Merci d'avoir posé la question :-), je vais essayer de faire aussi court que possible mais ce sera dur. Je parle en mon nom et seulement du monde de l'informatique (bien que cela doive s'étendre à d'autres domaines).
Le principal problème vient du manque de transfert de notre recherche vers nos entreprises dont la R&D est insuffisante. Nous produisons (à un rapport qualité/prix imbattable) de bons résultats qui sont trop rarement exploités en France (voir le nombre de dépôts de brevets ridicule). Nous formons de bons docteurs qui s'ils ne trouvent pas une des rares places dans le publique doivent s'expatrier pour poursuivre leur recherche, ou se recycler. C'est un gâchis incroyable. En gros, et je caricature à peine, on finance la recherche américaine !
Le transfert technologique peut se faire de deux manières :
- Les entreprises font de la R&D et embauchent des docteurs ou des chercheurs consultants.
- Les chercheurs montent des start-ups pour valoriser leur travail.
Le premier cas ne fonctionne pas bien car il y a trop peu de recherche privée en France, pas assez pour absorber ni les nouvelles idées ni les nouveaux chercheurs. Il y a des raisons profondes et la première d'entre elles est la méconnaissance des deux parties. Un exemple bien connu est le clivage Grandes Écoles (où les étudiants, futurs décideurs en puissance, ne sont pas assez en contact avec la recherche) et universités (où se fait la recherche et où les contacts avec les entreprises sont limités) dont on est malheureusement pas près de se débarrasser... Alors que l'État devrait se faire un devoir de créer des ponts (il y a eu des tentatives timides récentes comme le monitorat en entreprise pour les doctorants), tout ce qu'il trouve à faire est de cracher (et le mot est faible) sur ses chercheurs. Voir le discours présidentiel du 22 janvier 2009, retentissant dans notre milieu. Bref, au lieu d'inviter les deux mondes à se rencontrer, on nous colle une image complètement à côté de la plaque de fonctionnaires parasites incompétents pour les chercheurs titulaires et d'étudiants glandeurs attardés pour les doctorants. Avec ça c'est sûr que les entreprises françaises ont envie de nous rencontrer ou de nous embaucher.
Le cas de la création de start-up est encore pire selon l'expérience de mes malheureux collègues qui ont tenté le coup. En fait c'est très simple, dès qu'on met le doigt là dedans on est pris pour un suspect par tout le monde. Les tutelles (université, centres de recherche) qui veulent leur part tout d'abord. Tout ce qu'un chercheur d'une université développe appartient à son université, s'il veut monter une entreprise et réutiliser son travail commence un vrai parcours du combattant. L'État aussi coupe les vivres rapidement : forcément, on est maintenant dans son entreprise donc plus besoin de son travail d'origine ni de sa paie. L'autorisation de cumul (que l'on doit demander avec dossier et qui peut être refusée bien entendu) vaut pour un an renouvelable une fois (toujours sur dossier). Ensuite il faut choisir. C'est beaucoup trop court, trop compliqué, trop risqué. Les chercheurs ne sont pas des entrepreneurs et ne sont pas payés suffisamment pour avoir de quoi se lancer dans un projet à risque. Plutôt que de nous aider on nous enfonce, et des projets, à la pelle, meurent dans l'oeuf tant le découragement est grand.
Bref, voilà ce que je reproche aux politiques. Le plus navrant c'est que tout peut se résoudre à leur niveau... Et qu'ils font tout le contraire : nous diviser du monde de l'entreprise et nous coller des bâtons dans les roues pour exploiter notre travail.
[^] # Re: Gains de performance
Posté par Cédric Bastoul . En réponse à la dépêche Sortie de la version 4.4 du compilateur GCC. Évalué à 8.
Le principal problème vient du manque de transfert de notre recherche vers nos entreprises dont la R&D est insuffisante. Nous produisons (à un rapport qualité/prix imbattable) de bons résultats qui sont trop rarement exploités en France (voir le nombre de dépôts de brevets ridicule). Nous formons de bons docteurs qui s'ils ne trouvent pas une des rares places dans le publique doivent s'expatrier pour poursuivre leur recherche, ou se recycler. C'est un gâchis incroyable. En gros, et je caricature à peine, on finance la recherche américaine !
Le transfert technologique peut se faire de deux manières :
- Les entreprises font de la R&D et embauchent des docteurs ou des chercheurs consultants.
- Les chercheurs montent des start-ups pour valoriser leur travail.
Le premier cas ne fonctionne pas bien car il y a trop peu de recherche privée en France, pas assez pour absorber ni les nouvelles idées ni les nouveaux chercheurs. Il y a des raisons profondes et la première d'entre elles est la méconnaissance des deux parties. Un exemple bien connu est le clivage Grandes Écoles (où les étudiants, futurs décideurs en puissance, ne sont pas assez en contact avec la recherche) et universités (où se fait la recherche et où les contacts avec les entreprises sont limités) dont on est malheureusement pas près de se débarrasser... Alors que l'État devrait se faire un devoir de créer des ponts (il y a eu des tentatives timides récentes comme le monitorat en entreprise pour les doctorants), tout ce qu'il trouve à faire est de cracher (et le mot est faible) sur ses chercheurs. Voir le discours présidentiel du 22 janvier 2009, retentissant dans notre milieu. Bref, au lieu d'inviter les deux mondes à se rencontrer, on nous colle une image complètement à côté de la plaque de fonctionnaires parasites incompétents pour les chercheurs titulaires et d'étudiants glandeurs attardés pour les doctorants. Avec ça c'est sûr que les entreprises françaises ont envie de nous rencontrer ou de nous embaucher.
Le cas de la création de start-up est encore pire selon l'expérience de mes malheureux collègues qui ont tenté le coup. En fait c'est très simple, dès qu'on met le doigt là dedans on est pris pour un suspect par tout le monde. Les tutelles (université, centres de recherche) qui veulent leur part tout d'abord. Tout ce qu'un chercheur d'une université développe appartient à son université, s'il veut monter une entreprise et réutiliser son travail commence un vrai parcours du combattant. L'État aussi coupe les vivres rapidement : forcément, on est maintenant dans son entreprise donc plus besoin de son travail d'origine ni de sa paie. L'autorisation de cumul (que l'on doit demander avec dossier et qui peut être refusée bien entendu) vaut pour un an renouvelable une fois (toujours sur dossier). Ensuite il faut choisir. C'est beaucoup trop court, trop compliqué, trop risqué. Les chercheurs ne sont pas des entrepreneurs et ne sont pas payés suffisamment pour avoir de quoi se lancer dans un projet à risque. Plutôt que de nous aider on nous enfonce, et des projets, à la pelle, meurent dans l'oeuf tant le découragement est grand.
Bref, voilà ce que je reproche aux politiques. Le plus navrant c'est que tout peut se résoudre à leur niveau... Et qu'ils font tout le contraire : nous diviser du monde de l'entreprise et nous coller des bâtons dans les roues pour exploiter notre travail.