• # Le bon État face au vil Marché

    Posté par . En réponse à la dépêche Entretien avec Richard Stallman au sujet des DRMs. Évalué à 7.

    Ah non, c'est pas sympa, ca !

    Le vigoureux troll du journal sur "la méchante commission européenne qui veut tuer l'agriculture biologique" venait tout juste de s'éteindre après avoir été démonté avec rigueur (http://linuxfr.org/comments/720592.html#720592 ) et avec des sources ( c'est bien le moins pour un partisan de l'Open Source comme Stallman ;-)

    Et voilà que Richard Stalllman en rajoute une couche sur un sujet très voisin :

    Dans ces questions de DRM, de lois, etc. il y a un côté presque paradoxale ou suicidaire : si l’Etat protège les DRM, n’accepte-il pas du même coup d’abaisser sa puissance en confiant le pouvoir à d’autres ?

    Oui ! Mais l’Etat accepte souvent de délaisser sa puissance ! Qu’est-ce qu’un traité de libre commerce ? C’est un traité de transfert de pouvoir aux entreprises. Même si la démocratie est malade de nos jours, l’Etat prétend être démocratique. Les entreprises ne prétendent pas l’être et de suivre la volonté du peuple. Ce transfert de pouvoir est donc injuste en soi. Les traités dits de libre commerce doivent être supprimés en tant que menace à la démocratie.

    Il y a deux ans, un journal danois a publié une info selon laquelle Microsoft menaçait le Danemark si le gouvernement n’était pas en faveur du brevet informatique. Microsoft déplacerait hors du pays une entreprise qu’il avait acquise, comptant 3000 postes de travail. Avec ces menaces, Microsoft a gagné alors l’appui du Danemark. Les traités de libre commerce peuvent être considérés comme ceux autorisant ce genre de chantage.



    L'américain Stallman est ici quasiment francais dans ses idées simples visant à idôlatrer l'État, contrepoids du vil Marché :-)

    Pourtant les choses ne sont pas si simples : les périodes où le commerce était relativement libre (on peut remonter jusqu'à l'empire romain) ont typiquement été plus prospères que les périodes de fort protectionnisme (comme les années 30).

    En réalité, ce qui crée l'impuissance politique, c'est qu'on crée des grands marchés sans les coiffer d'un toit politique qui vienne les réguler, tout comme l'État-Nation pouvait réguler le capitalisme à l'heure où il fonctionnait à une échelle nationale ou infra-nationale.

    Et oui, le problème c'est que Microsoft agit librement à l'échelle supranationale tandis que le Danemark et l'Irlande eux restent coincés dans leur province respectives, "souverains" mais impuissant. Il est alors facile pour Microsoft de les mettre en concurrence l'un contre l'autre et de gagner à tous les coups. C'est pour cela que qu'il faut bien comprendre que le souverainisme étatique ("on ne peut pas mettre un État en minorité !!"), qui se prétend souvent antilibéral, est en fait l'allié objectif du néolibéralisme.

    Si en revanche le marché suprannational avait affaire à une puissance publique supranationale (comme lui), fédérale (on limite au maximum la possibilité d'un État ou de quelques États de pouvoir entraver la décision d'une majorité d'États et de citoyens) mais décentralisé suivant le principe de subsidiarité (c'est l'échelon politique le plus près des citoyens agit ; s'il s'avère trop petit, l'échelon supérieur intervient mais ne fait pas tout, seulement ce que l'échelon inférieur ne peut pas faire, bref vient "en soutient" : subsidiare en latin), et bien là les possibilités de chantage sont beaucoup plus réduites : "Que vous veniez en Irlande ou au Danemark m'indifère, dans les deux cas vous êtes chez moi. Par contre, je vois bien que votre situation de monopole est globalement négative pour mes citoyens. Donc acte.."

    Le problème c'est que pour l'instant on est jamais allé aussi loin au niveau de l'intégration politique régionale. L'Union européenne actuelle est une déception. Le traité de Maastricht, empiré par le traité de Nice (la funeste "triple majorité" pour décider au conseil des ministres) a créé une (im)puissance politique avant tout "intergouvernementale" : on ne décide que ce qui fait consensus. Le Marché commun lui fonctionne de manière beaucoup plus pragmatique. C'est le résultat de ces deux facteurs et non le second tout seul qui entraine le néolibéralisme.

    Le reste du monde n'est guère mieux loti.

    Les États-Unis ont la chance d'avoir un État-nation à l'échelle d'un continent donc eux pourraient agir, mais ils ont actuellement d'autres priorités que d'assurer le bien être de leurs citoyens et le futur de la planète.

    L'Amérique Latine qui avait pris l'Union européenne comme modèle est en train de faire marche arrière. Le président vénézuélien, un militaire putschiste et populiste très apprécié de l'ultra-gauche francaise, est en train de tuer la Communauté Andine qui avait des institutions intéressantes, au profit du Mercosur qui est un simple traité de libre échange et d'accords "au feeling" entre chefs d'États qui tomberont à l'eau dès que les chefs d'États changeront.

    L'Afrique...