• # Débat terre à terre

    Posté par (Mastodon) . En réponse au journal De l'utilitée de la créative Commons ND & NC. Évalué à 5.

    Ce que j'adore dans ce genre de débat, c'est qu'on rentre dans des considérations très terre à terre où chacun amène son petit exemple. Maintenant, essayons de replacer le débat dans un cadre un peu plus large. Il est toujours bon de rappeler qu'une oeuvre d'art n'appartient pas à un auteur comme sa maison lui appartient, l'État, par les droits d'auteur, accorde à l'auteur un monopole temporaire sur l'exploitation de son oeuvre, tout ayant à l'esprit qu'à la fin de ce monopole temporaire, l'oeuvre revient au public.

    > NC est un choix qui ne relève pas de la paranoïa, c'est le début de l'envie de vivre de son travail, et d'être rémunéré pour l'utilisation qui suit.

    Là, je vois deux problèmes : d'une part, rien ne dit qu'un NC permettra de mieux vivre de son travail que pas de NC. En effet, on peut faire des raisonnements très terre-à-terre pour montrer que ça marche mieux sans NC (ce qui peut être affirmé sans preuve peut être réfuté sans preuve). À partir de là, pourquoi mettre un NC qui privent le public de certains droits si celui-ci ne garantie pas à l'auteur d'être rémunéré mieux ?

    D'autre part, c'est une vision de l'art qui est un peu dépassé. C'est exactement la vision des majors qui vivent non pas de l'art, mais d'une rente : faire du fric avec le même tube pendant le plus longtemps possible. Or, ce n'est pas ce que le public veut, le public ne veut pas payer une rente, il veut miser sur un artiste, il veut voir ses prochaines oeuvres. Tout ce qui se passe sur Jamendo (ou autre), c'est exactement ça, les gens donnent non pas pour dire à l'artiste "vis de ton oeuvre que j'ai téléchargé et apprécié" mais "continue à faire ce que tu sais faire et que j'apprécie". Une oeuvre de l'esprit n'est pas un produit de consommation comme les autres, si j'ose dire, du fait de la présence de l'auteur.

    > On améliore un logiciel en lui ajoutant des fonctionnalités, en lui ajoutant de la souplesse, de la réactivité. Cela me semble artistiquement indéfendable pour de la musique, de la vidéo ou de l'image.

    Comme je l'expliquait au début, une oeuvre n'appartient plus à son auteur dès lors qu'il la divulgue. Elle appartient à son public et c'est son public qui se l'approprie. Dès lors, "artistiquement indéfendable" est un non-sens : le public est le seul maître de la destinée d'une oeuvre. Et un ND n'a jamais empêché quelqu'un de détourner le sens originelle d'une oeuvre, et tant mieux ! Es-ce qu'une parodie est "artistiquement indéfendable" ? oui, le droit d'auteur est un peu troué de partout, il faut le rappeler, on appelle ça des exceptions et ces exceptions sont justement là pour dire qu'on peut dans certains cas faire ce qu'on veut d"une oeuvre. Allons jusqu'au bout de la logique et supprimons ce ND.

    > Le problème je pense est que beaucoup font l'amalgame entre choix d'auteur et possibilité technique.

    Les partisans du NC et du ND placent souvent le débat sur le terrain des émotions (les majors font pareil : "regardez ces pauvres artistes malheureux qui meurent de faim, spoliés par les méchants pirates"). Mais le débat n'est ni technique, ni émotionnel, il est juridique et donc social : qu'est-ce que la société juge acceptable pour trouver un compromis entre les auteurs et le public ? C'est un vrai débat de société qui ne doit pas être réglé entre gens de la profession (comme les fameux accords de l'Élysée anéfé) mais qui doit être entre les artistes et leur public. Parce que techniquement, tout est faisable, et le choix des auteurs, ils sont innombrables. C'est à la société dans son ensemble de fixer les nouvelles règles.

    Actuellement, on a un mouvement fort de limitation des droits du public et même de criminalisation (IPRED toussa) et un autre mouvement alternatif d'octoi massif de droit au public (CC, libre toussa). La vraie question est : quelle modèle d'intéraction veut-on entre le public et l'artiste ? est-ce que ce premier modèle n'est pas en train d'empêcher ce second modèle de se développer pour conserver des intérêts uniquement financiers ?