Cette utilisation de la justice me fait penser au passage suivant :
Les juges furent dans la douloureuse nécessité de réformer leur arrêt; mais ils condamnèrent Zadig à payer quatre cents onces d’or, pour avoir dit qu’il n’avait point vu ce qu’il avait vu.
[...]
le roi ordonna qu’on lui rendît l’amende [...]. Le greffier, les huissiers, les procureurs, vinrent chez lui en grand appareil lui rapporter ses quatre cents onces; ils en retinrent seulement trois cent quatre-vingt-dix-huit pour les frais de justice
[...]
Zadig vit combien il était dangereux quelquefois d’être trop savant, et se promit bien, à la première occasion, de ne point dire ce qu’il avait vu. Cette occasion se trouva bientôt. Un prisonnier d’état s’échappa; il passa sous les fenêtres de sa maison. On interrogea Zadig, il ne répondit rien; mais on lui prouva qu’il avait regardé par la fenêtre. Il fut condamné pour ce crime à cinq cents onces d’or, et il remercia ses juges de leur indulgence, selon la coutume de Babylone.
Ceci est un extrait du Chapitre III[1] (le chien et le cheval) de Zadig de Voltaire écrit en 1747.
Voltaire y parodie un de ses sujets favoris : la justice corrompue, sourde et /ou mécanique.
3 siècles après, on vote des lois pour empêcher des chiens de mordre, des manèges de tomber, on vote des lois à la fois anticonstitutionnelles[2], mais aussi contraires à la déclaration des droits de l'Homme et du citoyen, on tente de court-circuiter le juge et de confier la justice à des polices privées pour faire de la répression massive, on condamne pour négligence (pas pour faute, mais bien pour négligence), on tente de faire disparaitre le juge au profit du procureur[3], on instaure une présomption de culpabilité dont il est très compliqué, si tant est que ce soit possible, de se défendre, et maintenant on oblige par voie de justice des intermédiaires techniques à faire quelque chose voué à l'échec : bloquer un site.
Les FAI n'ont d'autre choix, comme Zadig, de faire bonne figure, en apparence ou être condamnés pour avoir fait preuve de bon sens.
[1] http://fr.wikisource.org/wiki/Zadig#CHAPITRE_III_-_Le_chien_(...)
[2] Et donc on légifère anticonstitutionnellement (il faut bien l'utiliser de temps en temps ce mot, ne serait ce que pour légitimer son existence ;) )
[3] Procureur qui dépend du parquet qui dépend de la direction des affaires criminelles et des grâces qui fait partie du ministère de la justice qui est dirigé par le garde des sceaux qui est nommé par le président de la république (sur proposition du premier ministre dit la légende^W Constitution) .
[^] # Re: Et ça commence bien
Posté par j_kerviel . En réponse au journal Filtrage de sites webs en France, ça commence cet été !. Évalué à 10.
Les juges furent dans la douloureuse nécessité de réformer leur arrêt; mais ils condamnèrent Zadig à payer quatre cents onces d’or, pour avoir dit qu’il n’avait point vu ce qu’il avait vu.[...]
le roi ordonna qu’on lui rendît l’amende [...]. Le greffier, les huissiers, les procureurs, vinrent chez lui en grand appareil lui rapporter ses quatre cents onces; ils en retinrent seulement trois cent quatre-vingt-dix-huit pour les frais de justice
[...]
Zadig vit combien il était dangereux quelquefois d’être trop savant, et se promit bien, à la première occasion, de ne point dire ce qu’il avait vu. Cette occasion se trouva bientôt. Un prisonnier d’état s’échappa; il passa sous les fenêtres de sa maison. On interrogea Zadig, il ne répondit rien; mais on lui prouva qu’il avait regardé par la fenêtre. Il fut condamné pour ce crime à cinq cents onces d’or, et il remercia ses juges de leur indulgence, selon la coutume de Babylone.
Ceci est un extrait du Chapitre III[1] (le chien et le cheval) de Zadig de Voltaire écrit en 1747.
Voltaire y parodie un de ses sujets favoris : la justice corrompue, sourde et /ou mécanique.
3 siècles après, on vote des lois pour empêcher des chiens de mordre, des manèges de tomber, on vote des lois à la fois anticonstitutionnelles[2], mais aussi contraires à la déclaration des droits de l'Homme et du citoyen, on tente de court-circuiter le juge et de confier la justice à des polices privées pour faire de la répression massive, on condamne pour négligence (pas pour faute, mais bien pour négligence), on tente de faire disparaitre le juge au profit du procureur[3], on instaure une présomption de culpabilité dont il est très compliqué, si tant est que ce soit possible, de se défendre, et maintenant on oblige par voie de justice des intermédiaires techniques à faire quelque chose voué à l'échec : bloquer un site.
Les FAI n'ont d'autre choix, comme Zadig, de faire bonne figure, en apparence ou être condamnés pour avoir fait preuve de bon sens.
[1] http://fr.wikisource.org/wiki/Zadig#CHAPITRE_III_-_Le_chien_(...)
[2] Et donc on légifère anticonstitutionnellement (il faut bien l'utiliser de temps en temps ce mot, ne serait ce que pour légitimer son existence ;) )
[3] Procureur qui dépend du parquet qui dépend de la direction des affaires criminelles et des grâces qui fait partie du ministère de la justice qui est dirigé par le garde des sceaux qui est nommé par le président de la république (sur proposition du premier ministre dit la légende^W Constitution) .