• # Qui paie et quoi ?

    Posté par . En réponse à la dépêche Taxe Brun-Buisson. Évalué à 7.

    Je corrige le post précédent (bourré de fôtes) et je développe un eu plus la question de l'absurdité de cette nouvelle taxe. Il faudrait sans doute regarder de plus prés la justification de cette taxe, du point de vue économique et du point de vue de la justice. Si l'État, qui possède un rôle de régulateur des conditions dans lesquelles le marché s'oriente, on peut toujours discuter le taux des taxes diverses qu'il prélève en vue de jouer son rôle (au passage, la TVA est payée par TOUS les consommateurs). Maintenant, si l'État, qui prélève sa TVA, exige en plus que le fabricant de disques durs audio, qui perçoit un bénéfice sur la vente de ses produits - à moins qu'il ne vende à perte, ce qui est interdit par la loi, perçoive une taxe supplémentaire afin de contrebalancer la moins-value due au piratage, on entre ici dans une situation anticonstitutionnelle, puisque si les acheteurs de diffuseurs MP3 sont des pirates en puissance, il s'en faut que tous le soient. De plus, la copie privée pour un usage personnel est un droit fondamental. Il y a là dedans quelque chose d'assez malsain et de choquant, comme est choquante la taxe que les établissements d'éducation doivent payer sur les photocopies distribuées aux élèves en vue de l'enseignement. Les ayant-droit de Platon ont disparu depuis longtemps : il faut donc protéger les pauvres éditeurs d'ouvrages scolaires (au passage qui vivent sur un marché captif) et payer une taxe pour avoir le droit d'étudier en classe un texte de Platon, alors que l'ouvrage d'où provient le texte a été acheté. Les éditeurs veulent toucher sur tous les tableaux aux dépens de l'usager, du lecteur et de l'auditeur. Le fait d'être commerçant n'est pas un droit fondamental, comme le droit à la vie et à la santé. Si les éditeurs veulent gagner de l'argent, ce ne devrait pas être au détriment des libertés publiques, ni au dépens des libertés privées, celles de l'usage que les consommateurs font des produits qu'ils ont achetés.

    Je refuse pour ma part de considérer que le droit de prêter un livre à un ami soit considéré comme une pratique commerciale déloyale. De même, comme enseignant, je refuse de considérer comme recevable l'idée qu'il faudrait faire payer encore plus cher le droit d'expliquer des thèses et des idées, sous prétexte que la photocopie tue le livre. À mon avis, ce qui «tue le livre», c'est l'impossibilité pour les éditeurs de défendre honnêtement leur production. Ce qui tue le livre, ce sont les éditions de masse, les jeux de masse, les littératures pour crétins décérébrés et les tubes diffusés en boucle sur toutes les ondes radios. Les épiciers qui vendent de la soupe veulent prendre le pouvoir économique et, pourquoi pas, le pouvoir idéologique: Daube über alles! On comprendrait que les compagnies augmentent leurs tarifs de quelques cents : après tout, puisque les produits n'ont une existence que très courte, on va vendre la cassette video de Star War à 15 euros au lieu de la vendre à 1. Maois en quoi le consommateur est-il responsable du manque à gagner que constitue le piratage. celui-ci n'est-il pas un mal nécessaire, dés lors que les moyens de diffusion se libéralisent ? J'achète un ordianteur et je m'abonne à internet. J'ai déjà payé pas mal de taxes. J'achète un disque que je diffuse via Gnutella. Il me semble que ce n'est pas le manque à gagner qu'ont en vue les éditeurs (puisque les pirates sont de vrais consommateurs). Ce qu'ils ont en vue, c'est la capacité d'amortir et d'élargir leur taux de rentabilité avec des moyens artificiels. Cette taxe sur les disques durs, ça économise la publicité et c'est tout bénéf sans aucun investissement.