Il me semble que ta critique de l'utilitarisme et de l'efficience des marchés porte surtout sur leurs caractères invraisemblables, du moins peu réalistes. Si c'est bien cela, je suis tout à fait d'accord avec toi.
C'est bien cela.
Il n'en reste pas moins que ces éléments de la littérature académique sont très utiles à la modélisation, ce sont de bons points de départ, ils ont fait leurs preuves.
C'est là que nos points de vue divergent. Je ne considère pas que ces modèles ont fait leurs preuves. Ils ont été postulés en transposant directement les lois de la mécanique physique à l'économie, sans partir de l'expérience de terrain. Depuis, beaucoup de gens se sont donné beaucoup de mal pour faire coller la réalité à ces modèles (et un peu l'inverse, en adaptant ou complétant à la marge ces modèles, mais pas les hypothèses fondamentales). Cela pour des raisons diverses :
par scientisme et narcissisme intellectuel. Il est plaisant de se dire qu'on peut mettre le monde en équations. Ainsi on peut (idéalement) tout prédire, tout gérer, éliminer le risque. La base mathématique de ces théories économiques leur donne un aspect scientifique attrayant, d'autant qu'elles prennent la forme et adoptent le vocabulaire de théories physiques éprouvées.
par intérêt idéologique. Si les humains sont responsables individuellement de leur destin et les marchés efficients, la régulation étatique n'a pas lieu d'être. Les courants de pensée opposés à l'Etat vont donc soutenir les théories conduisant à un affaiblissement de celui-ci, donc les théories économiques mécanistes.
l'essor de la société de consommation, la mondialisation, l'automatisation et l'énergie bon marché (autre aberration auxquels les mécanismes de fixation des prix type marchés nous ont conduits), ont permis une hausse temporaire des niveaux de vie qui a semblé légitimer, au moins en partie, ces modèles
Au final, ces modèles sont complètement inadaptés à la description de la réalité humaine qu'ils se sont donnée pour mission de mettre en équations. Les sociétés humaines ne réagissent pas comme la matière (équilibre des marchés inspiré de la mécanique des fluides), ni comme des automates (utilitarisme), point final. Il faut donc partir de postulats différents, prenant en compte ce qui est spécifique au vivant : les émotions, les sentiments qui font notamment que quand on assigne de l'extérieur son destin à un homme, il fera tout pour en changer, pour se forger un destin qui lui soit propre et avoir l'impression d'être maître de sa vie. Même si l'optimum de sa fonction d'utilité doit en pâtir. On peut multiplier les exemples démontrant l'importance des émotions pour l'homme, contre la "raison" mathématique, à l'envi.
Je sais que certains travaux ajoutent une dimension "humaine" aux théories "mécanistes". Cela ne suffit pas, c'est tout le paradigme mécaniste en économie qu'il faut changer.
[^] # Re: Mauvaise définition du capitalisme
Posté par Papey . En réponse au journal Esprit du libre = Capitalisme. Évalué à 4.
C'est bien cela.
C'est là que nos points de vue divergent. Je ne considère pas que ces modèles ont fait leurs preuves. Ils ont été postulés en transposant directement les lois de la mécanique physique à l'économie, sans partir de l'expérience de terrain. Depuis, beaucoup de gens se sont donné beaucoup de mal pour faire coller la réalité à ces modèles (et un peu l'inverse, en adaptant ou complétant à la marge ces modèles, mais pas les hypothèses fondamentales). Cela pour des raisons diverses :
par scientisme et narcissisme intellectuel. Il est plaisant de se dire qu'on peut mettre le monde en équations. Ainsi on peut (idéalement) tout prédire, tout gérer, éliminer le risque. La base mathématique de ces théories économiques leur donne un aspect scientifique attrayant, d'autant qu'elles prennent la forme et adoptent le vocabulaire de théories physiques éprouvées.
par intérêt idéologique. Si les humains sont responsables individuellement de leur destin et les marchés efficients, la régulation étatique n'a pas lieu d'être. Les courants de pensée opposés à l'Etat vont donc soutenir les théories conduisant à un affaiblissement de celui-ci, donc les théories économiques mécanistes.
l'essor de la société de consommation, la mondialisation, l'automatisation et l'énergie bon marché (autre aberration auxquels les mécanismes de fixation des prix type marchés nous ont conduits), ont permis une hausse temporaire des niveaux de vie qui a semblé légitimer, au moins en partie, ces modèles
Au final, ces modèles sont complètement inadaptés à la description de la réalité humaine qu'ils se sont donnée pour mission de mettre en équations. Les sociétés humaines ne réagissent pas comme la matière (équilibre des marchés inspiré de la mécanique des fluides), ni comme des automates (utilitarisme), point final. Il faut donc partir de postulats différents, prenant en compte ce qui est spécifique au vivant : les émotions, les sentiments qui font notamment que quand on assigne de l'extérieur son destin à un homme, il fera tout pour en changer, pour se forger un destin qui lui soit propre et avoir l'impression d'être maître de sa vie. Même si l'optimum de sa fonction d'utilité doit en pâtir. On peut multiplier les exemples démontrant l'importance des émotions pour l'homme, contre la "raison" mathématique, à l'envi.
Je sais que certains travaux ajoutent une dimension "humaine" aux théories "mécanistes". Cela ne suffit pas, c'est tout le paradigme mécaniste en économie qu'il faut changer.