Une nouvelle grève est annoncée à la SNCF. Les revendications (une quinzaine) des syndicats concernent – comme d’habitude – l’emploi, les salaires et les "missions de service public". Une analyse de la (vraie) situation de l’entreprise montre que la réalité est très loin de l’image idyllique d’un "service public". Incursion dans le monde des chiffres truqués, des privilèges et des mensonges que même la baguette magique de Harry Potter ne saurait transformer.
La SNCF affirme afficher un bénéfice net de 323 millions d'euros pour un chiffre d'affaires de 22 milliards d'euros en 2004, mais ces chiffres ne donnent pas une image fidèle de la réalité car les bénéfices publiés s'expliquent par un résultat exceptionnel de 196 millions d'euros et surtout une bonne dizaine de milliards d'euros de… subventions publiques ! Pire : les dettes à long terme de 18 milliards d'euros devraient être majorées de plus de 8 milliards d'euros de dettes transférées au RFF (Réseau Ferré de France). Au total, il s’agit donc de 26 Mds d’euros de dette (au 31 décembre 2004). Et ce n’est pas fini. A cela, il faudrait ajouter les charges de retraite. C’est-à-dire, environ 70 Mds d’euros non provisionnés.
En 2004, 167.000 personnes travaillaient à la SNCF (et 229.000 au Groupe SNCF). Cela veut dire que le ratio voyageurs transportés/agent est de 4800 voy/agent. Par rapport aux autres pays, la différence est énorme car, en Allemagne, ce ratio est de 9000 voy/agent, aux Pays-Bas de 13.000 voy/agent et au Japon de 50.800 voy/agent. Concernant les lignes régionales en France, la situation est encore plus dramatique car le nombre de voyageurs est en baisse continue. Les déplacements interrégionaux en train ne représentent aujourd’hui que 0,5% des déplacements et le ratio est d’environ 1 cheminot pour 6 voyageurs !
En appliquant à la SNCF les ratios habituels, il apparaît un sureffectif de 90.000 emplois. Par ailleurs, les conditions de travail sont très favorables aux cheminots puisque le salaire moyen brut mensuel de 2660 euros est nettement supérieur au salaire brut médian en France (2000 euros environ en 2003). La différence entre le salaire moyen/an d'un agent de la SNCF et le salaire moyen français/an est donc d’environ 7200 euros par an.
Ces chiffres montrent que les revendications des syndicats sont totalement infondées. D’autant plus que les transports en commun ne représentent aujourd’hui qu’environ 10% des déplacements en France contre 87% pour l’automobile.
Les syndicats s’opposent aussi à la prime d’intéressement qui est approuvée par les cheminots et à la "privatisation rampante" de l’entreprise. Il n’a jamais été question de privatisation de la SNCF, mais cela n’a pas empêché l’entreprise de profiter de l’ouverture à la concurrence : la SNCF gère une grande partie du trafic de la banlieue de Stockholm, plusieurs lignes régionales du Nord de l’Angleterre et des Pays-Bas.
Un autre mensonge des syndicats consiste à accuser la privatisation de tous les maux et à donner en exemple les accidents de train en Grande-Bretagne. Au-delà du fait qu’accuser la privatisation des accidents en Grande-Bretagne est faux pour au moins une raison : les chemins de fer britanniques ont subi de nombreux accidents entre 1945 et 1997 lorsqu’ils étaient nationalisés et la SNCF a connu trois fois plus d’accidents et 600 morts depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. La faute à qui ? NL
Nicolas Lecaussin
Rédacteur en chef à l’iFRAP
(Institut français de recherche sur les administrations publiques)
[^] # Re: un bon coup de balai quoi ! hum....
Posté par Jack ze . En réponse au journal [Hors sujet] politique. Évalué à 3.
http://www.ifrap.org/6-actualite/logifrap/Note-051121-NL.htm
La vérité sur le monde de la SNCF
Une nouvelle grève est annoncée à la SNCF. Les revendications (une quinzaine) des syndicats concernent – comme d’habitude – l’emploi, les salaires et les "missions de service public". Une analyse de la (vraie) situation de l’entreprise montre que la réalité est très loin de l’image idyllique d’un "service public". Incursion dans le monde des chiffres truqués, des privilèges et des mensonges que même la baguette magique de Harry Potter ne saurait transformer.
La SNCF affirme afficher un bénéfice net de 323 millions d'euros pour un chiffre d'affaires de 22 milliards d'euros en 2004, mais ces chiffres ne donnent pas une image fidèle de la réalité car les bénéfices publiés s'expliquent par un résultat exceptionnel de 196 millions d'euros et surtout une bonne dizaine de milliards d'euros de… subventions publiques ! Pire : les dettes à long terme de 18 milliards d'euros devraient être majorées de plus de 8 milliards d'euros de dettes transférées au RFF (Réseau Ferré de France). Au total, il s’agit donc de 26 Mds d’euros de dette (au 31 décembre 2004). Et ce n’est pas fini. A cela, il faudrait ajouter les charges de retraite. C’est-à-dire, environ 70 Mds d’euros non provisionnés.
En 2004, 167.000 personnes travaillaient à la SNCF (et 229.000 au Groupe SNCF). Cela veut dire que le ratio voyageurs transportés/agent est de 4800 voy/agent. Par rapport aux autres pays, la différence est énorme car, en Allemagne, ce ratio est de 9000 voy/agent, aux Pays-Bas de 13.000 voy/agent et au Japon de 50.800 voy/agent. Concernant les lignes régionales en France, la situation est encore plus dramatique car le nombre de voyageurs est en baisse continue. Les déplacements interrégionaux en train ne représentent aujourd’hui que 0,5% des déplacements et le ratio est d’environ 1 cheminot pour 6 voyageurs !
En appliquant à la SNCF les ratios habituels, il apparaît un sureffectif de 90.000 emplois. Par ailleurs, les conditions de travail sont très favorables aux cheminots puisque le salaire moyen brut mensuel de 2660 euros est nettement supérieur au salaire brut médian en France (2000 euros environ en 2003). La différence entre le salaire moyen/an d'un agent de la SNCF et le salaire moyen français/an est donc d’environ 7200 euros par an.
Ces chiffres montrent que les revendications des syndicats sont totalement infondées. D’autant plus que les transports en commun ne représentent aujourd’hui qu’environ 10% des déplacements en France contre 87% pour l’automobile.
Les syndicats s’opposent aussi à la prime d’intéressement qui est approuvée par les cheminots et à la "privatisation rampante" de l’entreprise. Il n’a jamais été question de privatisation de la SNCF, mais cela n’a pas empêché l’entreprise de profiter de l’ouverture à la concurrence : la SNCF gère une grande partie du trafic de la banlieue de Stockholm, plusieurs lignes régionales du Nord de l’Angleterre et des Pays-Bas.
Un autre mensonge des syndicats consiste à accuser la privatisation de tous les maux et à donner en exemple les accidents de train en Grande-Bretagne. Au-delà du fait qu’accuser la privatisation des accidents en Grande-Bretagne est faux pour au moins une raison : les chemins de fer britanniques ont subi de nombreux accidents entre 1945 et 1997 lorsqu’ils étaient nationalisés et la SNCF a connu trois fois plus d’accidents et 600 morts depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. La faute à qui ? NL
Nicolas Lecaussin
Rédacteur en chef à l’iFRAP
(Institut français de recherche sur les administrations publiques)