent, y compris chez le candidat PS désigné)

    • En temps normal, il convient de maintenir un équilibre budgétaire (*) . Mieux, il convient de faire des excédents en prévision des périodes de crise
    • En temps pas normal (la crise), la dépense privée se contracte, ce qui si on ne fait rien conduit à ralentir la croissance économique, ce qui en soi n'est pas bien grave (cette remarque, c'est mon côté décroissant), mais a pour conséquence de créer du chômage (**)
    • Il convient donc, soit de stimuler l'investissement privé, soit de la remplacer par de l'investissement public (***)
    • Généralement, le plus simple est de stimuler l'investissement privé en soutenant le crédit par le biais de la politique monétaire (en faisant baisser les taux d'intérêt, on rend le crédit plus attractif)
    • Problème les taux d'intérêt réels (hors inflation donc) sont déja à 0%. Donc, on ne peut plus le faire
    • A ce moment là, la politique budgétaire doit prendre le relais (****) .
    • Il est vrai qu'il vaudrait mieux pour cela être dans une position confortable au niveau du stock de dette (c'est à dire ne pas avoir fait de façon inconséquente de la dette depuis 35 ans), mais vu la gravité de la situation, on a pas trop le choix.
    • Problème, un certain nombre d'Etats étant dans une situation réellement catastrophique, ils n'ont plus accès aux marchés. Il faudrait que les pays peu endettés (l'Allemagne, les pays du Nord, dans une moindre mesure la France) relancent de l'endettement à l'échelle de la zone euro pour soutenir l'économie des pays à problème
    • Or, c'est pas du tout ce qu'on est en train de faire. On fait le contraire parce que les conditions d'emprunt ne cessent de se dégrader. Le problème c'est que en contractant la dépense publique, on accroit la récession (moins d'investissement public et moins d'investissement privé, ça fait plus de récession). Et en accroissant la récession on réduit les capacités de remboursement. Donc les prêteurs craignant pour leurs remboursements demandent une prime de risque de plus en plus grande. Donc on coupe de plus en plus dans les dépenses, ce qui accroît la récession.... A la limite, on annoncerait un plan de relance crédible à l'échelle européenne, les prêteurs y croiraient et on pourrait le financer sans problème. On ne le fera pas parce que la position (keynésienne) que je défends n'est pas partagée par une large part de la classe politique (c'est différent chez les économistes).
    • Et aussi parce qu'on a tellement engagé la spirale récessive avec les coupes de ces dernières années qu'une inversion de la vapeur est maintenant difficile.
    • Il reste une solution alternative (qu'on ne fera pas non plus parce qu'elle est difficilement conforme aux traités et que là encore, un certain nombre de politiques n'y croit pas), c'est faire financer massivement la dette directement ou indirectement par la BCE qui peut créer de la monnaie quand elle le veut. Normalement, c'est une mauvaise solution parce que ça crée de l'inflation. Mais nous sommes dans une situation catastrophique, donc le plus raisonnable serait de prendre le risque (d'autant que cette crise est une crise de la demande et qu'elle a donc de fortes tendances déflationnistes et non inflationnistes).
    • Autre solution: la fin de l'euro. Ca déséquilibrerait complètement le système bancaire, ça serait un signal politique cauchemardesque, plus une foule de conséquences imprévues, mais ça aurait le mérite de relancer l'économie des différents pays en crise (dont le notre à un certain degré, puisque les nouvelles monnaies chuteraient (sauf le mark qui resterait au niveau actuel de l'euro).

    => Moralité: On est pas dans la merde.

    (*) Je simplifie pour les besoins de la démonstration. On peut admettre des déficits si ils servent à financer des projets rentables (c'est à dire qui rapporteront à l'avenir des recettes fiscales supérieures à l'argent dépensé dans l'opération, coût du crédit inclus) ou si la croissance attendue est supérieure au déficit. Mais là, on rentre dans des cas spécifiques.

    (**) Pourquoi une baisse de la croissance induit-elle une augmentation du chômage? Le taux de chômage évolue en fonction de la création et de la destruction d'emplois. Si il y a du progrès technique, il y a destruction d'emplois, puisqu'on peut produire la même chose avec moins d'emplois. Si il y a de la croissance, il y a création d'emplois, puisqu'on a besoin de gens pour produire plus. On pourrait alors penser qu'il faut stopper le progrès technique, comme ça on serait sûr d'avoir toujours un solde création - destruction positif. Le problème c'est que 1/ le progrès technique est largement exogène (on ne le maîtrise pas) et 2/ le progrès technique crée de la croissance, donc crée des emplois (de designers d'applications iPhone, de fabricants de téléporteurs, etc...) ! En période de croissance ralentie, l'élément destruction d'emploi (qui reste plus ou moins fixe) prend donc le pas sur l'élément création.

    (***)une des critiques principales du keynésianisme est que l'accroissement de l'investissement public ne fait que se substituer à une réduction équivalente de l'investissement privé. Mon opinion, c'est qu'en période de crise, cette règle ne tient pas puisqu'il n'y a pas d'investissement privé à remplacer

    (****) On cite souvent l'exemple de la relance française de 1981 comme un échec, mais ce type de relance ne fonctionne que si elle s'effectue à une échelle comprenant une grande part des économies avec lesquelles vous commercez (je n'explique pas pourquoi, ça nous emmènerait beaucoup trop loin). La France de 1981 était un petit pays qui exportait et importait beaucoup de choses de l'extérieur. La zone euro est un vaste ensemble qui exporte et importe moins de l'extérieur.