• # Mauvaises hypothèse de départ

    Posté par (Mastodon) . En réponse au journal Modèle économique et justification de l'art libre ?. Évalué à 5.

    ploum, dans tout ton raisonnement, tu fais des erreurs manifestes que les gens font pour le logiciel libre et que tu reproduis pour l'art libre, sans le vouloir je pense, parce qu'on a une vision plus "propriétaire" de l'art que des logiciels.

    > Comment un auteur pourrait-il vivre d'un livre libre ?

    La question est mal posée. Ou en tout cas est une question qui ne peut pas être posée maintenant. On a trouvé un modèle économique viable aux logiciels libres bien après leur création. Et ce n'est clairement pas la bonne première question qui serait à mon sens : "pourquoi libérer l'art ?". Cette question a plein de réponses, autant que de gens je pense, et la question du modèle économique arrive bien après, pour quelques personnes seulement.

    > On peut imaginer que l'auteur a finalisé le livre tel qu'il le souhaitait et ne souhaite donc pas voir n'importe qui modifier ou utiliser n'importe comment le texte !

    Alors, celle là, elle est trop grosse pour la laisser passer. Un auteur qui ne veut pas que son oeuvre soit modifier n'utilisera pas de licence libre, c'est clair. Mais tu oublies qu'une licence libre apporte une liberté aux utilisateurs, pas à l'auteur (qui lui peut bien faire ce qu'il veut). C'est un argument qu'on entend souvent pour les logiciels de la part de personne qui ne comprennent pas le libre, je m'étonne que tu le reproduises si facilement pour l'art :)

    > J'estime en effet (mais c'est très personnel) que l'art est une recherche pour exprimer quelque chose, pour faire passer une émotion

    Si tu faisais de la recherche, tu saurais qu'on a jamais fini et que rien n'est jamais gravé dans le marbre. On peut toujours améliorer une oeuvre d'art, un artiste n'est jamais content de ce qu'il fait, mais comme en recherche, il essaie de tendre le plus vite possible vers la perfection (de son point de vue) et le fixe sous une certaine forme à un instant t.

    > Il me semble donc tout à fait inapproprié de vouloir "améliorer" une oeuvre.

    Là aussi, tu parles d'"améliorer" mais en fait (et je l'ai fait dans le paragraphe avant également), c'est une erreur. Une licence libre ne dit pas "améliorer", elle dit "modifier". Et le champ des modifications est très vastes. On peut vouloir modifier la forme sans toucher au fond, on peut vouloir corriger une faute dans un livre, mieux masteriser une musique, recadrer ou modifier la taille d'une image. Ensuite, si on touche au fond, finalement, on refait une oeuvre qui tend vers notre propre définition de la perfection, mais finalement, c'est ce qu'on fait sans le dire tous les jours (cf exemple des contes dans un commentaire un peu plus haut). On crée rarement à partir de rien, on n'est influencé par plein de choses (qu'on ne cite pas explicitement généralement). Avec une licence libre, l'auteur y gagne la citation de l'oeuvre originale.

    > Mais avant la mort de l'auteur, je ne vois aucune justification à défendre l'art libre d'un point de vue philosophique ni d'un point de vue économique.

    Même remarque que tout à l'heure. Tu parles de la liberté de l'auteur. Et d'ailleurs, c'est très drôle parce qu'après, tu dis que tu utilises des oeuvres libres. Donc quelque part, tu sais que cette liberté que l'auteur donne, elle est pour l'utilisateur. C'est à l'auteur de faire son choix, ce n'est pas à quelqu'un de lui imposer.

    > C'est juste que cela me semble bien moins "nécessaire" que le logiciel libre et que je trouve à la limite plus logique pour un artiste de ne pas se mettre sous une licence libre.

    L'accès à une informatique libre ne me semble pas moins "nécessaire" que l'accès à la culture libre. Il y aura toujours des gens qui ne peuvent pas s'acheter plusieurs CD et romans par mois et qui serait bien content d'avoir de la culture libre. Oui, il y a les bibliothèques. Mais les bibliothèques, saipalibre :) C'est un peu le shareware de la culture (puisqu'il faut rendre les livres et les CD).


    Pour ma part, je pense que les artistes sont encore assez frileux avec l'idée de liberté (au sens logiciels libres). Ça va mettre du temps mais je pense qu'ils y viendront petit à petit. On le voit avec les clauses NC et surtout ND. Quand ils s'apercevront que plus une oeuvre est libre, plus elle a des possibilités de diffusion, ça sera bon. Pour l'instant, la plupart des artistes vraiment libres sont des utilisateurs/contributeurs actifs du logiciel libre qui n'ont pas besoin d'être convaincu.

    Je pense que le plus gros handicap est la modification. Les artistes sont souvent très conservateurs de ce point de vue et ne supportent pas qu'on puisse toucher à leur bébé. Ils le voient comme une atteinte à leur intégrité et donc comme quelque chose de négatif. Il y a un gros travail d'éducation à faire (et l'exemple du logiciel libre peut y aider).

    Pour ce qui est de la rémunaration des artistes, je pense que c'est un problème à part(et pas spécialement lié au libre). Maintenant, on associe "droit d'auteur" et "rémunération" mais je pense que fondamentalement, ce sont deux questions totalement disjointes (et à l'origine, elle l'était). La rémunération sur l'art n'est pas un droit, et finalement, seule une poignée d'artistes peut vivre de son art (libre ou pas). On n'a pas attendu un modèle économique pour libérer les logiciels, on doit faire pareil pour l'art.