• [^] # Re: Le bon plan : l'enseignement ?

    Posté par . En réponse au journal Programmez vous chez vous?. Évalué à 10.

    beaucoup de temps libre : les congés scolaires, les semaines ne sont pas trop chargées (à part peut-être les premières années où il faut préparer ses cours) ;

    Ha ha ha. Elle est bien bonne.

    J'ai enseigné dans le supérieur. Pas beaucoup hein, à peu près entre 30 et 60 heures par semestre, en fonction des années. J'ai eu aussi à préparer les examens, ainsi que corriger les copies (là encore, pas énormément, entre 30 et 50 copies pour un ou deux groupes, une à deux fois par semestre). Contrairement au collège/lycée, où les contrôles sont relativement fréquents, en fac/école d'ingé on donne relativement peu d'examens (généralement 1 série en milieu de semestre, et une autre en fin). Il faut rajouter un éventuel projet aussi. Et puis ... c'est tout. Au collège, j'avais une dictée/interro de grammaire toutes les semaines ou deux semaines.

    Pourquoi je repars en enfance ? Tout simplement parce que j'ai eu des copies à corriger, en 4 ans de thèse. Des tas. Même en connaissant les réponses sur le bout des doigts, ça prend un temps fou. Je compte facilement une demi-journée pour 30 copies. Un prof n'a pas qu'une seule classe, comme c'était le cas pour moi.

    Concernant la préparation des cours : certes, le programme change peu. Certes, même lors de « réformes », il suffit la plupart du temps d'échanger des chapitres d'une classe de troisième à une classe de seconde. Ou pas. Certains acquis ne sont pas forcément là, et il faut adapter la pédagogie à une nouvelle situation — rien de catastrophique hein, c'est le boulot du prof de collège/lycée d'ajuster son cours aux changements. C'est juste que ce n'est pas si anodin non plus.

    Le « temps libre » d'un prof est aussi passé en réunion avec les autres profs pour discuter du cas des différents élèves. Je sais, ça n'a l'air de rien comme ça, et surtout, les profs n'en font pas la publicité (en même temps, si on dit à un élève qu'on discute de son cas avec les autres profs, il risque de virer parano très vite ...).

    Ce qui est vrai, c'est que les profs ne sont pas tenus de rester dans l'établissement une fois leurs enseignements terminés pour la journée (en tout cas en France).

    Pour ce qui est des congés scolaires, je connais beaucoup de profs du secondaire qui bossent vraiment pas mal pendant les « petites » vacances. Après, pour ce qui est des vacances d'été, il est vrai qu'il y a moins à faire. Mais bon, un prof de collège/lycée est payé 10 mois, et cette paie est étalée sur 12.

    on peut enseigner l'informatique (et sans doute math aussi), être sysadmin et installer Linux/*BSD/... sur les ordis de l'école, former plein de jeunes au Libre, etc.

    Ha ha ha (bis ;) )

    Je pense que la composante réellement importante quand on veut être enseignant dans le secondaire, c'est ... vouloir enseigner. Peu importe la matière. Le boulot c'est vraiment la transmission du savoir, pas ton expertise dans la matière en question (même si évidemment, il vaut mieux en savoir 100 fois plus sur un sujet qu'on enseigne, histoire de pouvoir répondre aux questions des élèves). C'est important car, contrairement à la fac ou encore mieux, à la fin de licence/au master, on ne peut vraiment pas reprocher à un élève d'avoir à assumer ses choix en termes d'enseignement : il faut faire des maths/du Français/etc., et c'est tout.

    Pour le moment, l'algorithmique est enseigné par des profs de maths (ce qui fait sens). Et c'est déjà un gros pas en avant que de donner des cours d'algo en Seconde. Ensuite, pour ce qui est de l'informatique « bas niveau », j'ai eu des cours d'électronique numérique en option TSA (Techniques des Systèmes Automatisés) et section TI (aujourd'hui appelé SI ­— Sciences de l'Ingénieur). À l'époque, j'avais eu à programmer un petit automate en utilisant les opcodes directement en hexa, à faire du GRAFCET, écrire en assembleur pour un processeur 6809, ... Je dirais que niveau info bas niveau, ça fait un bail que le lycée propose quelque chose (c'est juste que tous les lycées ne proposent pas l'option).

    En résumé : le vrai temps libre se trouve pendant les vacances scolaires. Le reste, ben... Y'a du boulot, tout plein de boulot à faire. Certes, c'est sans doute déjà plus que beaucoup de monde, mais honnêtement, l'une des raisons pour lesquelles j'ai su très vite que je ne serais jamais prof dans le secondaire est que je ne pourrais pas assurer tous les jours devant un parterre de zozos1 qui viennent juste d'avoir EPS et à qui on impose 2h de math/info juste après. 30 élèves dans une classe, quand ils sont déjà moyennement concernés, c'est pas évident. 30 élèves, parmi lesquels BEAUCOUP sont dissipés, c'est tout un art de les garder concentrés, calmes, etc. Et ça use beaucoup l'enseignant.

    [1] J'utilise le terme affectueusement hein, et j'inclus mon « moi de y'a 15 ans » dedans.