• [^] # Re: Impressionnant

    Posté par . En réponse à la dépêche OsiriX : l'imagerie médicale libre. Évalué à 9.

    Il y a pas mal d'obstacles majeurs a la diffusion dans beaucoup de pays.

    L'argument du prix du materiel est assez 'mineur'. Un BiG5 + MacOSX ne doit pas couter beaucoup plus cher qu'un gros PC (la plupart des configs actuelles sont en bi Xeon ou Opteron, avec minimum 1 ou 2 Go de RAM ECC, avec des disques tres rapides (SCSI ou SATA 10k rpm, le tout en raid), avec des ecrans d'assez bonne qualite et de grande taille. Dans le cas de certaines stations/utilisation, on trouve en plus des ecrans specifiques BW de plus de 5 millions de pixels, et des cartes graphiques dédiées. (Terrarecon par exemple fournit des cartes speciales et cheres).
    De toute facon, les fabricant vendent des solutions : materiel + logiciel + options + support + maintenance. Et le prix du materiel la dedans est presque une goutte d'eau.

    Je vois des obstacles bien plus grands :
    1 les assurances des hopitaux/medecins exigent de ceux-ci l'utilisation de materiel/logiciel soumis a certaines normes/certification
    De plus dans beaucoup de pays, le materiel medical (surtout quand il est critique comme les equipement d'acquisition et de traitement de données) est soumis a des autorisations de mise sur le marche et donc aussi a des normes/certifications.
    En France, c'est le Gmed (entite du LNE, laboratoire national d'essais) qui assure principalement la conduite des ces certifications (essais du materiel/soft, conduite d'audits...).
    Ces certifications coutent cher : pas seulement la certification elle meme, mais aussi le travail preliminaire (mise en place de processus de developpement, mise en place d'une poilitique qualite...).
    -> je ne suis pas sur que ces certifications aient ete engagees sur Osirix, et si elles l'ont etes, comment leur continuite sera assuree au long de la vie de ce projet (obsolescence materielle, evolution du soft...). Ceci est un argument determinant pour les radiologues/hopitaux.

    2 les stations de ce genre coutent cher (cf plus haut) mais ne servent a rien sans equipement d'acquisition (j'y reviendrai plus bas). Generalement, les constructeurs (Siemens, Philips, Toshiba, GE...) couplent la vente de ces stations avec l'acquisition des equipements d'acquisition (scanners, IRM, appareil de mammographie, salle de radiographie) qui sont encore beaucoup plus onereux (au moins 10 fois plus), et n'aiment pas beaucoup (au moins les tres gros fabricants pre-cites) vendre les stations seules.
    (ben oui, quand tu viens de te faire souffler le marche d'une salle IRM, t'es pas forcement pret a lacher du lest sur tes stations...)
    -> beaucoup de ventes sont couplées a celles des equipement d'acquisition et donc Osirix aura du mal a toucher un gros marche sans etre associe a un fournisseur de ces equipements.

    3 desole, mais d'apres ce que je vois quotidiennement sur les equipement d'imagerie medicale, Osirix a encore quelques annees de retard sur le marche. Le travail fourni est formidable, et les resultats montres sont tres tres encourageants, mais :
    les stations de revue et Pacs sont proposes dans une optique de productivite autour des equipement d'acquisition.
    Explication : vu le prix des monstres (scan, irm...) et le cout de leur maintenance (jusqu'a plusieurs jours par mois a l'arret pour resserrer les boulons de ces machines tres evoluees mais capricieuses et soumises a de fortes contraintes), le but du jeu est de faire defiler le maximum de patients dessus (c'est aussi pour cela que souvent le circuit d'attente est composé de plusieurs petites cabines mises en parallele ou les patients se (des)(r)(habillent)).
    Donc le processus ressemble en gros a ca : circuit d'attente de plusieurs patients en parallele, acquisition sur la machine faite par un operateur (pas un radiologue, j'y reviendrai), et dispatch des acquisitions via le reseau sur les stations de revue ou pacs ou imprimantes (tres cheres, elles aussi tant que j'y pense)(et je ne parle meme pas du prix des consommables) DES radiologues.
    Tout cela parce qu'un examen ne dure pas tres longtemps : de qques minutes a quelques dizaines de minutes, tandis que l'analyse des données et la consultation avec le patient prend bien plus de temps et qu'il est hors de question de ne pas se servir du scan pendant ce temps.
    La logique de la productivite va meme encore plus loin : le marche offre depuis quelques annees des outils CAD (computer assisted diagnosis) qui effectuent un premier traitement de certaines acquisition et fournissent des donnees plus rapidement assimilables par les radiologues (detection automatique de nodules, polypes ou calcifications, segmentation automatique du tissus vasculaire ou osseux, mesures automatiques de longueurs, volumes...). Tout cela pour que le radiologue soit encore plus productif. Et on assiste depuis quelques temps a l'arrivee de la realite augmentee et autres softs encore plus evolues.
    Et c'est là que le bat blesse : Osirix presente des outils formidables mais ne semble pas encore proposer certains de ces fonctionnalites presentes chez les gros acteurs.

    Quand quelqu'un a une idee innovante dans le domaine de l'imagerie medicale, en general, il monte sa petite boite, developpe un peu sa fonctionnalite, essaie de publier un peu, monte son petit stand lors de quelques congres majeurs (rsna, ecr...) pour augmenter un peu sa visibilite et tente de faire racheter sa petite structure par un des gros acteurs (et ensuite s'achete qques chemises a fleurs, bobs, bouee canard et autres shorts et tongs, et file depenser tropicalement son fric).

    4 Comme le dit Julien : le support.
    Le support et la maintenance, c'est deja s'assurer que le materiel est certifie, gerer les obsolescences materielles (pour continuer d'assurer la production et etre capable de reparer changer un element deffectueux chez le client).
    C'est aussi assurer la maintenance du code et fournir des mises a jour.
    Et egalement, s'assurer d'un processus de reparation (souris, clavier, disque dur, lecteur de CD, ecran...)
    Et donc faire du suivi client : pas leur demander de s'abonner a une mailing-list . Les administrateurs d'hopitaux, chefs de service et radiologues ont l'habitude et aiment être chouchoutes (et ils entendent bien le rester). En cas de pepin, ils veulent (exigent) une reponse et une solution rapide et personnalisee.



    Bref a mon avis, il y a plusieurs options de deploiement :
    - les radiologues qui aiment geeker un peu ou qui ont envie de tester ou de s'impliquer un peu, ou qui n'ont pas les moyens (pays en voie de developpement, petites cliniques), les chercheurs (qui vont apprecier d'avoir un environnement libre et ouvert, leur permettant d'implanter les fonctionnalites sur lesquelles ils travaillent plus facilement) peuvent installer cette solution, mais en connaissance de cause : pas forcement de support, il faudra mettre les mains dans le cambouis et surtout (cf assurances...) faire attention a l'utilisation de produit. Je ne dis pas que le produit n'est pas fiable ou bon, je me demande quelle est la chaine de responsabilite en cas d'erreur lors de l'utilisation de ce produit.
    Les consequences peuvent ne pas etre negligeables : erreur de diagnostic (rare!) ou images corrompus (nouvel examen, et dans le cadre de produits de radiographie, nouvelle exposition aux X), donnees non exploitables, confidentialite des donnees patients non preservee...
    - si une boite accepte de se mouiller, prendre des risques et decide de fournir (moyennant finances evidemment) les certifications necessaires, une distribution, un support et un service.
    Ca peut devenir tres interessant : association du libre et du commercial, en plein dans la philosophie.
    Pour info le gros du marche est aux US d'abord, puis Asie et Europe, et enfin le reste du monde.

    Desole d'avoir ete long (et en plus j'ai du oublier pas mal de choses)


    Matiphas