J'ai vu pas mal de conneries écrites par des gens qui n'ont aucune idée de ce que sont les mêtiers du livre (du design à l'impression), alors je vais apporter quelques éléments puisque j'ai eu l'occasion de travailler dans ce milieu, et j'en ai profité pour potasser pas mal:
On ne peut pas comparer LaTeX à un soft de mise en page graphique. *TeX servent *principalement* à faire de la typographie complexe, comme des maths, des sources code commentés ("litterate programming" par ex.), des formules alambiquées, des notations tordues, et de la mise en page répétitive: des livres, des docs, des articles scientifiques. On peut *bien sûr* faire autre chose, mais c'est surtout fait pour ça.
Or, ces travaux ne réprésentent qu'une infime partie de tout ce qui s'imprime. Regardez autour de vous: pubs, magazines, journaux ... LaTeX (et TeX, et aussi, d'une certaine façon, le HTML "canonique") présente très bien l'information structurée, mais un magazine n'est *pas* structuré. Un journal? Des colonnes de taille variable, des articles qu'il faut faire rentrer dans une page avec 3 1/8e de pub, etc. Impossible, absolument impossible à faire avec TeX.
Le Wysiwig ... c'est pas bien pour un livre. Mais pour des objets graphiques dont l'élément de base est la page, comme une pub, un article de magazine, c'est la seule façon de faire. Il faut bien se rendre compte que le maquettiste doit intégrer des éléments textuels et des éléments graphiques -- des photos par exemple. Or, on ne colle pas une photo au pif ou au milieu ou à droite ou à gauche ... ça répond à des critères esthétiques qui n'ont rien de logique, et qui donc ne correspondent pas à des règles qu'on peut exprimer dans un programme informatique.
L'artiste doit donc laisser aller son pifomètre. C'est son boulot.
En particulier, il y a le problème des blancs, qui sont complètement ignorés (et c'est un point faible) par HTML. Un bon graphiste sait où placer les blancs. Non, on ne réparti pas les éléments uniformément. Ca fait mal aux yeux ... sérieusement. Il faut organiser le vide.
La typographie ... TeX & co. permettent d'appliquer facilement des conventions typographiques très riches et très précises. Oui mais ... dans un article de magazine, la lecture ne correspond PAS à une structure précise. On accroche l'oeil ... on attire le regard pour donner une idée, et donner envie ... regardez bien les intertitres (dans Libé ou le Monde par ex.): ils ne sont pratiquement *jamais* placés à proximité du texte correspondant.
A l'inverse, dans un texte long et technique, les titres servent à retrouver un élément précis: le lecteur sait ce qu'il cherche. Dans un magazine / pub / journal, le lecteur ne sait pas ce qu'il va lire. Il regarde, et se dit "ça m'intéresse ... ça m'intéresse pas".
J'ai vu un post qui parlait de la commande "convert" pour transformer une image RGB en CMJN: ça ne marche pas. Enfin, ça ne marche pas comme ça. Pour une photo à la rigueur ...
Pourquoi? Il faut savoir qu'il n'y a pas de bijection RGB / CMJN. En fait, il y a une infinité de façons de transformer une image RGB en image CMJN. Tout d'abord, en CMJN il s'agit de synthèse soustractive. Si je mets 100% de jaune, de magenta et de cyan, j'enlève toutes les couleurs. Mais c'est aussi le cas si je mets 100% de noir. En théorie, dans les deux cas, on a du noir ...
Ben non.
Dans le premier cas, vous verrez plutôt un marron foncé un peu caca. C'est dû au fait que les encres ne se mélangent pas bien, et que la (absence de) réflection n'est pas uniforme dans tout le spectre. Qui plus est, en superposant plusieurs encres, vous couvrez le papier qui peut prendre un aspect différent, plus lisse, un peu plus brillant.
Dans le deuxième, en mettant du noir pur, si vous le faites sur une grande surface, le noir va devenir un peu gris. Cela est dû au processus d'impression, qui fait que l'encre ne peut être appliquée parfaitement uniformément sur de grandes surfaces. C'est particulièrement apparent sur les papiers bon marché, pour lesquels on est obligé de limiter la quantité d'encre (sinon ça gondole ...). Pour contrer ce problème, on superpose une trame de Cyan par exemple, qui va renforcer le noir.
Si vous traitez une photo, vous pourrez faire une conversion directe RGB vers CMJN à peu près satisfaisante. Si vous traitez un logo, ou même une photo avec des caractéristique un peu particulières, alors il faut impérativement pouvoir travailler en CMJN, à moins de se retrouver avec des résultats immondes. En particulier, on sait que les 4 encres ne s'impriment jamais parfaitement alignées; il faut en tenir compte, et faire déborder les zones colorées claires sur le noir; sinon on voit des jours blancs à la limite du noir.
# Mise en page, graphisme, impression et CMJN
Posté par M Nicolas . En réponse à la dépêche Présentation de Scribus. Évalué à 10.
On ne peut pas comparer LaTeX à un soft de mise en page graphique. *TeX servent *principalement* à faire de la typographie complexe, comme des maths, des sources code commentés ("litterate programming" par ex.), des formules alambiquées, des notations tordues, et de la mise en page répétitive: des livres, des docs, des articles scientifiques. On peut *bien sûr* faire autre chose, mais c'est surtout fait pour ça.
Or, ces travaux ne réprésentent qu'une infime partie de tout ce qui s'imprime. Regardez autour de vous: pubs, magazines, journaux ... LaTeX (et TeX, et aussi, d'une certaine façon, le HTML "canonique") présente très bien l'information structurée, mais un magazine n'est *pas* structuré. Un journal? Des colonnes de taille variable, des articles qu'il faut faire rentrer dans une page avec 3 1/8e de pub, etc. Impossible, absolument impossible à faire avec TeX.
Le Wysiwig ... c'est pas bien pour un livre. Mais pour des objets graphiques dont l'élément de base est la page, comme une pub, un article de magazine, c'est la seule façon de faire. Il faut bien se rendre compte que le maquettiste doit intégrer des éléments textuels et des éléments graphiques -- des photos par exemple. Or, on ne colle pas une photo au pif ou au milieu ou à droite ou à gauche ... ça répond à des critères esthétiques qui n'ont rien de logique, et qui donc ne correspondent pas à des règles qu'on peut exprimer dans un programme informatique.
L'artiste doit donc laisser aller son pifomètre. C'est son boulot.
En particulier, il y a le problème des blancs, qui sont complètement ignorés (et c'est un point faible) par HTML. Un bon graphiste sait où placer les blancs. Non, on ne réparti pas les éléments uniformément. Ca fait mal aux yeux ... sérieusement. Il faut organiser le vide.
La typographie ... TeX & co. permettent d'appliquer facilement des conventions typographiques très riches et très précises. Oui mais ... dans un article de magazine, la lecture ne correspond PAS à une structure précise. On accroche l'oeil ... on attire le regard pour donner une idée, et donner envie ... regardez bien les intertitres (dans Libé ou le Monde par ex.): ils ne sont pratiquement *jamais* placés à proximité du texte correspondant.
A l'inverse, dans un texte long et technique, les titres servent à retrouver un élément précis: le lecteur sait ce qu'il cherche. Dans un magazine / pub / journal, le lecteur ne sait pas ce qu'il va lire. Il regarde, et se dit "ça m'intéresse ... ça m'intéresse pas".
J'ai vu un post qui parlait de la commande "convert" pour transformer une image RGB en CMJN: ça ne marche pas. Enfin, ça ne marche pas comme ça. Pour une photo à la rigueur ...
Pourquoi? Il faut savoir qu'il n'y a pas de bijection RGB / CMJN. En fait, il y a une infinité de façons de transformer une image RGB en image CMJN. Tout d'abord, en CMJN il s'agit de synthèse soustractive. Si je mets 100% de jaune, de magenta et de cyan, j'enlève toutes les couleurs. Mais c'est aussi le cas si je mets 100% de noir. En théorie, dans les deux cas, on a du noir ...
Ben non.
Dans le premier cas, vous verrez plutôt un marron foncé un peu caca. C'est dû au fait que les encres ne se mélangent pas bien, et que la (absence de) réflection n'est pas uniforme dans tout le spectre. Qui plus est, en superposant plusieurs encres, vous couvrez le papier qui peut prendre un aspect différent, plus lisse, un peu plus brillant.
Dans le deuxième, en mettant du noir pur, si vous le faites sur une grande surface, le noir va devenir un peu gris. Cela est dû au processus d'impression, qui fait que l'encre ne peut être appliquée parfaitement uniformément sur de grandes surfaces. C'est particulièrement apparent sur les papiers bon marché, pour lesquels on est obligé de limiter la quantité d'encre (sinon ça gondole ...). Pour contrer ce problème, on superpose une trame de Cyan par exemple, qui va renforcer le noir.
Si vous traitez une photo, vous pourrez faire une conversion directe RGB vers CMJN à peu près satisfaisante. Si vous traitez un logo, ou même une photo avec des caractéristique un peu particulières, alors il faut impérativement pouvoir travailler en CMJN, à moins de se retrouver avec des résultats immondes. En particulier, on sait que les 4 encres ne s'impriment jamais parfaitement alignées; il faut en tenir compte, et faire déborder les zones colorées claires sur le noir; sinon on voit des jours blancs à la limite du noir.