• [^] # Re: OSEF.

    Posté par . En réponse à la dépêche UltraViolet : et c'est reparti pour les DRM !. Évalué à 7.

    Dans la musique que j'écoute principalement, le jazz, ce n'est pas tellement la partition en elle même qui est intéressante mais l'interprétation. Par exemple, les versions de Summertime extraites de l'opéra Porgy and Bess de Gerschwin dans sa version originale et celle de John Coltrane dans l'album My Favorite Things sont radicalement différentes. A la première écoute on se demande même si ce sont les mêmes morceaux. Un groupe est apprécié si l'arrangement et les chorus sont intéressants. Je vais peut être dire une bêtise mais je ne pense pas qu'on puisse, dans la musique (et dans d'autres formes d'art comme le théâtre), dissocier la composition de l'interprétation. Autrement dit, l'artiste n'a pas à se "soucier" que sa composition soit jouée sans qu'il touche des droits puisqu'au final ce sera pas la même œuvre au sens strict. Se pose alors la question pour les compositeurs qui ne sont pas des interprètes.

    La perte financière causée par la libre diffusion d'une œuvre porte uniquement sur les enregistrements (vente de CD, films etc.), pas sur les concerts. Sans imposer ma vision de ce que devrait être l'art, dans le cas de la musique, un musicien est, selon moi, avant tout quelqu'un qui se produit en spectacle. L'enregistrement est plus "promotionnel", un moyen pour se faire connaître et attirer des personnes en concert. Mais les maisons de disques sont d'un tout autre avis et inversent les rôles : les "artistes" doivent faire des tournées promotionnelles pour vendre des disques. J'ai été personnellement très déçu de concerts que j'ai pu écouter où les artistes ne valent rien sur scène, où ça joue faux, les musiciens sont décalés etc. alors que j'appréciais les albums (Ma dernière expérience : les Cowboys Fringants à Lyon).

    L'internet et le "piratage" est, en un sens, vertueux parce qu'il met un certain nombre de musiciens devant cette dure réalité en leur privant d'une recette financière facile. Je n'ai aucun scrupule à télécharger de la musique. Si j'aime j'irai au concert et j'achèterai même un CD s'il n'est pas trop cher . Quand j'entends Halliday, Dutronc et autres artistes pleurnicher dans les media à grand coup de pétitions contre le piratage parce que ça tuerait la culture, je rigole parce qu'au final c'est tout l'inverse. En fait, leur motivation profonde c'est qu'ils gagneront pas assez de fric pour s'acheter une autre villa en bord de mer. De toute façon, de l'argent, ils en ont déjà trop. Quand aux grandes maisons de disques, qu'elles disparaissent et arrêtent de dicter aux artistes et au public ce que doit être la musique(des morceaux de 3min30 pour passer à la radio, pas trop de partie instrumentale, des textes qui ne parlent de rien) pour qu'enfin puissent s'exprimer les artistes vrais, qui ne demandent pas à gagner 300k € par an mais juste de pouvoir jouer en compagnie d'un public qui les apprécie et de vivre humblement de leur métier. Et là, rien n'empêche que l'interprète ait une obligation de reverser une partie de ses recettes au compositeur tant que celui ci est vivant.

    Le cinéma fonctionne sur un mode différent parce que ce qui importe est justement l'enregistrement. Cependant, un film prend toute sa dimension dans une salle de cinéma et le visionner sur un écran de 50cm n'a rien à voir. Seulement actuellement un film en salle est "périssable" : il sort au cinéma, quelques mois après en DVD puis après est diffusé à la TV. Pourquoi les films ne pourraient-ils pas être rediffusés au cinéma plusieurs années après leur sortie ?

    Et puis on pourrait imaginer un mode complètement différent de production et de rétribution des artistes. Par le biais d'une structure publique administrée démocratiquement par les artistes et les citoyens, financée par la ponction d'une partie des richesses produites. Les artistes seraient libres d'y adhérer ou pas mais auraient tout intérêt à le faire par la mise à disposition du matériel et des locaux qui seraient mutualisés et à disposition des amateurs. Et là, la question des droits serait dissoute.

    L'ennemi dans toute cette histoire ce sont les grandes maisons d'éditions. Si le téléchargement "illégal" les fait disparaître, alors il est d'utilité publique de continuer pour le salut de la culture.

    L'heure tardive me donne des idées subversives, je vais me coucher.