Comme dit plus haut, il s’agit surtout d’un article d’économiste.
Certains avancent qu’une position dominante (ou une réussite économique) d’un produit n’est pas forcément liée à son optimalité. Pour ce faire, ils citent des exemples voulant montrer que le hasard a fait réussir des produits non optimaux et que l’inertie au changement et les effets de réseau ont fait le reste. Ces exemples sont VHS vs Beta max, DOS vs Mac OS et, surtout QWERTY vs Dvorak, les premiers ayant réussi alors que les seconds auraient été techniquement supérieurs.
Or donc, l’auteur descend les exemples un par un : Beta max était là avant VHS et VHS avait un avantage technique (la durée d’enregistrement) ; DOS n’était pas le premier, ni le seul, et, surtout, Mac était très cher, incompatible avec le matériel (PC) et, de toute façon, l’environnement graphique fenêtre-souris a bien fini par s’imposer, non ? ; et, enfin, le plus important pour nous en regard du titre de ce journal : QWERTY contre Dvorak, match pour lequel l’auteur nous apprend que les économistes qui y ont fait référence ont cité des articles/études qu’ils n’ont pas lus, ont « oublié » de citer d’autres articles/études, ont grossi certains points, en ont diminué d’autres, etc., bref, qu’ils ont fait ce que l’on reproche à tous les auteurs depuis la nuit des temps...
Voilà, donc, notre ami a descendu les exemples utilisés par les tenants de la théorie « le hasard fait (mal) les choses ». En fait, il n’a pas vraiment « descendu » les exemples sur le terrain technique, il a plutôt descendu ses petits camarades économistes. Il n’a pas vrament prouvé que VHS était techniquement meilleur que Beta max, DOS techniquement meilleur que Mac OS, ni QWERTY techniquement meilleur que Dvorak. Il a simplement dit, pour chacun des exemples, que les tenants de la théorie de l’aléa ne pouvaient plus le citer, et même ne le citaient plus, parce qu’ils l’avaient mal défendu, et que, si les uns ont réussi, c’est, forcément, que les consommateurs y avaient des avantages.
Ben oui, « forcément ». Ils avaient « forcément » des avantages puisqu’ils ont réussi. Un produit ne peut réussir que s’il a des avantages. C’est un fait, un axiome. Et donc l’inverse est vrai aussi. Mais si, puisqu’il vient de vous prouver que le contraire (la théorie de l’aléa) est faux. Voyons, réfléchissez un peu...
De fait, ce monsieur saute très vite de « les exemples n’en sont pas » à « ma théorie est vraie ». Il ne prend même aucun compte de la possibilité d’autres contraintes pour l’adoption d’un produit plutôt que d’un autre (p.ex., pour les claviers, du fait que toute l’industrie européenne était à genou au sortir de la guerre alors que celle des É.-U.A. était en sur-régime, et donc que l’Europe a importé les produits américains (que ce soient les produits finis ou les outils de production), et donc, toujours p.ex., qu’il était peut-être plus économique pour les Français de produire des AZERTY à partir de QWERTY que des ZHJAYSCPG).
Bon, il n’empêche qu’il n’a pas tout à fait tort sur deux points :
— le manque d’études scientifiques sur l’ergonomie des claviers (et ça marche dans les deux sens, QWERTY ou Dvorak) ;
— il faut arrêter de citer des exemples parce que d’autres les ont cités. Il faut vérifier ses sources.
Sinon, c’est marrant comment il s’enerve à la fin : « Ouinnn ! ça fait dix ans que j’ai fait mon article et personne l’a lu. »
# ...
Posté par Sylvain Sauvage . En réponse au journal Dvorak c'est mal!. Évalué à 7.
Certains avancent qu’une position dominante (ou une réussite économique) d’un produit n’est pas forcément liée à son optimalité. Pour ce faire, ils citent des exemples voulant montrer que le hasard a fait réussir des produits non optimaux et que l’inertie au changement et les effets de réseau ont fait le reste. Ces exemples sont VHS vs Beta max, DOS vs Mac OS et, surtout QWERTY vs Dvorak, les premiers ayant réussi alors que les seconds auraient été techniquement supérieurs.
Or donc, l’auteur descend les exemples un par un : Beta max était là avant VHS et VHS avait un avantage technique (la durée d’enregistrement) ; DOS n’était pas le premier, ni le seul, et, surtout, Mac était très cher, incompatible avec le matériel (PC) et, de toute façon, l’environnement graphique fenêtre-souris a bien fini par s’imposer, non ? ; et, enfin, le plus important pour nous en regard du titre de ce journal : QWERTY contre Dvorak, match pour lequel l’auteur nous apprend que les économistes qui y ont fait référence ont cité des articles/études qu’ils n’ont pas lus, ont « oublié » de citer d’autres articles/études, ont grossi certains points, en ont diminué d’autres, etc., bref, qu’ils ont fait ce que l’on reproche à tous les auteurs depuis la nuit des temps...
Voilà, donc, notre ami a descendu les exemples utilisés par les tenants de la théorie « le hasard fait (mal) les choses ». En fait, il n’a pas vraiment « descendu » les exemples sur le terrain technique, il a plutôt descendu ses petits camarades économistes. Il n’a pas vrament prouvé que VHS était techniquement meilleur que Beta max, DOS techniquement meilleur que Mac OS, ni QWERTY techniquement meilleur que Dvorak. Il a simplement dit, pour chacun des exemples, que les tenants de la théorie de l’aléa ne pouvaient plus le citer, et même ne le citaient plus, parce qu’ils l’avaient mal défendu, et que, si les uns ont réussi, c’est, forcément, que les consommateurs y avaient des avantages.
Ben oui, « forcément ». Ils avaient « forcément » des avantages puisqu’ils ont réussi. Un produit ne peut réussir que s’il a des avantages. C’est un fait, un axiome. Et donc l’inverse est vrai aussi. Mais si, puisqu’il vient de vous prouver que le contraire (la théorie de l’aléa) est faux. Voyons, réfléchissez un peu...
De fait, ce monsieur saute très vite de « les exemples n’en sont pas » à « ma théorie est vraie ». Il ne prend même aucun compte de la possibilité d’autres contraintes pour l’adoption d’un produit plutôt que d’un autre (p.ex., pour les claviers, du fait que toute l’industrie européenne était à genou au sortir de la guerre alors que celle des É.-U.A. était en sur-régime, et donc que l’Europe a importé les produits américains (que ce soient les produits finis ou les outils de production), et donc, toujours p.ex., qu’il était peut-être plus économique pour les Français de produire des AZERTY à partir de QWERTY que des ZHJAYSCPG).
Bon, il n’empêche qu’il n’a pas tout à fait tort sur deux points :
— le manque d’études scientifiques sur l’ergonomie des claviers (et ça marche dans les deux sens, QWERTY ou Dvorak) ;
— il faut arrêter de citer des exemples parce que d’autres les ont cités. Il faut vérifier ses sources.
Sinon, c’est marrant comment il s’enerve à la fin : « Ouinnn ! ça fait dix ans que j’ai fait mon article et personne l’a lu. »