• [^] # Re: C'est un peu court, jeune homme...

    Posté par . En réponse au journal RMS et son "reality distortion field". Évalué à 2.

    > RMS ne demande pas à ce qu'on dise GNU+Linux parce que Linux (le noyau) est développé avec des outils GNU, mais parce que le système est composé du noyau Linux, d'outils GNU, et que le projet Linux et le projet GNU sont porteurs de messages différents.

    Euh, un système d'exploitation, ce n'est pas un shell (il n'y en a pas besoin, init pourrait parfaitement lancer un programme alternatif pour gérer la communication avec l'utilisateur), ce n'est pas non plus une bibliothèque C (rien ne dit que je doive écrire mes programmes en C, ou avec la bibliothèque GNU plutôt qu'avec MSVCRT.DLL :-), ou des utilitaires comme cp ou mv (je peux très bien aller en prendre d'autres, BusyBox, ou les utilitaires *BSD). Posons-nous la question différemment : qu'est-ce qu'on *ne peut pas changer* dans Linux sans que ça ne soit plus Linux ? Le noyau. Pour une discussion plus détaillée (et probablement plus convaincante), tu peux lire [http://www.irwoodhouse.uklinux.net/articles/os_definition.html(...)].

    > Pendant une durée d'utilisation, disons un an, combien de fois sommes-nous en contact avec le noyau ?

    Tout le temps. Ce n'est pas parce que tu l'oublies qu'il n'en est pas moins important. Chaque accès disque, c'est le pilote IDE qui travaille. Chaque paquet envoyée vers le commutateur, la pile TCP/IP. Chaque caractère tapé, le pilote clavier. Chaque execve(), l'ordonnanceur de processus, le gestionnaire de mémoire virtuelle, que sais-je encore. Toute la cuisine de bas niveau qui est sale et pas très ragoûtante. Tu as raison : personne ne se souvient du noyau en temps normal, sauf lorsqu'un pilote récalcitrant ne marche pas, lorsqu'on doit recompiler pour rajouter une fonction (la barbe, hein !) ou lorsque la tant redoutée kernel panic s'affiche insidieusement sur le terminal (admirez mon effet dramatique ;-) Mais c'est une injustice : le noyau, c'est vraiment la pierre angulaire. L'oublier sous prétexte qu'il ne dialogue pas directement avec l'utilisateur, est une erreur à mon sens.

    > Personnellement, je manipule tous les jours le shell et les outils de base de GNU. Je suis en contact régulièrement avec GCC et autres outils de développement GNU. Mon éditeur de texte est aussi un logiciel GNU

    Moi, j'utilise ViM. Mais au-delà de ça, si je dois nommer _le_ projet avec lequel je suis le plus en contact, il y en a deux, et ce ne sont pas des projets GNU : c'est XFree86/XOrg et KDE/Qt. Même lorsque je suis dans une Konsole en train d'intéragir avec Bash, c'est toujours KDE qui me l'affiche. Je n'exige pas pour autant que ma distrib' intègre KDE à son nom, car comme je l'ai dit, ce n'est pas l'intéraction avec l'utilisateur qui fait l'OS.

    > Soyons bien clairs, cette interrogation n'est pas un argument pour défendre la position de RMS, car sa position ne repose pas sur des bases techniques mais sur des bases philosophiques, il raisonne en terme de message à faire passer.

    Tout à fait exact, l'argument technique n'est que secondaire, somme toute.

    > pourquoi est-ce que tant de gens trouvent naturel de nommer le système Linux, alors qu'il serait plus logique de l'appeler GNU ?

    Je ne peux pas parler pour les autres, mais en ce qui me concerne, voilà pourquoi : parce que Linux, s'il n'a pas été l'initiateur du mouvement libre (il est même arrivé très en retard, n'ayant choisi la GPL qu'en cours de route), il reste le catalyseur, _le_ logiciel dont l'esprit a attiré plein de monde vers le libre. Si aujourd'hui on a de quoi remplacer complètement un Windows ou autre système propriétaire, si des tonnes de programmeurs contribuent au libre plutôt que de faire des sharewares, c'est parce que Linux a démocratisé le libre. Même le projet GNU en a profité, sous forme de donations, de programmeurs qui participent aux projets GNU, etc. Malgré tout ceci, malgré qu'aujourd'hui RMS parle à l'Assemblée Nationale et au Président Indien (où était-on en 1991 ?), tout ce que voit RMS c'est : (1) Linus Torvalds juge la technique plus importante que la liberté, il donne un mauvais exemple, (2) le mouvement Open Source veut réduire les partisans du libre au silence (je ne plaisante pas : il a vraiment dit ça au projet Debian pour justifier les sections invariantes dans la FDL. Le fait que la définition de l'OSS soit plus utilisée lui fait l'effet d'un complot), et (3) le projet GNU n'est pas reconnu (ça ne tient pas debout : la simple existence de Linux fait que des gens vont l'utiliser et découvrir le projet GNU par là-même. Est-ce que les utilisateurs de *BSD que nous serions probablement si Linux n'avait pas existé seraient influencés favorablement envers GNU ? La véhémence de l'auteur BSDiste de l'interview et d'autres comme Théo de Raadt me fait sérieusement douter). Je suis désolé, mais RMS devrait dire merci pour Linux et le tremplin qu'il a donné à son mouvement (avis personnel, bien sûr), et reconnaître que, dans un mouvement aussi vaste que le libre, il y a forcément de nombreuses sensibilités différentes, et que se buter continuellement, ça n'est pas très positif (je n'ai toujours pas digéré le coup de la FDL).

    Voilà, c'est mon avis, c'est pourquoi je continuerai à dire « Linux », et pourquoi je vous encourage à faire pareil. N'oublions pas le projet GNU. Faisons la promotion du libre et de la liberté. Mais ne réduisons pas Linux a un simple composant quelconque. Ses effets (et pas que techniques) ont été bien plus importants.

    Envoyé depuis mon PDP 11/70