Pour compléter, le principe end-to-end a été posé au moment de la création de TCP/IP (un des auteurs de l'article séminal c'est Dave Clark, un des fondateurs de l'IETF). Il pose effectivement un principe technique qui est que certaines fonctions nécessitent de toute façon la coopération des extrémités donc autant tout mettre à l'extrémité par souci d'efficacité. C'est le concept fondateur de TCP. Mais il n'exclut pas en soit de mettre une intelligence dans le réseau (qui était la façon de faire traditionnelle dans le monde des télécoms). Et la pratique et le pragmatisme ont fait qu'on a introduit des éléments actifs donc intelligents dans le réseau. Mais end-to-end a été un considéré comme un élément essentiel du succès d'Internet. Combiné à Ethernet il a permis de réduire drastiquement le coût des équipements réseau en les simplifiant. Dans le même temps, il a déporté l'innovation technologique vers les extrémités. Il devenait possible de déployer des applications sans coordination avec le réseau, juste en les mettant en place sur les extrémités. C'est de là que vient l'expression que le succès d'Internet vient du fait qu'il est un réseau idiot avec l'intelligence en périphérie. C'est globalement vrai même si c'est une généralisation un peu abusive, cf. http://www.faqs.org/rfcs/rfc3724.html .
D'un autre côté, il y a un concept juridique anglo-saxon qui est celui de common carrier (cf . http://en.wikipedia.org/wiki/Common_carrier ). Ce statut un peu particulier impose de fournir un service sans discrimination. Aux USA, les opérateurs de télécommunications au sens traditionnel sont des common carriers mais pas les opérateurs de réseaux informatiques. Ils sont néanmoins tous régulés par la FCC qui est un peu l'équivalent d'une fusion de l'ARCEP et du CSA. En France, il y un principe vaguement similaire qui est dans le Code des Postes et des Communications Électroniques (CPCE) qui dit qu'un opérateur de communications électroniques doivent respecter le secret des correspondances et la neutralité au regard du contenu des messages transmis. À ma connaissance ça n'a jamais vraiment servi, ne serait-ce que parce que les pouvoirs d'enquête et de sanction de l'ARCEP ne sont pas très développés.
Maintenant nous sommes dans les années 2000. Entre le développement du haut débit, l'évolution des usages (vidéo notamment) et le débat autour de la contrefaçon, certains ISP se mettent à intervenir sur leur réseau pour décider quel trafic peut circuler. C'est notamment le scandale Comcast qui ralentit voire bloque BitTorrent en 2007. Il y a aussi une évolution juridique et industrielle aux USA qui fait que le marché des ISP devient grosso modo un duopoles là où il y avait une très forte compétition.
Et là le principe technique de end-to-end et le principe juridique de common carrier se rencontrent. On se rend que ce qui faisait le succès d'Internet (la compétition très libre en grande partie grâce aux end-to-end) est menacé. Donc on ressort le principe de neutralité du réseau (à l'IETF on parle de transparence du réseau) et on se met à s'en servir comme argument à la fois technique et juridique. Aux USA le débat prend la forme de demande pour que les ISP soient régulés comme des common carriers (avec les obligations de neutralité qui vont avec) ce que la FCC a essayé de faire l'an dernier si je me souviens bien avant d'être débouté en justice au titre qu'elle n'a pas le droit de décider ça toute seule (il faut une loi je crois aux dernières nouvelles).
Mais comme Internet est global, la problématique concerne tout le monde et le débat est arrivé en Europe, notamment grâce à des gens un peu visionnaires comme Benjamin Bayart. Mais ici, très typiquement, on se méfie bien plus (à raison) de l'intervention de l'État que des actions d'entreprises donc le débat de la neutralité s'inscrit plus contre les initiatives gouvernementales comme HADOPI mais aussi LOPPSI ou l'ARJEL.
[^] # Re: En vrac
Posté par vjm . En réponse à la dépêche Michel Riguidel et la Hadopi. Évalué à 4.
Pour compléter, le principe end-to-end a été posé au moment de la création de TCP/IP (un des auteurs de l'article séminal c'est Dave Clark, un des fondateurs de l'IETF). Il pose effectivement un principe technique qui est que certaines fonctions nécessitent de toute façon la coopération des extrémités donc autant tout mettre à l'extrémité par souci d'efficacité. C'est le concept fondateur de TCP. Mais il n'exclut pas en soit de mettre une intelligence dans le réseau (qui était la façon de faire traditionnelle dans le monde des télécoms). Et la pratique et le pragmatisme ont fait qu'on a introduit des éléments actifs donc intelligents dans le réseau. Mais end-to-end a été un considéré comme un élément essentiel du succès d'Internet. Combiné à Ethernet il a permis de réduire drastiquement le coût des équipements réseau en les simplifiant. Dans le même temps, il a déporté l'innovation technologique vers les extrémités. Il devenait possible de déployer des applications sans coordination avec le réseau, juste en les mettant en place sur les extrémités. C'est de là que vient l'expression que le succès d'Internet vient du fait qu'il est un réseau idiot avec l'intelligence en périphérie. C'est globalement vrai même si c'est une généralisation un peu abusive, cf. http://www.faqs.org/rfcs/rfc3724.html .
D'un autre côté, il y a un concept juridique anglo-saxon qui est celui de common carrier (cf . http://en.wikipedia.org/wiki/Common_carrier ). Ce statut un peu particulier impose de fournir un service sans discrimination. Aux USA, les opérateurs de télécommunications au sens traditionnel sont des common carriers mais pas les opérateurs de réseaux informatiques. Ils sont néanmoins tous régulés par la FCC qui est un peu l'équivalent d'une fusion de l'ARCEP et du CSA. En France, il y un principe vaguement similaire qui est dans le Code des Postes et des Communications Électroniques (CPCE) qui dit qu'un opérateur de communications électroniques doivent respecter le secret des correspondances et la neutralité au regard du contenu des messages transmis. À ma connaissance ça n'a jamais vraiment servi, ne serait-ce que parce que les pouvoirs d'enquête et de sanction de l'ARCEP ne sont pas très développés.
Maintenant nous sommes dans les années 2000. Entre le développement du haut débit, l'évolution des usages (vidéo notamment) et le débat autour de la contrefaçon, certains ISP se mettent à intervenir sur leur réseau pour décider quel trafic peut circuler. C'est notamment le scandale Comcast qui ralentit voire bloque BitTorrent en 2007. Il y a aussi une évolution juridique et industrielle aux USA qui fait que le marché des ISP devient grosso modo un duopoles là où il y avait une très forte compétition.
Et là le principe technique de end-to-end et le principe juridique de common carrier se rencontrent. On se rend que ce qui faisait le succès d'Internet (la compétition très libre en grande partie grâce aux end-to-end) est menacé. Donc on ressort le principe de neutralité du réseau (à l'IETF on parle de transparence du réseau) et on se met à s'en servir comme argument à la fois technique et juridique. Aux USA le débat prend la forme de demande pour que les ISP soient régulés comme des common carriers (avec les obligations de neutralité qui vont avec) ce que la FCC a essayé de faire l'an dernier si je me souviens bien avant d'être débouté en justice au titre qu'elle n'a pas le droit de décider ça toute seule (il faut une loi je crois aux dernières nouvelles).
Mais comme Internet est global, la problématique concerne tout le monde et le débat est arrivé en Europe, notamment grâce à des gens un peu visionnaires comme Benjamin Bayart. Mais ici, très typiquement, on se méfie bien plus (à raison) de l'intervention de l'État que des actions d'entreprises donc le débat de la neutralité s'inscrit plus contre les initiatives gouvernementales comme HADOPI mais aussi LOPPSI ou l'ARJEL.