• [^] # Re: Hum.

    Posté par . En réponse au journal Une nouvelle gauche contre le logiciel libre. Évalué à 1.

    Question un peu difficile à répondre, parce qu’y répondre, c’est aborder les fondements du libéralisme, sur les différents aspects philosophiques, historiques, politique et épistémologiques. Je vais essayer de faire simple (et simplifié) et court.

    Pour les libéraux, le rôle de l’état n’est effectivement pas de créer des lois à partir de rien ; il est de faire respecter le droit, qui lui préexiste. Quel est le rôle des lois dans cette optique ? juste d’expliciter le droit, découlant de la nature humaine (animal rationnel et social) et des règles du monde physique (rareté interpersonnelle). Contrairement à ce que beaucoup comprennent par « droit naturel », il ne s’agit pas simplement des règles coutumières de la société en question [1], mais bien de règles à priori universelles (mais pas forcément appliquées partout) et non totalitaires (il est fort improbable que le droit naturel soit suffisant pour régler toutes les questions même juridiques, ce qui laisse de la place à « l’arbitraire » (pas de connotation péjorative à lire toutefois) législatif).

    Ce droit naturel, donc, a vocation universelle, mais n’est appliqué parfaitement nulle part (sinon, il n’y aurait pas de combat politique à mener en faveur de plus de libéralisme !). Deux questions alors:
    1. À quoi correspond-il ? Pourquoi devrait-il être normatif ?
    Parce qu’il correspond à l’ordre dans lequel chaque homme (au sens biologique) peut vivre en tant qu’homme (au sens métaphysique, vision développée principalement par la théologie chrétienne) : libre (donc responsable), rationnel (donc faillible), et sociable (d’où l’isonomie: société entre individus de même nature, où aucun ne peut prétendre avoir de droits sur les autres)
    2. Si le droit naturel correspond à l’ordre « naturel » d’une société humaine, pourquoi ne s’est-il pas imposé partout, de lui-même ?
    (passionnante question historique à étudier : observe-t-on corrélation entre le succès d’une société et la conformité de son droit positif avec le droit naturel ? mais ce n’est pas le sujet ici...)
    Parce que le droit naturel doit être découvert, et que l’homme est faillible. Voilà l’explication en deux mots [2].

    Donc, maintenant que nous savons que les libéraux défendent le droit naturel, et que la loi peut très bien ne pas être respectueuse du droit, il est facile de répondre à la question initiale : pourquoi certains d’entre eux veulent-ils défendre la PI par la loi ? Parce qu’ils considèrent qu’il s’agit d’un droit naturel [3], constamment violé car non consacré par la loi.

    [1] sauf pour les libéraux conservateurs, qui considèrent que la meilleure façon de découvrir le droit naturel est de se fonder sur la tradition, en s’autorisant des révisions de cette tradition uniquement « à la marge ». cf Patrick Simon (de tête) : « l’occident n’a plus besoin d’une hache pour défricher le droit, mais d’une pince de jardinier »
    [2] pour une explication en plus de deux mots, lire « The myth of rational voters » (B. Caplan), « The pure theory of natural law » (F. van Dun), « Le pouvoir » (B. de Jouvenel), et utiliser ses neurones. Ces trois bouquins sont déjà bougrement intéressants en eux-mêmes, mais combiner la matière des trois l’est encore plus.
    [3] pour la justification de cette assertion, ayant assez parlé comme ça, place à un libéral : http://fr.wikisource.org/wiki/Le_libre-%C3%A9change_et_autre(...)