• [^] # Re: 3 minutes ?

    Posté par . En réponse au journal Mes 3 minutes de honte. Évalué à 6.

    C'est ce que j'ai cru longtemps aussi.

    Une fois que tu lui as bien mis la merde sous le nez, il devrait te laisser tranquille les fois suivantes...

    Oui. Et bluffé par la pertinence de ta démonstration imparable, il va t'accorder une augmentation ! :-)

    Le piège se trouve ici :

    Si le patron lui demande, on le fait, vu qu'on est déchargé de la responsabilité.

    La réalité est que d'une part, ce n'est pas son boulot de se tenir au courant de l'informatique même s'il met les doigts dedans (puisqu'en principe il te paie pour) et que d'autre part, il peut surtout pas se permettre de perdre de l'autorité face à ses employés. Et en tout état de cause, si jamais il se trompe, il ne va pas aller de lui-même se mettre dans une situation délicate pour quelqu'un qui ne s'en rendra même pas compte (et ne fera que se plaindre de toutes façons :-) Donc, même si tu as raison, tu en feras quand même les frais.

    En plus, cette assertion est la première faille exploitée par les manipulateurs. On en a un beau chez nous, contre qui j'ai lutté presque quatre ans, en vain. Si le patron utilise directement ton taf, t'as peut-être encore une chance de faire valoir ta position. Sinon tu cours un grand danger. En gros :

    1) Le type arrive, outrepasse légèrement ses droits, marche sur tes plate-bandes et met en place des jalons qui t'empêchent de faire ton travail.

    2) Tu gueules, mais tes supérieurs n'ont pas envie de régler des querelles d'écoliers : "Talk, guys !".

    3) Tu te rabats alors sur le "très bien. Si ça ne marche pas, allez demander des comptes à l'autre".

    4) Désemparés, c'est ce que les gens font. Il y a des chances pour qu'en plus, le gars en question leur demande à eux de s'adapter. Les utilisateurs de ton service sont alors pris en otages, chose dont ils ont de plus en plus l'habitude aujourd'hui, et ton service entier est considéré comme non-fiable, alors qu'à la base tu n'y es pour rien. Et peu à peu, ils utilisent autre chose. Début du phagocytage.

    5) Endormi par la paix toute relative que tu obtiens après avoir envoyé un premier rapport et en attendant que tes cadres viennent faire l'arbitrage, tu restes un certain moment idle. Pendant ce temps, les autres personnes doivent bosser aussi et se démerdent comme ils peuvent. Ils reviennent généralement aux tableaux Excel.

    6) Au bout d'un moment, tu te rends compte qu'à force de dire "allez voir le type responsable de la panne", les gens ne te consultent plus et vont le voir directement. Pire, ils l'ont identifié comme le seul informaticien actif ou, à tout le moins, le seul qui soit en mesure d'agir même s'il est détestable.

    7) Tu réagis, mais c'est déjà un peu tard. Ton système est toujours en panne, et en plus il n'est plus à jour parce que les employés ont cessé de l'utiliser depuis un bon moment. Là, tu comprends que le gars en question a repris à sa charge de manière complètement illégitime quelque chose qui était de TA responsabilité jusque là.

    8) Là, ça sent vraiment mauvais pour toi, parce que même si tu as toujours été à ton poste et rempli ton contrat, il est de fait que tu ne sers plus à rien ! La seule chose qui puisse faire basculer la situation en ta faveur est que ton patron prenne délibérément ton parti.

    9) Tu réalises alors que personne ne t'a plongé dans cette situation. Le type dont tu étais dépendant a mal fait son boulot mais vu de l'extérieur, il a fait le sien, et a mis plus de choses en place que toi. En consultant tes supérieurs, tu t'aperçois également que tout le monde est étranger à l'affaire. Personne n'est responsable de ce qui t'es arrivé.

    10) Comme les gens ne sont pas trop bête et que - somme toutes - tu n'as rien à te reprocher. On va te garer dans une petite situation ou tu pourras être autonome ... tout seul. Bienvenue au placard. Et ce n'est toujours pas délibéré !

    11) Tu finis par chercher un nouveau job, par démissionner de toi-même, partir pratiquement sans indemnité, et recommencer en bas de l'échelle sans avantage dans une nouvelle compagnie, en ayant perdu tes vacances et en devant refaire tes preuves.

    Moralité :

    - Ne jamais casser ou laisser se faire casser son outil de travail, parce que quelqu'en soit la raison, tu ne sers à rien sans lui. Du monde ouvrier jusqu'aux professions libérales, tout le monde sait çà. Même les plus endurcis des grêvistes le respectent.
    - Toujours assurer la mission. Ce n'est qu'à ce titre qu'on peut négocier à côté.
    - Ne pas se laisser prendre ses responsabilités sous peine de finir comme au premier cas.