• [^] # Re: Tu veux pas payer ? C'est pas grave on va payer pour toi.

    Posté par . En réponse au journal Confession(s) d'un pirate. Évalué à 2.

    Je suis content que tu interviennes ici, parce que je trouve ta comparaison avec les formats intéressante.

    On peut penser en effet que le problème des références nécessaires pour comprendre et intégrer une information est similaire au problème des formats, au sens où il est aussi discriminatoire de faire publiquement référence à quelque chose auquel certaines personnes ne peuvent pas accéder que de diffuser l'information dans un format que certaines personnes ne peuvent pas lire. Dans les deux cas, une partie du public se retrouve arbitrairement coupée du reste des individus auxquels on s'adresse.

    Cependant j'ai quelques doutes sur la pertinence de cette comparaison. En effet il y a une différence entre encoder une information dans un format particulier et s'appuyer sur une autre information pour construire l'information qu'on veut transmettre.
    Si j'émet une idée en m'appuyant sur une information particulière et que certaines personnes n'ont pas accès à cette information, ces personnes ne comprendront pas exactement la même chose que celles qui ont la chance de connaître la référence. On peut le dire autrement : si j'émet un propos en m'appuyant sur une information, et que je modifie ensuite mon propos en en retirant tout ce qui fait appel à une information discriminante, mon propos s'en trouve dégradé. (Cela peut prendre plusieurs formes : un argument qui aura moins de portée, une blague qui sera moins drôle, une œuvre d'art qui perdra une partie de son sens...) Le message transmis n'est plus le même.
    Alors que lorsque j'encode une information dans un format autre que le format d'origine (fermé ou non), il n'y a pas de perte d'information. Attention je ne parle pas là d'information au sens informatique du terme (on me dira qu'en passant de flac à mpc, on perd effectivement de l'information car le signal s'en trouve dégradé), je parle d'information au sens de "message que l'auteur veut transmettre à ses interlocuteurs" (quand je prend un discours argumentatif et que j'en retire tous les arguments s'appuyant sur des morceaux de culture, l'argumentation s'en trouve affaiblie, par exemple)[1].

    Une des conséquences de cette différence entre les formats et les références est la problème de l'accessibilité. Si je tombe sur une information proposée dans un format fermé, par exemple une vidéo en Flash, je peux toujours installer Flash player, récupérer la vidéo, la réencoder dans un format ouvert et la publier à nouveau (Stallman te dira qu'il n'y a pas de mal à installer un logiciel privateur si c'est pour donner aux autres utilisateurs la possibilité de ne pas en utiliser). Par contre, si je tombe sur une information faisant appel à de la culture privatrice, je ne pourrais pas retransmettre la même information à ceux qui n'ont pas accès à la culture privatrice sans dénaturer le message.

    Alors que faire ? Tracer les grandes lignes d'un bon comportement dans le cyberespace ? On l'a fait avec la nétiquette, et une bonne partie des gens s'y plient. On peut également écrire un code de bonne conduite relatif à l'utilisation des formats dans le cyberespace (si ce n'est déjà fait), assez facilement. Mais peut-on écrire un code de bonne conduite relatif à l'emploi des références dans les messages que nous voulons faire passer ? L'espoir que nous pourrons ainsi un jour tuer toute référence culturelle discriminatoire n'est il pas fou ou vain ? De même, lorsque je m'exprime serais-je capable de veiller à ne jamais faire appel à de la culture privatrice ancrée dans ma mémoire aussi scrupuleusement que je veille à ne jamais imposer l'usage de formats fermés ?

    [1] Certains me diront peut-être que le format lui-même peut changer le sens du message transmis : par exemple, si je fais passer ma voix dans un logiciel qui va l'enregistrer dans un certain format qui va me donner une voix de robot, on pourra faire une interprétation totalement différente de mes propos. Il s'agit là d'un changement de format au sens informatique, mais je pense qu'au sens général il ne s'agit plus d'un simple changement de format mais d'un remix. Idem lorsqu'on pose un cadre autour d'un tableau : on prend une toile du XVIIIème, on peut poser n'importe quel cadre à dorures autour, ça constituera simplement un changement de format ; si on y pose un cadre en plastique arc-en-ciel, le message ne sera plus le même : une partie de l'information se situera dans le format.