• # L'offensive de Microsoft contre les logiciels libres

    Posté par . En réponse à la dépêche Débat sur le monopole de Microsoft à la Semaine de la Science. Évalué à 8.

    Un extrait de la lettre 57 d'Automates intelligents, consultable à :
    http://www.kiosqueist.com/wwsympa.fcgi/arc/automates-intelligents-h(...)

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    L'offensive de Microsoft contre les logiciels libres
    Par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin (22/11/2004)
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    Microsoft semble entrer dans une phase active de son combat contre le
    logiciel libre et contre les sociétés qui veulent en faire usage (aux
    rangs desquels on trouve notamment IBM). Il s'agit pour cette société
    de préserver le quasi monopole qu'elle s'est donnée aussi bien dans les
    administrations et les entreprises qu'auprès du grand public, place qui
    lui ouvre des possibilités de contrôle des flux d'informations
    individuels et gouvernementaux, ainsi que d'une bonne partie des usages
    qui en sont faits.

    On constate actuellement le lancement de plusieurs offensives
    coordonnées.

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    ****L'action médiatisée auprès des dirigeants et décideurs
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    C'est notamment le tour d'Europe que vient de réaliser Bill Gates, avec
    des haltes au plus haut niveau en France et en Espagne. Dans ce premier
    pays, le passage de la Ville de Paris au logiciel libre, qui semble
    dorénavant engagé non sans résistances internes par le maire, sera vécu
    par beaucoup d'autres collectivités comme un exemple à suivre.
    L'Espagne, pour ce qui la concerne, est le seul pays ayant voté contre
    la version de la directive légalisant les brevets logiciels, telle que
    retenue par le Conseil. Il s'agit de deux dossiers très importants pour
    Microsoft. Bill Gates a rencontré le président Jacques Chirac ainsi que
    le Ministre espagnol de l'Industrie, lequel aura à donner les
    instructions à son représentant lors des votes ultérieurs au Conseil.
    On connaît par la presse les grandes lignes des propos de Microsoft. Il
    s'est présenté comme un acteur actif de la lutte contre la fracture
    numérique. C'est le même discours qu'il a tenu à l'UNESCO. (voir
    http://april.org/articles/communiques/pr-20041119.html(...)).

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    ****Une relance de la bataille pour les brevets
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    Lors d'une réunion tenue au sein de l'Asian Government Leader Forum, le
    président de Microsoft, Steve Ballmer, a invité tous les gouvernements
    au monde à considérer les risques juridiques consécutifs à
    l'utilisation du système d'exploitation Linux et des logiciels libres
    en général. Ceux-ci violeraient de nombreux brevets, ce qui pourrait
    entraîner des poursuites contre les auteurs et surtout contre les
    utilisateurs. De l'avis de juristes indépendants, il s'agit là de
    manoeuvres d'intimidation qui seraient inapplicables, non seulement de
    fait, mais en droit.
    (http://solutions.journaldunet.com/0411/041122_microsoft_linux_omc.s(...)).

    Ceci contredit le discours des représentants de Microsoft selon
    lesquels il est tout à fait possible de faire coexister logiciels
    propriétaires et logiciels libres. C'est ce discours qui a été repris
    par Bill Gates lui-même devant les représentants des administrations
    françaises lors du raout offert dans les salons Gabriel le 17/11/04.
    Mais la menace a l'avantage de mettre en lumière l'intérêt essentiel
    que présente pour les développeurs et utilisateurs européens la
    non-brevetabilité des logiciels, Les décideurs politiques, surtout en
    Europe, devraient absolument se persuader qu'accepter cette
    brevetabilité, comme semblent le vouloir la Commission et beaucoup de
    gouvernements, serait une décision politique aux répercussions
    considérables car elle engagerait l'avenir de l'Europe comme puissance
    technologique et culturelle à travers la maîtrise de ses flux
    d'informations. Il est évident en effet que seuls les grands éditeurs
    américains de logiciels, Microsoft le premier, pourront faire breveter
    l'ensemble du champ des applications possibles, ce qui éliminera toute
    concurrence venant des éditeurs ou des communautés d'utilisateurs
    européens. Pour ceux-ci l'Open Source représente la seule possibilité
    de survivre de façon indépendante.
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    ****Les attaques directes contre les projets Open Source/Libres
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    Le cas récent de SCO en est à ce jour l'exemple le plus évident. Il
    s'agit pour Microsoft, comme avec le discours de Balmer, d'essayer
    d'enrayer par la peur les mouvements de migration hors de la sphère
    Microsoft. SCO est une entreprise de logiciel qui attaque des
    utilisateurs de produits Linux au prétexte que ces produits violeraient
    des brevets que SCO aurait déposés ou aurait rachetés. De nombreux
    observateurs pensent que SCO dans cette affaire agit en partie pour le
    compte de Microsoft.
    http://solutions.journaldunet.com/0403/040308_sco.shtml.(...)

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    ****Quatrième action : afin d'éteindre toute contestation possible,
    Microsoft utilise ses importantes ressources propres pour négocier avec
    ses détracteurs et éteindre toutes les plaintes en abus de position
    dominante
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    L'accord avec Sun, pour plus 1,5 milliards d'Euros au total,
    est exemplaire. Même le dénouement de l'action engagée par l'Union
    Européenne contre Microsoft peut être considéré comme une victoire pour
    la firme, car les attendus du jugement stipulent qu'en l'échange des
    informations permettant l'interopérabilité avec le monde Microsoft,
    cette dernière est en droit de percevoir une contrepartie "raisonnable
    et non discriminatoire" (RAND), le terme même utilisé par Microsoft
    pour justifier de faire payer les développeurs de projets de logiciels
    libres, qui ne le peuvent pas, afin d'empêcher l'interopérabilité entre
    le monde Microsoft et le monde du Libre.

    ***NB :
    Mais ne se laissent intimider que ceux qui le veulent bien. Les grands
    pays asiatiques promoteurs du Joint Open Source Asian Project n'en ont
    cure. C'est ainsi que le C-DAC, Center for Development of Advanced
    Computing, en Inde, vient de signer un accord de 3 ans incluant IBM et
    ITT pour développer des logiciels en Open Source, y compris dans le
    domaine très important des mobiles
    http://www.cdacindia.com/html/press/4q04/spot440.asp.(...) Le même C-DAC
    lance le « janabhaaratii project » autre projet en Open Source destiné
    à produire des suites logiciels en langage indien.
    http://www.cdacindia.com/html/press/4q04/prs_rl158.asp.(...)
    Il ne s'agit là que de deux exemples parmi de nombreux autres. Vu
    l'importance des marchés indiens, chinois et japonais, ces projets
    constituent la plus grande des menaces contre Microsoft. La firme de
    Redmont ne peut guère s'y imposer en force, comme elle l'a fait dans
    les Amériques et en Europe.*****

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    ****Cinquième action: l'offensive de Microsoft dans le domaine des
    Solutions Business, secteur éminemment stratégique concernant le coeur
    de l'informatique industrielle et de développement des grandes
    entreprises
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    Microsoft avait passé en mai dernier un accord avec l'européen SAP afin
    que celui-ci adapte ses progiciels à .Net, la plateforme "industrie" de
    Microsoft. Etablie à Walldorf en Allemagne, SAP est le premier
    fournisseur mondial de solutions Business collaboratives pour toutes
    les industries. Elle est aussi le premier fournisseur mondial de
    logiciels inter-entreprises et le troisième fournisseur mondial de
    logiciels. Elle emploie aujourd'hui plus de 28 900 personnes dans plus
    de 50 pays.
    Après SAP, Microsoft vient de s'allier avec Dassault Systèmes. Cette
    entreprise s'occupe notamment de la modélisation (industrielle) en 3D
    et dispose d'un important réseau technologique (voir
    http://corporate.3ds.com/fr/communities/index.asp(...)). A l'intérieur de
    Dassault systèmes, on trouve notamment Dassault systèmes Solutions,
    entité commerciale créée pour proposer les logiciels Dassault Systèmes
    en France, Bénélux et Suisse. Microsoft a conclu une alliance
    d'envergure le 17 novembre avec Dassault Systèmes (voir le communiqué
    commun
    http://corporate.3ds.com/fr/press/ipf.asp?object_name=Microsoft_Par(...)
    hip_17Nov04_PR). Les deux éditeurs se sont engagés à développer des
    solutions communes au cours des 5 prochaines années. Le tout afin
    d'optimiser les outils de conception 3D et de la gestion du cycle de
    vie des produits (Product Life-cycle Management) de Dassault Systèmes
    pour qu'ils fonctionnent en symbiose parfaite avec les logiciels
    d'infrastructure de Microsoft (Windows Server,SQL Server), basés sur la
    technologie .Net. Nous renvoyons pour les détails au communiqué
    référencé ci-dessus.
    Pour Windows, inutile de dire que l'opération est stratégique: il
    s'agit de faire de .Net le "moteur logiciel" de l'industrie. Ainsi,
    grâce à ces partenariats, Microsoft augmente la valeur ajoutée de sa
    plate-forme en la rendant compatible avec des applications clés de
    l'industrie. Ceci va lui permettre d'augmenter ses ventes de logiciels
    d'infrastructures. C'est aussi le bon moyen de bien se positionner dans
    le domaine des services Web (Web services), ces logiciels qui doivent
    permettre aux entreprises de travailler ensemble, via Internet et qui
    font l'objet d'une intense bataille de standard... Les éditeurs
    disposant de nombreux partenariats multiplient ainsi leur chance de
    l'emporter. Mais surtout, la disponibilité d'applications
    incontournables sur .Net est aussi une façon de résister à la montée en
    puissance des logiciels libre. Il faut savoir que jusqu'à ces dernières
    années, les industriels utilisaient avant tout des plates-formes,
    s'appuyant pour la plupart sur des systèmes UNIX. Aujourd'hui, deux
    camps s'affrontent : l'environnement .Net de Microsoft, et ceux
    s'appuyant sur Java (langage de programmation), soutenu par IBM et son
    offre "Websphere"(1).

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    ****Sixième action: le contrôle des identités numériques
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    Qui contrôle les fonctions clés des systèmes informatiques?
    L'utilisateur ne s'en soucie généralement pas. Il a tort. Prenons
    l'exemple de l'identité numérique.. Presque tous les logiciels doivent
    identifier ceux qui les utilisent (réseaux, bases de données,
    applications...). Comme il n'est pas très pratique de gérer une
    identité par logiciel, l'offre d'une identité centralisée fournie par
    un éditeur de logiciel trouve un écho favorable dans les services
    informatiques.
    Mais l'éditeur qui propose ce service et maîtrise un dispositif
    centralisé d'identité numérique:
    - est en mesure de favoriser par de multiples artifices (interface
    incomplète et changeante, délais décourageant pour l'utilisateur des
    produits concurrents) ses produits ou ceux de ses amis (base de
    données...) ;
    - détient un moyen de pression considérable sur ses clients en pouvant
    bloquer le fonctionnement de leurs systèmes informatiques (les
    identités s'approuvant en cascade il suffit de bloquer l'identité
    racine).
    C'est le cas d'active-directory (AD) de Microsoft.
    En centralisant la gestion des ressources matérielles et logicielles
    d'un système informatique (à l'échelle d'un ministère par exemple) AD
    donne les mêmes moyens que l'identité numérique de tuer les produits
    concurrents.
    Microsoft impose progressivement cette architecture centralisée en la
    liant aux nouvelles versions de ses logiciels. Par ailleurs cette
    société s'oriente vers une connexion permanente des bases AD avec ses
    propres systèmes informatiques (diffusion automatique des nouvelles
    versions de ses logiciels, location plutôt que vente de licences) qui
    lui donnera le moyen de bloquer en tout ou partie les systèmes
    informatiques de ses clients.

    Pour garder le contrôle de nos systèmes informatiques, les utilisateurs
    que nous sommes devront aller vers des architectures hétérogènes et
    cloisonnées. Argument de plus en faveur des logiciels libres.

    Note
    (1) Dans cet affrontement existe également l'initiative "Mono», qui
    fournit une implémentation open-source des spécifications .Net (voir
    http://www.mono-project.com/about/index.html(...)), à l'initiative de Miguel
    De Icaza, à présent chez Novell, qui est par ailleurs à l'origine de
    l'environnement de développement d'applications bureautique GNOME
    http://www.gnome.org(...) et du tableur Gnumerics concurrent de Microsoft
    Excel.
    Mono est une prouesse sur le plan technologique et sur le plan de
    l'ingénierie collaborative sur internet, et pourrait grandement
    favoriser la pénétration de systèmes ouverts dans l'industrie s'il ne
    se heurte pas à des barrières juridiques insurmontables... Selon son
    succès, il pourrait aussi inciter encore davantage Sun à rendre le
    langage Java open-source. M. De Icaza explique dans ce message les
    menaces liées aux brevets logiciels qui planent aussi bien sur Mono que
    sur Java:
    http://lists.ximian.com/archives/public/mono-list/2004-March/019042(...)


    ***Pour en savoir plus sur la question des brevets logiciels
    Voir le site No Software Patents qui milite pour que les institutions
    européennes n'autorisent pas la brevetabilité des logiciels
    http://www.nosoftwarepatents.com/fr/m/intro/index.html.(...)
    Le site No Software Patents vise à rassembler les opposants à la
    brevetabilité des logiciels. Le Conseil Compétitivité de l'UE a tenté
    de ratifier formellement une proposition de « Directive sur la
    brevetabilité des inventions mises en oeuvre par ordinateur », qu'on
    désigne habituellement sous le nom de « directive sur les brevets
    logiciels ». Le 18 mai, le Conseil était parvenu à un accord politique
    sur une version préliminaire mais n'a pas pris la décision formelle de
    l'entériner.
    Depuis le 1er novembre, de nouvelles pondérations des votes sont
    appliquées en accord avec l'acte d'adhésion. La somme des votes des
    pays qui ont soutenu de manière affirmative la proposition législative
    du 18 mai s'élève à 216, en dessous des 232 voix exigées. Cela créerait
    un précédent regrettable pour la démocratie européenne si le Conseil de
    l'UE adoptait une position commune sur une base insuffisante. De plus
    les 216 votes comprennent ceux des Pays-Bas et de l'Allemagne contre la
    volonté des parlements nationaux de ces pays.
    Le 20 décembre dernier, on avait pu croire à un passage en force du
    projet de directive européenne sur les brevets logiciels. La Présidence
    Néerlandaise insistant pour ratifier le projet à l'occasion du Conseil
    "consacré à la pêche". Mais alors que le Conseil des Ministres
    européens du 21 décembre 2004 devait entériner l'accord politique du 18
    mai sur la brevetabilité des inventions mises en oeuvre par ordinateur,
    le gouvernement polonais s'y est formellement opposé.
    Cela dit, les défenseurs de la non-brevetabilité auraient tort de se
    rassurer. Les pressions des adversaires des logiciels libres sont si
    fortes que le projet de directive reparaîtra un jour ou l'autre sous
    une autre forme.
    Nous tiendrons nos lecteurs informés de la suite des événements.

    © Automates Intelligents 19/01/2005