Je pense qu'on a maintenant bien débattu sur le changement qui aurait dû arriver si l'ISO avait fait son boulot correctement et qui n'arrivera pas, mais j'ai du mal à partager le catastrophisme ambiant. On a deux normes ISO, soit. L'une est une vraie norme, l'autre c'est de la merde. OK. Mais est-ce de l'optimisme que de penser que tout n'est pas si noir dans cette affaire?
1) Les histoires de part de marché, de migrations, de choix technologiques et de décideurs pressés, c'est bien, mais ça intéresse surtout les patrons de Sun ou de Microsoft. Moi je m'en fous : tant que je suis libre d'utiliser les softs que je veux, dans le détail, ça change quoi que Microsoft équipe les ordinateurs des grandes entreprises? Pour les administrations, OK, c'est plus embêtant, en tant que contribuable, je suis concerné par l'utilisation de l'argent public. Mais pour les autres, hein? En quoi ça me regarde? Je ne pense pas être naïf au point de penser qu'OpenOffice sur les postes de l'administration, ça va changer quoi que ce soit au fait qu'on galère à trouver des pilotes libres pour les cartes 3d... Bref, tout ça est au niveau politique, certes important, mais quand même assez déconnecté de la réalité quotidienne.
2) Cette lutte OOXML vs. ODF n'est pas une lutte entre deux formats, mais une lutte entre deux suites bureautiques. OpenOffice est libre, alors oui, c'est mieux. De plus, le format ODF est clairement meilleur, de tous les points de vue, sur le format bouseux de M$. Mais on dirait, à lire les réactions, que la certification ISO arrachée par Microsoft va avoir des conséquences dramatiques sur les logiciels libres, et là, je ne comprends pas. Que OOXML soit normalisé ou non, ODF reste normalisé, et tous ses avantages --en particulier, la possibilité de réutiliser ce format, en natif ou non, dans tous les logiciels (libres ou non libres) voulant s'interfacer avec une suite bureautique-- restent présents. ODF reste un choix technologique pertinent, et ça ne peut que bénéficier à la communauté du libre.
3) On peut dire tout ce qu'on veut sur l'état calamiteux de la norme microsoftienne, mais le fait est que maintenant, cette norme est disponible. Alors oui, ne soyons pas dupes, ça va être la merde. Il va toujours y avoir des problèmes de compatibilité, Microsoft ne va jamais respecter entièrement sa propre norme (ils ne l'ont jamais fait, je ne vois pas pourquoi ça commencerait aujourd'hui), mais cette nouvelle situation est incomparable avec celle où il fallait rétro-ingénieurer le format .doc comme des cochons. Et les problèmes de brevets et de propriété intellectuelle sont exactement les mêmes qu'avant, seules les quelques protections légales en faveur de l'intercompatibilité empêchaient que les dev des convertisseurs .doc -> formats libres ne soient pendus par les testicules en place publique. A priori, la situation n'a pas changé (même si les menaces sur la compatibilité entre un tel convertisseur et la licence GPL se sont fait plus précises), ça a tout de même le mérite de clarifier la situation. Donc ne jetons pas le bébé avec l'eau du bain : il aurait été préférable que OOXML ne soit jamais normalisé (simplement parce que la spécification est techniquement mauvaise), mais maintenant qu'il l'est, la communauté du libre peut profiter de la situation.
4) Enfin, et c'est le plus important, il ne faut pas perdre de vue que ces problèmes politiques sont secondaires. Ce qui va faire que le logiciel libre va finalement dominer le marché, peut-être dans 20 ans, peut-être dans 50 ans, c'est avant tout grâce à ses avantages intrinsèques qui sont générateurs de qualité. C'est cette qualité (ou plutôt le rapport qualité/prix) qu'il faut mettre en avant, sans nécessairement rentrer dans ces gueguerres politico-commerciales. En l'occurrence, OpenOffice est un logiciel libre, mais je n'ai jamais été convaincu par sa qualité. C'est un clone, qui essaye de faire "aussi bien" (peut-être devrais-je dire "aussi mal") que M$ Office, et Ooo ne sortira jamais de ce rôle de clone. Il n'est pas innovant, et il n'est pas non plus représentatif du fonctionnement d'une communauté libre (on ne va pas revenir sur ses dépendances avec Javasapu-kesasoilibroupa). Bref, mon sentiment, c'est qu'on n'a pas non plus à s'épuiser à défendre Ooo, parce qu'on n'a pas tant que ça à y gagner. Je pense qu'il y a des centaines de softs libres plus innovants, avec beaucoup plus de potentiel, y compris parmi les professionnels, et c'est bien cette cible là qu'il faut privilégier. Il faut à tout prix sortir de l'argument "oui OK c'est un peu moins bien que X, mais c'est gratuit", il faut pouvoir dire "C'est mieux que toutes les solutions professionnelles existantes, et en plus c'est libre". Et ça, ça ne va pas se faire avec de la politique : ça va se faire avec du sang sur les claviers et des nuits de codage sponsorisées par Jaques Vabre (non je déconne un peu, hein :-) ). Si on commence à faire de la politique plutôt que d'insister sur les avantages techniques, on rentre dans le domaine de M,ドル et là, on ne gagnera jamais : la malhonnêteté, la corruption, la mauvaise foi ça ne s'apprend pas sur le tas, et ils ont une belle longueur d'avance.
# Bon, et dans les faits?
Posté par arnaudus . En réponse à la dépêche La normalisation de OOXML relance le RGI.. Évalué à 10.
1) Les histoires de part de marché, de migrations, de choix technologiques et de décideurs pressés, c'est bien, mais ça intéresse surtout les patrons de Sun ou de Microsoft. Moi je m'en fous : tant que je suis libre d'utiliser les softs que je veux, dans le détail, ça change quoi que Microsoft équipe les ordinateurs des grandes entreprises? Pour les administrations, OK, c'est plus embêtant, en tant que contribuable, je suis concerné par l'utilisation de l'argent public. Mais pour les autres, hein? En quoi ça me regarde? Je ne pense pas être naïf au point de penser qu'OpenOffice sur les postes de l'administration, ça va changer quoi que ce soit au fait qu'on galère à trouver des pilotes libres pour les cartes 3d... Bref, tout ça est au niveau politique, certes important, mais quand même assez déconnecté de la réalité quotidienne.
2) Cette lutte OOXML vs. ODF n'est pas une lutte entre deux formats, mais une lutte entre deux suites bureautiques. OpenOffice est libre, alors oui, c'est mieux. De plus, le format ODF est clairement meilleur, de tous les points de vue, sur le format bouseux de M$. Mais on dirait, à lire les réactions, que la certification ISO arrachée par Microsoft va avoir des conséquences dramatiques sur les logiciels libres, et là, je ne comprends pas. Que OOXML soit normalisé ou non, ODF reste normalisé, et tous ses avantages --en particulier, la possibilité de réutiliser ce format, en natif ou non, dans tous les logiciels (libres ou non libres) voulant s'interfacer avec une suite bureautique-- restent présents. ODF reste un choix technologique pertinent, et ça ne peut que bénéficier à la communauté du libre.
3) On peut dire tout ce qu'on veut sur l'état calamiteux de la norme microsoftienne, mais le fait est que maintenant, cette norme est disponible. Alors oui, ne soyons pas dupes, ça va être la merde. Il va toujours y avoir des problèmes de compatibilité, Microsoft ne va jamais respecter entièrement sa propre norme (ils ne l'ont jamais fait, je ne vois pas pourquoi ça commencerait aujourd'hui), mais cette nouvelle situation est incomparable avec celle où il fallait rétro-ingénieurer le format .doc comme des cochons. Et les problèmes de brevets et de propriété intellectuelle sont exactement les mêmes qu'avant, seules les quelques protections légales en faveur de l'intercompatibilité empêchaient que les dev des convertisseurs .doc -> formats libres ne soient pendus par les testicules en place publique. A priori, la situation n'a pas changé (même si les menaces sur la compatibilité entre un tel convertisseur et la licence GPL se sont fait plus précises), ça a tout de même le mérite de clarifier la situation. Donc ne jetons pas le bébé avec l'eau du bain : il aurait été préférable que OOXML ne soit jamais normalisé (simplement parce que la spécification est techniquement mauvaise), mais maintenant qu'il l'est, la communauté du libre peut profiter de la situation.
4) Enfin, et c'est le plus important, il ne faut pas perdre de vue que ces problèmes politiques sont secondaires. Ce qui va faire que le logiciel libre va finalement dominer le marché, peut-être dans 20 ans, peut-être dans 50 ans, c'est avant tout grâce à ses avantages intrinsèques qui sont générateurs de qualité. C'est cette qualité (ou plutôt le rapport qualité/prix) qu'il faut mettre en avant, sans nécessairement rentrer dans ces gueguerres politico-commerciales. En l'occurrence, OpenOffice est un logiciel libre, mais je n'ai jamais été convaincu par sa qualité. C'est un clone, qui essaye de faire "aussi bien" (peut-être devrais-je dire "aussi mal") que M$ Office, et Ooo ne sortira jamais de ce rôle de clone. Il n'est pas innovant, et il n'est pas non plus représentatif du fonctionnement d'une communauté libre (on ne va pas revenir sur ses dépendances avec Javasapu-kesasoilibroupa). Bref, mon sentiment, c'est qu'on n'a pas non plus à s'épuiser à défendre Ooo, parce qu'on n'a pas tant que ça à y gagner. Je pense qu'il y a des centaines de softs libres plus innovants, avec beaucoup plus de potentiel, y compris parmi les professionnels, et c'est bien cette cible là qu'il faut privilégier. Il faut à tout prix sortir de l'argument "oui OK c'est un peu moins bien que X, mais c'est gratuit", il faut pouvoir dire "C'est mieux que toutes les solutions professionnelles existantes, et en plus c'est libre". Et ça, ça ne va pas se faire avec de la politique : ça va se faire avec du sang sur les claviers et des nuits de codage sponsorisées par Jaques Vabre (non je déconne un peu, hein :-) ). Si on commence à faire de la politique plutôt que d'insister sur les avantages techniques, on rentre dans le domaine de M,ドル et là, on ne gagnera jamais : la malhonnêteté, la corruption, la mauvaise foi ça ne s'apprend pas sur le tas, et ils ont une belle longueur d'avance.