• [^] # Re: Il faudra de toutes façons faire qque chose

    Posté par (Mastodon) . En réponse à la dépêche Brevets logiciels : nouvelle offensive surprise. Évalué à 7.

    «Pourquoi vouloir conditionner le droit au fait que l'idée soit "difficile à avoir"? Cela aussi on pourrait en discuter. De mon point de vue, la simple antériorité est un principe aussi simple que légitime»

    L'antériorité est impossible à prouver, et pas du tout légitime dans le domaine des idées. Pouvoir breveter des idées triviales n'est pas du domaine des choses que je suis prêt à discuter :)

    Pour être très simple, admettons un théorème très simple de mathématiques, et admettons qu'un algorithme en découle "naturellement", c'est à dire que n'importe quelle personne du domaine, à partir du théorème, peut facilement penser à construire l'algorithme. De quel droit la première personne à penser à breveter cet algorithme, simplement parce qu'elle a été la première personne à penser à breveter (et pas forcément la première à faire l'algorithme), devrait empêcher tout le monde d'avoir cette même idée triviale ?

    Ici, ce n'est pas encore un problème moral, c'est simplement dû au fait qu'une idée, c'est quelque chose qui se construit à partir d'autres idées, et qu'il est parfaitement possible à deux personnes sans contact l'une avec l'autre d'avoir des idées semblables. Si une idée n'est pas triviale, alors on peut raisonnablement penser que les successeurs se sont inspirés du travail de l'inventeur, mais dans le cas contraire il est probable qu'ils aient eu cette idée d'eux même, et je ne vois aucune justification (économique ou autre) au fait que l'on doive acheter une licence à quelqu'un que l'on ne connait pas, dont on n'a jamais vu le travail, pour une idée que l'on a eu sans son aide.

    Il ne faut pas oublier que les brevets (les vrais, pas ceux sur des idées), à l'origine, ont été créés pour protéger les gens qui ont inventé quelque chose d'innovant de se faire "voler" leur invention. Autoriser n'importe qui à breveter des idées "faciles à avoir", ça ne remplit pas du tout ce but, sauf si on considère qu'un inventeur, c'est quelqu'un qui passe sa vie à vérifier que chaque étape de son raisonnement n'a pas déjà été utilisée par quelqu'un, et à la breveter si c'est possible. Les brevets sont censés empêcher des gens de repomper des inventions, pas empêcher les gens d'avoir des idées.

    Dans le monde que tu proposes, les brevets freinent énormément l'innovation, pour le bénéfice d'un très petit nombre de gens. Quelle justification économique à ça ? À chaque fois qu'une idée se forme dans un esprit au monde, elle est gelée pour 20 ans. Quelle justification économique à ça ?

    Tu peux me dire qu'une idée brevetée n'est pas vraiment gelée pour 20 ans. Si dans mon logiciel j'utilise 1 000 idées brevetées (un chiffre plus que raisonnable), je n'ai qu'à acheter 1 000 licences. Voila pourquoi ça freine l'innovation: tu la remets entre les mains des gens qui ont les moyens de payer 1 000 licences pour faire le moindre logiciel, ou bien de négocier des licences avec leur propre portefeuille de brevets.

    D'un point de vue économique, c'est dans l'intérêt des entreprises de taille déjà raisonnable, et contre l'intérêt de tout le monde en dehors d'eux, y compris les plus petites entreprises.

    «j'estime de mon coté méprisable la position du libre "on doit pouvoir ré-implémenter tout sans contraintes"»

    Deux points:

    - La position "du libre", ça ne veut rien dire, merci d'en tenir compte. Vouloir regrouper tous les gens qui utilisent des logiciels libres dans un même sac idéologique, c'est bête et insultant pour une bonne partie d'entre eux. Contre toute attente, une bonne partie de ces gens ne sont pas de vils communistes.

    - La position que l'on entend souvent du côté des anti-brevets logiciels n'est pas que l'on doit pouvoir tout reprendre sans contraintes. Leur position est que le copyright est une protection suffisante pour les logiciels. Aux dernières nouvelles, le copyright ne permet pas de reprendre les logiciels des gens. Par contre le copyright permet aux gens d'innover et de réimplémenter. C'est effectivement le mot que tu utilises, mais je ne suis pas sûr que nous soyons d'accord sur la différence entre les deux.

    Lorsque l'on copie un logiciel, il n'y a pas de travail créatif, on ne fait que se baser sur le travail déjà effectué par quelqu'un d'autre. Lorsque l'on réimplémente, sans avoir regardé le code source et sans avoir une idée de comment cela fonctionne, alors c'est un travail créatif, on construit un logiciel qui a la même fonctionnalité à la fin, mais on fait le même travail créatif que l'auteur d'origine. Peut-être qu'on trouvera la même solution, ou peut-être qu'on trouvera une autre solution. Mais comment accuser quelqu'un qui a conçu un logiciel de A à Z de n'être qu'un vil copieur ?

    Donc pour conclure là dessus, si le libre avait une position, ça serait plutôt "on peut tout réimplémenter en respectant les contraintes du droit d'auteur", ce qui est très différent de "on peut tout réimplémenter sans contraintes". Le droit d'auteur est en place, et fonctionne. Les éditeurs de logiciels en Europe ne meurent pas de faim. Quelle justification, encore une fois économique et non morale, à l'extension de la protection des logiciels ?