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    Posté par . En réponse au journal HS - carte d'identité et empreinte de l'index gauche. Évalué à 7.

    J'ai un parent étranger et mon parent français n'est pas né en France, pourtant, je n'ai jamais eu de problèmne spécial en refaisant ma carte d'identité ou mon passeport (en 2009).

    Content pour toi. Quant à moi, j'avais un parent Italien et un inconnu sur mon acte de naissance. Le résultat, lorsque j'ai voulu partir en voyage hors d'Europe a été fa-bu-leux. Laisse-moi te raconter par le menu :

    1. ACTE 1 : à la mairie, je demande un passeport. On me répond que, puisqu'il n'y a pas de parent Français sur mon acte de naissance, il va me falloir un certificat de nationalité. Je réponds que j'ai une carte d'identité où il est écrit « nationalité Française ». On me dit que « les anciennes cartes, on les délivrait plus facilement » (euh, pardon ? Ça veut dire quoi ça ?) mais que « les nouvelles, c'est plus strict ». Coup de bol, j'en ai une nouvelle, que j'exhibe. Éberluée, l'employée éructe « mais qui vous l'a délivrée ? ! [elle retourne la carte] Euh ? C'est nous ? Ah ben, euh, c'est une erreur ! ». Ordre m'est donné d'aller au tribunal pour le fameux certificat.
    2. ACTE 2 : au tribunal, j'explique mon cas (je passe sur l'employée avec autant de tact qu'un pachyderme concernant ma situation familiale ; elle ne semblait pas le faire exprès, mais ça agace). On me dit que la demande va partir à Nantes, et que ça prendra bien deux mois (!). Je prends peur (mes billets sont déjà arrivés) et elle me dit d'amener les billets pour accélérer le traitement. Coup de bol, je les ai avec moi, je les lui fourre sous le nez. Avant de partir, je demande s'il ne vaudrait pas mieux que j'aille m'enquérir auprès du consulat. Réponse : « ce serait plus prudent ». La confiance règne (et la suite va montrer que c'était bien mérité)
    3. ACTE 3 : au consulat d'Italie (un grand machin en pierre à l'extérieur, un truc sale et délabré, genre URSS sous Brejnev à l'intérieur), la préposée à l'accueil me demande si j'habite toujours à une adresse périmée depuis des lustres. Honnête comme le crétin que je suis, je réponds que non. « Alors, deuxième étage, bureau 3 pour mettre à jour, puis bureau 4 pour le passeport ». Ma quête s'achèvera, hélas, au bureau 3, où l'employée (fort aimable au demeurant, malgré le côté très bizarre de se faire tutoyer — c'est assez normal en Italien, mais je n'avais plus parlé cette langue depuis belle lurette) me dit, après avoir fouillé dans un classeur bouffé aux mites et rempli de feuilles volantes en tout genre, qu'elle « ne comprend rien à mon dossier ». Elle décide d'appeler l'État-Civil à Rome (qui n'a aucune trace de votre serviteur) puis à Ceva (j'ignore toujours ce que ce patelin paumé vient faire dans l'équation), sans plus de succès. On griffonne mon mobile sur une des feuilles du classeur, et on me dit que l'on me rappellera lorsqu'on aura eu plus d'infos (aïe).
    4. ACTE 4 : après quelques semaines, je rappelle le tribunal (où l'on me dit que, non, rien ne leur est parvenu), puis le consulat, qui en revanche me dit qu'en fait ils n'ont pas besoin de plus de documents car ils m'ont déjà délivré un passeport (j'aurais aimé que l'on m'appelle lorsqu'on s'était rendu compte de la chose, mais bon), je n'ai qu'à passer le lendemain avec des photos et du pognon, et un acte de naissance internationalisé. Chouette ! Je vais à la mairie faire le fameux papier (l'employée revêche me demande tout de go : « pourquoi vous voulez ça ? Ce n'est pas habituel ! ». Euh... Ce sont mes affaires, non ?) et je repars à l'assaut. Sauf que...
    5. ACTE 5 : à l'arrivée au consulat, on me dit qu'en fait, il y a un os. Un type aussi aimable qu'une porte de prison Nord-Coréenne me dit qu'il y a une chance que j'aie répudié ma nationalité Italienne en devenant Français (quinze ans plus tard, je n'ai plus aucun souvenir de la chose) donc ils refusent de me délivrer quoi que ce soit avant d'avoir vu le papelard Français (oui, il me faut un document Français pour prouver que je suis bien Italien. On nage en plein délire). Puisqu'on m'a rappellé qu'ils m'avaient donné un passeport, je le signale, mais on me dit que « c'était par pure courtoisie » (ah bon, d'accord ! Je n'ai pas été demander s'ils donnaient aussi des accréditations secret-défense par courtoisie). On me dit aussi que je ne dois pas être bien pressé puisque je ne me suis pas préoccupé de ma nationalité jusque-là (singulier argument : les nationaux sans papiers seraient donc des citoyens de seconde zone ?). Donc, on attend et...
    6. ACTE 6 : la poste m'amène une réponse négative de Nantes : pas de trace de moi dans leurs fichiers. Serais-je devenu apatride ? On me demande maintenant de ressortir tous mes certificats de scolarité pour prouver que j'ai bien résidé ici suffisamment longtemps pour devenir Français. Je balance ça aux Italiens en attendant, et un peu de fouilles dans la loi de mon pays m'indique que leurs exigences, c'est un peu du vent, les répudiations devant être notées dans un registre consulaire pour être advenues. Je me fends donc d'un autre courriel avec les articles de loi correspondants. Aucune réponse, bien sûr.
    7. ACTE 7 : je fais la tournée des établissements scolaires où j'ai traîné mes guêtres (heureusement je n'ai pas bougé de ma ville). Certains n'avaient même plus mon dossier, mais ils sont compréhensifs. Je repars au tribunal avec mes certificats.
    8. ACTE 8 : le temps est presque écoulé lorsque je reçois enfin mon certificat d'existence bureaucratique. Un de mes amis insiste pour me recommander auprès d'un fonctionnaire qui peut faire bouger les choses pour m'obtenir un passeport en vitesse. N'y aurait-il donc que le piston qui marche ? Le fonctionnaire me dit de l'appeler après avoir déposé le dossier. J'y vais et... on me le refuse car les photos ont quelques poussières (si !). La mairie fermant, j'abandonne. De toute manière, mon avion est déjà parti à ce point, et je ne me sens pas de prendre des vacances écourtées après tout ce fatras. Je reviens le jour suivant, mais je n'appelle pas le fonctionnaire. Je n'en reçois pas moins un passeport avec une célérité époustouflante.
    9. ACTE 9 : avec le fameux papelard, je reviens chez les Italiens, où on le lit et me dit « ah mais vous avez la double nationalité » (ce que j'avais dit depuis le départ), et « ben vous voyez, c'était pas compliqué ». Je reste sans voix. Maintenant il faut encore qu'ils m'inscrivent à l'état-civil. « Comptez un bon mois ». Ça en fait déjà deux, et mes vacances sont à l'eau, je ne râle pas. La suite s'est passée à peu près normalement, sauf qu'une fois demandé, le passeport a pris un temps fou à se matérialiser (un mois et demi). J'ai vaincu la bureaucratie et mon existence a été reconnue. Joie !

    Conclusions :

    • apparemment, les CNI et les passeports, ça se délivrait un peu n'importe comment. Heureusement, maintenant c'est sérieux. Tellement sérieux que, même si vous êtes de bonne foi, ça va être dur
    • si vous voulez obtenir quelque chose de nos administrations, devenez copain avec un fonctionnaire
    • avoir plusieurs nationalités semble être un avantage ; j'ai maintenant découvert que ça pouvait en fait vous compliquer la vie

    Envoyé depuis mon PDP 11/70