• [^] # Re: Bof

    Posté par . En réponse au journal [HS] l'hyperlivre ou l'hypermoyen d'organiser l'hyperconsumérisme des hyperpigeons. Évalué à 3.

    Il y a plusieurs sortes de rééditions. L'acte d'éditer, que ce soit des livres nouveaux, des rééditions de livres épuisés ou des livres tombés dans le domaine public est avant tout une entreprise intellectuelle avec des emplois, salariés ou non, de ce type. On garde une population de personnes compétentes dans ce domaine, qui embrasse tous les autres, architecture, littérature, sciences, etc. Le fait même que le moyen de production peut être qualifié d'archaïque par certains permet de voir encore des aventures de petits éditeurs qui échappent, pour un temps parfois, à la concentration éditoriale.

    Rééditer, c'est aussi créer des notes sur le texte, choisir des illustrations, expliquer des tournures anciennes. Je lis en ce moment une rééditions du Ventre de Paris d'Émile Zola, et je suis étonné par la teneur des notes en bas de page, qui expliquent des expressions ou des tournures de phrases que je connais la plupart du temps. Oui mais voilà j'ai cinquante-deux ans et, renseignement pris auprès d'eux, souvent mes enfants ne les connaissent pas. Ces notes augmentent la lisibilité du texte par des lecteurs d'aujourd'hui. L'édition est autre chose que de la copie bit à bit.

    Une chose n'a pas été évoquée : le processus de mémorisation. Quand dans un texte quelque chose me frappe, ou m'intéresse particulièrement, je suis souvent capable des années après l'avoir lu de me remémorer le livre, parfois la revue où ça se trouve, l'emplacement dans le livre, vers le début ou vers la fin pour ne pas parler du milieu, si c'est sur le page de gauche ou de droite et, sur cette page, si c'est vers le haut ou vers le bas. Renseignement pris auprès d'un échantillon représentatif de plusieurs personnes de mon entourage et de mes amis, je ne suis pas le seul dans ce cas. Par contre j'ai beaucoup de mal à mémoriser les informations que j'acquiers par écran interposé, qui se mélangent souvent dans ma tête comme une bouillie où je ne distingue plus les sites de provenance et les auteurs.

    Pour en revenir, en dernier, sur le maintien d'une population intellectuelle compétente, il faut se rappeler ce qui est déjà arrivé au livre avec l'apparition de la photocomposition et la disparition des ouvriers du livres, parmi lesquels les imprimeurs et, surtout, les correcteurs. Ces derniers formaient une authentique aristocratie ouvrière qui en faisaient les gardiens, parmi d'autres, de la langue française. Ils pouvaient téléphoner à un membre de l'Académie française pour lui demander si tel détail d'un de ses livres en éditions était un effet de style ou tout bonnement une faute d'orthographe ou, pire, de français. À comparer avec les multiples erreurs de ce genre qui émaillent désormais une certaine production éditoriale de notre époque. Ceci est bien expliqué dans un livre ou un article de Cavanna ; pour me contredire je ne sais plus où...