• [^] # Re: Et au milieu de l'hystérie...

    Posté par . En réponse au journal Raté !. Évalué à 10.

    En même temps l'analyse froide et lucide de ce type me semble à côté de la plaque.

    Déjà d'entrée de jeu : « Les exemples où les gènes jouent un rôle sont la pédophilie, le suicide et le cancer (dont on ne parlera pas, personne ne contestant le fait qu'il existe des prédispositions génétiques au cancer). »
    Le cancer n'a rien avoir avec les deux autres. La question concerne les prédispositions génétiques déterminant nos actions. Or, attrapper le cancer est une passivité. C'est hors sujet.


    Le principal argument derrière son article est que Sarkozy ne nie pas le fait que le déterminisme des circonstances de la vie joue un rôle, mais juste qu'il faut aussi prendre en compte celui de la génétique : « A la lecture de l'ensemble du paragraphe, j'aurais tendance à penser que la thèse de NS est que la pédophilie, comme le suicide des jeunes, est en partie déterminé génétiquement. »

    Je ne sais pas comment il fait pour trouver cette nuance dans le paragraphe de Sarkozy cité au début de son article ; àmha, la façon dont il la trouve relève de tout sauf d'une « analyse froide et lucide ». Les propos de Sarkozy sont en effet éloquents d'absolutisme : « Il y a 1200 ou 1300 jeunes qui se suicident en France chaque année, ce n'est pas parce que leurs parents s'en sont mal occupés ! Mais parce que génétiquement ils avaient une fragilité, une douleur préalable. » Sans équivoque. Une pensée d'un autre âge.

    Un petit tour sur le blog d'Onfray pour en avoir le coeur net :

    Nicolas Sarkozy parle d'une visite faite à la prison des femmes de Rennes. Nous avons laissé la politique derrière nous. Dès lors, il ne sera plus le même homme. Devenant homme, justement, autrement dit débarrassé des oripeaux de son métier, il fait le geste d'un poing serré porté à son côté droit du ventre et parle du mal comme d'une chose visible, dans le corps, dans la chair, dans les viscères de l'être. [...] je le questionne pour vérifier mon intuition : de fait, il pense que nous naissons bons ou mauvais et que, quoi qu'il arrive, quoi qu'on fasse, tout est déjà réglé par la nature. [...] Dès lors, ne cherchons pas plus loin, chacun doit faire ce pour quoi il a été destiné : le Ministre de l'Intérieur effectue son travail, le Violeur le sien, et il en va d'une répartition providentielle (au sens théologique du terme) de ces rôles. [...]

    J'avance l'idée inverse : on ne choisit pas, d'ailleurs on a peu le choix, car les déterminismes sont puissants, divers, multiples. On ne naît pas ce que l'on est, on le devient. Il rechigne et refuse. Et les déterminismes biologiques, psychiques, politiques, économiques, historiques, géographiques ? Rien n'y fait.

    -- C'est à ce moment là que Sarkozy déballe le passage qui a fait le tour de la presse. --

    Je passe à l'exemple pour mieux tâcher de montrer que le tout génétique est une impasse autant que le tout social. Face à cet aveu de lieu commun intellectuel, je retrouve naturellement les techniques socratiques du lycée pour interpeller, inquiéter et arrêter l'esprit, capter l'attention de mon interlocuteur qui, de fait, semble réellement désireux d'avancer sur ce sujet.
    J'argumente : Lui dont chacun sait l'hétérosexualité - elle fut amplement montrée sur papier couché, sinon couchée sur papier montré -, a-t-il eu le choix un jour entre son mode de sexualité et un autre ? Se souvient-il du moment où il a essayé l'homosexualité, la pédophilie, la zoophilie, la nécrophilie afin de décider ce qui lui convenait le mieux et d'opter, finalement, et en connaissance de cause, pour l'hétérosexualité ? Non bien sûr. Car la forme prise par sa sexualité est affaire non pas de choix ou de génétique, mais de genèse existentielle. Si nous avions le choix, aucun pédophile ne choisirait de l'être.

    L'argument le stoppe.


    Le problème c'est bien que Sarko semble croire en la génétique toute puissante, dont le pouvoir déterministe est bien au-delà de tout autre. Une pensée pareille est très dangereuse. Non seulement elle est fausse, mais elle ne peut conduire qu'à un seul remède pour soigner les maux de l'homme : l'eugénisme.