• # Mhmm, du po-gnon

    Posté par (site web personnel) . En réponse au journal Repenser les langages et le développement logiciel. Évalué à 8.

    Qu'est-ce qui fait que d'autres industries ne livrent peu ou pas d'erreur, alors que tous les grands produits et projets informatique (ou presque) s'abîment dans un océan de problèmes ? Le pognon.

    On le sait bien, tant qu'on peut rogner sur le budget, on rogne. Le problème, dans l'aviation, le génie civil, les médicaments, la mécanique, etc., c'est que quand on rogne, on tue, alors on dépense le pognon qu'il faut pour ne pas tuer. Et en général, ça signifie qu'on se débarasse au passage de tous les problèmes sérieux. (Et ces industries ne sont d'ailleurs pas parfaites, on a des exemples de rognages excessifs qui ont tué).

    En informatique, quand on rogne, on plante, et en général, y'a pas mort d'homme. (Et bizarrement dans les cas où il peut y avoir mort d'homme, on sort le pognon et on a beaucoup moins de bugs.) Bon, on perd plein d'argent, mais les grands chefs sont rarement a quelques millions près, c'est le client, le contribuable ou l'employé qui paye, donc on s'en fout un peu.

    Alors non la solution aux bugs de l'industrie n'est pas un nouveau langage ou un nouveau paradigme qui induisent moins de bugs. Un langage qui induit moins de bugs, ça ne sert qu'à se lancer dans des projets plus grands, plus gros, plus chers qu'avant. La proportion de bugs a baissé, mais le projet est plus gros : il y a donc autant de bugs.

    Non franchement, une seule solution pour faire baisser les bugs : cracher les thunes, prendre le temps qu'il faut. La NASA l'a fait pour ses navettes, par exemple, et leur programme de contrôle est bien la seule chose qui n'ait pas été critiquée au lendemain de l'explosion de Challenger ; les experts ont même souligné son exemplarité.

    Mais attention, si on allonge le blé et les délais, on ralentit aussi l'évolution de l'informatique. Est-ce que finalement les bugs n'ont pas été un prix à payer pour vivre avec joie un tel foisonnement technologique ?

    Le logiciel libre aurait-il pu naître sans les bugs
    , dans un monde où tous les systèmes informatiques sont spécifiés dans le détail et sans erreur par les services recherche et développement marketing de grandes corporations ? La force du logiciel libre n'est-elle pas justement d'avoir une réactivité face aux bugs et aux demandes d'évolution nettement meilleure que celle des gros industriels ?