Présentation de SlyOS, un système basé sur Arch linux équipé d'OpenRC, ReGreet et niri

Posté par (site web personnel) . Édité par Julien Jorge et Pierre Jarillon . Modéré par Julien Jorge. Licence CC By‐SA.
11
2
sept.
2026
Distribution

Arch Linux est une distribution très connue pour être une bonne base permettant de créer son propre système Linux personnalisé de fond en comble. La possibilité d’y ajouter des logiciels libres peu connus du grand public via l' AUR est l’une des grandes forces d’Arch Linux.

J’ai donc une vision personnelle assez précise du bureau Linux idéal, et je souhaite la partager ici en vous présentant un projet sur lequel je travaille depuis un peu moins d’un an, presque non-stop. Ma propre distribution Linux : SlyOS, un système d'exploitation libre distribué sous licence GPLv3 .

Par exemple, voici quelques logiciels disponibles dans l'AUR : DeaDBeeF, Cine, Warehouse, Carburetor, ...

Arch Linux est aussi une distribution valorisée par son choix presque illimité d'environnements de bureau. En effet, on peut prendre l'exemple de mon expérience personnelle sur ce point.

J’ai tout d'abord commencé par découvrir GNOME . Son interface m’a immédiatement convaincu et il reste aujourd’hui l’un de mes environnements de bureau préférés. La principale réserve que j’ai à son sujet concerne sa dépendance trop marquée à plusieurs composants de systemd (j’expliquerai plus tard dans la dépêche ce qui me tracasse vraiment à ce sujet).

GNOME

J’ai ensuite essayé plusieurs environnements de bureau moins répandus, notamment Pantheon. Je reste particulièrement attaché à son interface, mais j’ai fini par l’abandonner en raison de bugs que j’ai rencontrés avec le compositeur Gala, ainsi que des difficultés liées à la transition de X11 vers Wayland. Cette transition a notamment retiré Plank, que j’appréciais beaucoup, sans vraiment lui apporter de remplaçant...

Pantheon

Ou encore moins connu : herbstluftwm que j'aimais beaucoup mais que j'ai fini par abandonner aussi à cause du manque d'outils de personnalisation sur X11 pour un gestionnaire de fenêtre si minimal.

herbstluftwm

J'ai aussi testé plein d'autres gestionnaires de fenêtre et de d'environnements de bureau tels que Cinnamon, Xfce, Hyprland, Fluxbox, LXQt, MATE, Sway, IceWM...

Avec le temps, j'ai façonné quelques opinions sur les différentes options que nous propose la communauté. Par exemple, cela peut en affecter certains, mais j’essaie d’éviter Qt au maximum et de privilégier GTK . Ma position concerne principalement le modèle économique de Qt : je ne reproche pas à un projet libre de chercher à se financer, mais Qt repose notamment sur les revenus provenant de logiciels propriétaires et de licences commerciales (proposant des offres payantes sur son site web). Je préfère donc soutenir des projets qui privilégient d’autres modèles, comme les dons, à l’image de ce qui existe autour de GTK. Ma position peut paraître controversée, notamment parce que l’écosystème Linux dépend lui aussi largement de grandes entreprises (comme Google, ou même Microsoft qui détient GitHub). Je ne prétends donc pas pouvoir éviter toute dépendance de ce type, mais j’essaie, autant que possible, de privilégier des logiciels et des projets capables de subsister sans être directement financés par le logiciel propriétaire.

De même, je n’aime pas vraiment systemd car c'est de plus en plus un programme qui obtient le monopole, avec une étendue de fonctionnalités et une complexité qui s'éloignent du principe KISS. Surtout que récemment, systemd a été au cœur de débats controversés, notamment à travers une proposition de vérification de l’âge intégrée directement à celui-ci. Le problème n’est pas uniquement l’existence de ce champ optionnel (birthDate), mais le fait que systemd puisse devenir un point central pour intégrer ce type de mécanisme à l’avenir. C'est pourquoi je préfère limiter les composants centraux aux fonctions dont le système a réellement besoin.

Cette problématique de vérification d'âge ne se limite d'ailleurs pas à systemd : le plus gros problème actuel est aussi xdg-desktop-portal. Mais il est à l'heure actuelle compliqué de changer cela, puisque xdg-desktop-portal est une dépendance presque cruciale dans Arch Linux. Un paquet alternatif contenant un patch pourrait être envisageable dans le dépôt de SlyOS via notamment l'alternative de xdg-desktop-portal Ageless Linux, mais je n'ai pas vraiment le temps d'accomplir cela pour l'instant.

J'ai dû parfois remettre en question certaines de mes opinions comme ma préférence à X11. Cela a par exemple opéré quand j'ai découvert niri et la stabilité et fluidité de Wayland nettement supérieure à X11.

niri

SlyOS
SlyOS est basé sur Arch Linux et construit à l’aide d’archiso. Le projet a commencé comme une expérience personnelle pour en apprendre davantage sur Linux. Je me suis rendu compte par la suite qu’il y avait un réel intérêt à proposer ma vision du bureau Linux parfait, car je ne l’avais étrangement vue nulle part ailleurs (par défaut dans un système d'exploitation).

Je sais que les concepts revendiqués par une distribution peuvent paraître flous ou consensuels (moderne, léger, simple à utiliser, intuitive, personnalisable, performant, stable, respectant le principe KISS), mais dans SlyOS, chacun de ces principes correspond à des choix concrets et justifiés qui permettent à SlyOS d'être une distribution :

  • Moderne : SlyOS propose niri, un gestionnaire de fenêtres entièrement basé sur Wayland, relativement récent, qui a déjà fait ses preuves (notamment par sa popularité en croissance exponentielle) et qui bénéficie d’un développement actif.

  • Légère : la version minimale de SlyOS contient moins de 700 paquets, tandis que la version complète en contient moins de 850. Les ISO sont nettement plus légères que celles de nombreuses distributions x86_64, réduisant les composants susceptibles de poser problème, sans pour autant supprimer les fonctionnalités essentielles.

  • Simple d’utilisation et intuitive : SlyOS propose un programme d’accueil dès le live ou après l'installation, présentant les raccourcis principaux. Le système peut être utilisé sans ligne de commande grâce à Pamac. Le bureau minimal et l'accès aux paramètres permettent à un débutant de prendre le système en main rapidement.

  • Performante et stable : SlyOS utilise le noyau linux-cachyos-lts pour un bon compromis performances/stabilité. La consommation de RAM au démarrage est très basse grâce à un nombre limité de services en arrière-plan grâce à l'esprit minimaliste de SlyOS.

  • Personnalisable : SlyOS s’appuie sur des outils Wayland comme Ironbar, Wofi, Hyprlock ou Vibepanel. Ils offrent un environnement complet tout en laissant une grande liberté de modification (ils peuvent être désinstallés et remplacés). Le choix de niri facilite également cette personnalisation profonde puisque largement reconnu dans le domaine du "Rice" .

  • Respectueuse de la vie privée : remplacer systemd par OpenRC est une première marche vers une meilleure protection de la vie privée dans un système Linux. De plus, SlyOS contient LibreWolf, un navigateur axé sur la vie privée bloquant le pistage, ainsi que les extensions uBlock Origin (bloqueur de pubs et traqueurs efficace) et Decentraleyes (empêche le suivi par les CDN en servant les ressources localement). Il intègre aussi le DNS Mullvad Base qui chiffre vos requêtes DNS pour empêcher les écoutes et les fuites de données vers votre FAI.

  • Suivre le principe KISS en évitant systemd (plus d'informations ici) : SlyOS utilise OpenRC, un système d'initialisation qui suit une approche plus modulaire et plus proche du principe KISS que systemd, régulièrement critiqué pour son poids et sa complexité. Ce choix permet d'éviter de renforcer la position dominante de systemd tout en limitant les risques de dérive (comme l'intégration d'un champ birthDate).

À ses débuts, la distribution ne respectait pas entièrement tous ces critères. Elle utilisait GNOME / MATE, avec systemd ainsi que le noyau linux-cachyos-lts.

La distribution ressemblait à ceci à ses débuts, dans sa version 0.1 « Dxtrus » (pour "dexterous" en anglais) :

SlyOS

SlyOS

Depuis, le projet a considérablement évolué et est progressivement devenu un système plus complet et abouti, illustrant concrètement la direction prise par SlyOS. La version 0.2 « Invativ » (pour "innovative" en anglais) utilise désormais :

  • niri comme gestionnaire de fenêtres
  • OpenRC comme système d’initialisation
  • ReGreet , une interface de connexion en GTK4 écrite en Rust pour greetd
  • Le noyau linux-cachyos-lts
  • Plymouth pour afficher un écran graphique lors du démarrage et de l’arrêt du système

Voici à quoi ressemble la distribution depuis :

SlyOS

SlyOS

La distribution inclut également un centre de contrôle appelé Thymbr, qui permet de configurer de nombreux aspects du système depuis une interface centralisée. Cela rend SlyOS bien plus intuitif et simple d’utilisation, bien que le caractère intuitif se juge surtout à l'utilisation.

Le site web du projet est disponible ici

Je vous conseille d’y jeter un coup d’œil. Le site propose une version française et fournit des explications plus approfondies sur le projet, notamment à travers les principes présentés sur la page d’accueil ainsi que la FAQ, accessible dans la catégorie « Aide ». Le meilleur moyen de se faire une opinion reste de tester SlyOS, par exemple dans une machine virtuelle.

La configuration archiso est disponible sur Codeberg : https://codeberg.org/Minaucro/SlyOS

Je travaille à rendre SlyOS pratique, optimisé, simple et performant, selon ma propre vision d’un système d’exploitation Linux destiné aux ordinateurs de bureau. Le projet est encore en développement, mais il est déjà suffisamment mature pour être testé et utilisé au quotidien.

Merci d’avoir pris le temps de me lire.


SlyOS a été créé par Minaucro (slyos@minaucro.fr ).

Aller plus loin

  • # Plaisir de la découverte

    Posté par . Évalué à 9 (+8/-0). Dernière modification le 02 septembre 2026 à 17:01.

    J'aime beaucoup la mentalité de cette personne ! Elle me rappelle quand j'étais jeune, à mes débuts dans Linux, et que j'adorai essayer différents logiciels, et justement les moins connus. L'époque des Xine, Licq, Abiword, Sylpheed, Pidgin, que je faisais tourner sous IceWM, Window Maker, Fluxbox, wm2... Le temps des fenêtres molles, transparentes, sur des bureaux cubiques ou arrondis...
    C'était l'époque de Linux Pratique grand public, et de Planète Linux.
    Et puis Gnome 3 est arrivé, j'ai vieilli, une certaine lassitude est arrivée, je voulais juste quelque chose qui marche tout de suite. La période de transition vers Systemd a été pour moi un vrai mur de complexité, qui m'a fait pas mal abandonner le bricolage et la découverte.
    Les géants aussi, sont passés par là, avec des barres de plus en hautes pour lancer des projets. Et les smartphones.
    Bref, mon ordi perso est devenu une machine à lancer Firefox et parfois VLC et c'est tout – il y a des mois entiers où je ne l'allume même plus. Même LibreOffice, je ne l'installe plus (je préfère les suites bureautiques en ligne). J'ai aussi l'impression qu'il y a une certaine désaffectation des projets "dekstop", ou "grand public", et moins de programmeurs pour s'en occuper.

    Bref, ce projet est comme un revival de cette jeunesse, une jouvence ! J'espère qu'il trouvera son public !

    • [^] # Re: Plaisir de la découverte

      Posté par (site web personnel) . Évalué à 3 (+2/-0).

      Ça fait très plaisir à lire, merci ! Je n'ai pas entièrement connu cette époque du bureau Linux dans le style d'Enlightenment ou encore d'IceWM puisque je suis assez jeune et que ça fait uniquement depuis 4 ans que je m'intéresse à Linux.

      Je comprends parfaitement ton point de vue du monde moderne dans le domaine du software, beaucoup de projets sont devenus plus complexes. Plus beaucoup de monde ne s'intéresse à l'univers du libre et on peut alors apercevoir qu'il y a de nombreuses désaffectations des projets "desktop", ou "grand public".

      Heureusement, cela a légèrement changé depuis et en allant vers une croissance montante du nombre de gens qui s'y intéressent grâce à Proton ou plus simplement grâce à l'investissement acharné de Steam dans ce domaine.

      Il faut tout de même nuancer en rappelant que SteamOS n'est par exemple pas tout à fait libre et mérite tout de même d'être alors concurrencé par des projets libres tels que SlyOS par exemple.

      Le vrai problème actuel réside surtout dans le monde actuel du développement. Quasiment tous les développeurs se focalisent sur GitHub, les services Google... en bref, du propriétaire à fond et en plus le fait que les langages de programmation sont aujourd'hui de plus en plus simples empêche l'optimisation du code dans les logiciels récents.

      Je ne suis pas vraiment développeur, mais c'est ce que je vois dans mon quotidien d'internaute. Beaucoup trop de gens utilisent par exemple GitHub de nos jours et c'est regrettable car ça centralise le monde du développement informatique dans un seul et même service qui de plus est propriétaire et dirigé par Microsoft, l'entreprise tant critiquée pour Windows 11 et Copilot...

      Bref, le monde a changé, en bien mais surtout en mal à mon avis et faut essayer à tout prix de régler ça.

  • # systemd et OpenRC

    Posté par (site web personnel) . Évalué à 6 (+4/-0).

    systemd est remplacé par OpenRC pour l'initialisation du système. Si je regarde un service au pif comme CUPS, le fichier service est fourni par CUPS directement. Pour OpenRC, le script doit être maintenu dans le paquet SlyOS ? Est-ce que ces scripts sont partagés entre les autres distributions utilisant OpenRC comme Alpine Linux ou Gentoo ?

    systemd est assez gros, ça fait plus que l'initialisation. GNOME dépend par exemple du système userdb et run0. SlyOS ne semble pas utiliser GNOME. Mais est-ce qu'il y a des logiciels qui remplacent ces services systemd ?

    • [^] # Re: systemd et OpenRC

      Posté par (site web personnel) . Évalué à 2 (+1/-0).

      Les scripts des services OpenRC viennent en majorité du dépôt d'Artix Linux. Sinon ils proviennent aussi parfois directement de quelques dépôts GitHub comme pour par exemple celui pour Plymouth que j'ai d'ailleurs légèrement modifié pour convenir aux besoins de SlyOS.

      GNOME est uniquement disponible dans la version 0.1 "Dxtrus" de SlyOS qui utilise systemd. C'est la version 0.2 "Invativ" parue il y a peu de temps qui a finalement pris sous son aile OpenRC ainsi que cette fois-ci niri.

      Il y a de nombreux logiciels qui remplacent des services systemd mais ce sont uniquement ceux nécessaires à une utilisation bureautique voire Gaming. SlyOS peut être en grande partie configuré pour correspondre aux besoins de l'utilisateur mais ne va pas plus loin.
      On considère par exemple bluetoothd ou encore NetworkManager comme des services nécessaire mais de simples commandes comme run0. Cependant, la commande userdbctl semble marcher sur SlyOS.

      Sinon, pour plus d'informations, le mieux est d'aller analyser la configuration archiso de SlyOS ou encore de tester SlyOS dans une machine virtuelle.

  • # Fraicheur du produit moulé à la louche

    Posté par . Évalué à 5 (+4/-0). Dernière modification le 03 septembre 2026 à 07:41.

    Merci d'apporter un vent de fraîcheur! Ce sont des choix intéressants et en cohérence avec tes positions qui vont vers la brique logicielle interopérable en fuyant le monolithe. J'aime l'idée d'utiliser Niri, je ne connaissais absolument pas. Pour moi, ça va de pair avec le fait de se démarquer à la fois techniquement et visuellement.

    Concernant OpenRC, si ce que tu vises c'est le desktop, aucun souci. En réalité, tout le monde se fiche de son système d'init sur le Desktop. Ça fonctionne, c'est ok.

    Juste une réserve personnelle sur le logo, on dirait Fantominus qui a mangé une Debian.
    Fantominux

  • # Une petite question

    Posté par (site web personnel) . Évalué à 2 (+1/-0).

    Pourquoi utiliser à la fois Xarchiver et GNOME File Roller?

    Ce comentaire est sous license CC0: faites en ce que vous voulez tant que vous ne m'atribuez pas de fausses paroles.

    • [^] # Re: Une petite question

      Posté par (site web personnel) . Évalué à 2 (+1/-0).

      Car, dans de nombreux cas, GNOME File Roller ne peut pas, à lui seul, extraire certaines archives (par exemple : des fichiers RAR chiffrés). Il a parfois besoin de Xarchiver. Mais SlyOS conserve tout de même GNOME File Roller pour sa simplicité d’utilisation, destinée aux utilisateurs peu expérimentés qui ne souhaitent pas utiliser l’interface proposée par Xarchiver.

      • [^] # Re: Une petite question

        Posté par . Évalué à 1 (+0/-0).

        La dernière fois que j'ai essayé d'utiliser File Roller (c'est-à-dire il y a quelques jours, sous Mandriva 9), il n'était toujours pas fichu d'extraire un fichier par simple glisser-déposer depuis la fenêtre de File Roller vers une fenêtre de l'explorateur Gnome Fichiers... Tout ça, paraît-il, à cause d'un bug Wayland, qui est là depuis la sortie de Gnome 3...

      • [^] # Re: Une petite question

        Posté par . Évalué à 1 (+0/-0). Dernière modification le 16 septembre 2026 à 11:50.

        En CLI, 7z s'avère assez pratique car il est capable de traiter un grand nb de formats d'archivage (bien au delà de celui qui lui donne son nom), gère les mots de passe et ferait sans doute le café si on lui demandait poliment!

        Au boulot, pour les debug post-mortem en embarqué, on a par exemple une archive de tous les logs (système et les nôtres) et toutes les cartes derrière le contrôleur, agrégés par ce dernier sous forme d'archive d'une arborescence d'archives de chaque carte qu'il gère et de ce qui y tourne... éventuellement protégées par mdp pour les logs de matériel déployé pour raison légales/confidentialité.
        Et comme toutes les équipes ont leur format d'archive préféré, on a de tout (tar, tgz, zip, xz...) et à extraire récursivement dans des répertoires du nom de l'archive pour exploitation.

        Inutile de dire que sans le couteau suisse 7z, le script qui extrait tout cela en faisant du parallélisme (chaque archive globale décompressée de nos "machines à logs" fait typiquement entre 5 et 10 GB) serait bien plus complexe à écrire!

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