La GPL et le copyleft sont deux problèmes différents, je pense. Le premier amène inévitablement une recontextualisation dans laquelle les querelles de chapelles et de personnes, entre affects, petites histoires et grands principes, finissent invariablement par perdre le vrai débat sur un bas côté boueux. À l'inverse, si on pose la simple question du copyleft, on peut assez facilement cerner le problème, puisqu'il ne s'agit que d'analyser la position du développeur au moment où il décide de publier son code.
Il y a en effet au fond du copyleft quelque chose d'indiscutablement légitime, puisqu'il consiste à exiger des autres une stricte réciprocité : "fais ni plus ni moins pour moi ce que je fais pour toi". Pour comprendre cette revendication, on a d'ailleurs même pas besoin de convoquer un quelconque principe moral, tant c'est une règle basique de la vie en société : nous prenons un verre ensemble, j'accepte de te laisser goûter ma boisson, puis je te demande de pouvoir faire de même avec la tienne. Il t'es alors quasiment impossible de refuser ; même si nous nous connaissons suffisamment pour se faire des petites vacheries, tu me feras rager mais tu finiras par céder, tout simplement parce qu'autrement ça ne se fait pas.
Si on accepte qu'on ne peut pas vraiment remettre en cause le copyleft sur le fond, on peut donc affirmer que tout le problème qu'il soulève vient la forme, de sa mise en œuvre concrète. La querelle naît au moment où il s'agit d'écrire la règle pour lui donner force légale. Car dans une hypothèse conflictuelle, je ne peux pas me contenter de dire "M. le juge, cet individu ne se comporte pas correctement". Non, au minimum, il me faut être en mesure de montrer clairement que l'individu ne pouvait faire ce qu'il a fait qu'en s'engageant au préalable à remplir les clauses A, B, C non abusives au regard de la loi telles que formulées. Chose qu'il n'a pas faite, s'aliénant ainsi mon autorisation. C'est à dire que d'un quasi-informulé que tout le monde comprend pourtant, "ça ne se fait pas", on passe à une formulation qui en se voulant exhaustive dans l'explicite lie indissociablement fond et forme "il n'a pas respecté les termes pourtant clairs et précis du contrat tels que ci-après énoncés...".
C'est cette liaison fond-forme qui est à la racine du conflit entre pros et anti-copyleft. Car à moins de considérer que les antis sont invariablement atteints de troubles psychologiques les conduisant à revendiquer positivement que tous puissent leur cacher au visage, personne en fait ne conteste le bien-fondé de la réciprocité. Ce qui fait débat ici, c'est que l'explicitation de ce principe engendre des formulations mutuellement exclusives, créant des frontières de mots entre gens d'accord sur l'idée. Et c'est paradoxalement cet accord profond qui rend ces deux positions irréconciliables impossibles à départager. Contester la position des uns revient à affirmer "il est normal que certains puissent accaparer le travail de tous les autres", contester celle des autres c'est soutenir "il est normal de traiter des gens de bien comme des ennemis pour se défendre des scélérats". Bien malin alors qui pourra déterminer dans l'absolu lequel des deux mal est le moindre. :)
[^] # Re: MS/Linux
Posté par dr_home . En réponse au journal Un Linux vaut-il mieux qu'un GNU/Linux ?. Évalué à 4.
La GPL et le copyleft sont deux problèmes différents, je pense. Le premier amène inévitablement une recontextualisation dans laquelle les querelles de chapelles et de personnes, entre affects, petites histoires et grands principes, finissent invariablement par perdre le vrai débat sur un bas côté boueux. À l'inverse, si on pose la simple question du copyleft, on peut assez facilement cerner le problème, puisqu'il ne s'agit que d'analyser la position du développeur au moment où il décide de publier son code.
Il y a en effet au fond du copyleft quelque chose d'indiscutablement légitime, puisqu'il consiste à exiger des autres une stricte réciprocité : "fais ni plus ni moins pour moi ce que je fais pour toi". Pour comprendre cette revendication, on a d'ailleurs même pas besoin de convoquer un quelconque principe moral, tant c'est une règle basique de la vie en société : nous prenons un verre ensemble, j'accepte de te laisser goûter ma boisson, puis je te demande de pouvoir faire de même avec la tienne. Il t'es alors quasiment impossible de refuser ; même si nous nous connaissons suffisamment pour se faire des petites vacheries, tu me feras rager mais tu finiras par céder, tout simplement parce qu'autrement ça ne se fait pas.
Si on accepte qu'on ne peut pas vraiment remettre en cause le copyleft sur le fond, on peut donc affirmer que tout le problème qu'il soulève vient la forme, de sa mise en œuvre concrète. La querelle naît au moment où il s'agit d'écrire la règle pour lui donner force légale. Car dans une hypothèse conflictuelle, je ne peux pas me contenter de dire "M. le juge, cet individu ne se comporte pas correctement". Non, au minimum, il me faut être en mesure de montrer clairement que l'individu ne pouvait faire ce qu'il a fait qu'en s'engageant au préalable à remplir les clauses A, B, C non abusives au regard de la loi telles que formulées. Chose qu'il n'a pas faite, s'aliénant ainsi mon autorisation. C'est à dire que d'un quasi-informulé que tout le monde comprend pourtant, "ça ne se fait pas", on passe à une formulation qui en se voulant exhaustive dans l'explicite lie indissociablement fond et forme "il n'a pas respecté les termes pourtant clairs et précis du contrat tels que ci-après énoncés...".
C'est cette liaison fond-forme qui est à la racine du conflit entre pros et anti-copyleft. Car à moins de considérer que les antis sont invariablement atteints de troubles psychologiques les conduisant à revendiquer positivement que tous puissent leur cacher au visage, personne en fait ne conteste le bien-fondé de la réciprocité. Ce qui fait débat ici, c'est que l'explicitation de ce principe engendre des formulations mutuellement exclusives, créant des frontières de mots entre gens d'accord sur l'idée. Et c'est paradoxalement cet accord profond qui rend ces deux positions irréconciliables impossibles à départager. Contester la position des uns revient à affirmer "il est normal que certains puissent accaparer le travail de tous les autres", contester celle des autres c'est soutenir "il est normal de traiter des gens de bien comme des ennemis pour se défendre des scélérats". Bien malin alors qui pourra déterminer dans l'absolu lequel des deux mal est le moindre. :)