en Europe personne n'en a rien à carrer, donc loi ou pas la justice ne lèvera pas le petit doigt
Le problème n'est-il pas plutôt de faire des milliers de lois sur tout et n'importe quoi en sachant pertinemment qu'on n'a pas les ressources pour les faire appliquer? Et même si les ressources étaient là—disons par exemple que le prochain gouvernement est issu d'un parti de geeks Linuxien à cheval sur le respect de la vie privée numérique—est-ce que tu souhaiterais vraiment qu'il y ait des perquisitions plus ou moins random dans les entreprises pour vérifier où sont les données privées des utilisateurs, si elles sont bien supprimées exactement quand elles ont été supprimées, si tu as bien à jour la base de données des 567 "partenaires" avec qui tu partages les cookies, si tu peux justifier de la conformité de la manière dont tu gères les requêtes d'accès aux données personnelles, etc? Et si on parle d'une association, tu veux que la police des données aillent chez les particuliers bénévoles? Que le président de l'asso se retrouve avec des sanctions parce qu'il a copié la liste et les téléphones des adhérents sur une clé USB, ou qu'il a gardé un zip sur le disque dur de son portable pro, ou qu'il a gardé la liste des adhérents de 2022? Une société où le RGPD est scrupuleusement respecté, c'est aussi une société de contrôle paranoïaque, où même les particuliers et les professionnels de tous les domaines sont censés connaitre des règlements hyper-techniques, où ils pourraient faire l'objet de contrôles, et où au final l'ensemble de l'écosystème numérique finira entre les mains de quelques entreprises mondialisées qui sont les seules capables d'embaucher les armées de juristes et de payer les multiples certifications qui leurs permettraient de passer les audits sans trop de casse. Tu es un plombier qui a besoin d'une base de données clients avec les noms, les téléphones, les adresses, et les RIB? => Dans un cloud certifié, avec les factures numériques, le tout hébergé dans un datacenter GAFAM. Tu est un prof qui veut faire un trombinoscope d'élèves? Paf, dans le cloud GAFAM, avec les formulaires de droit à l'image qui vont bien, les procédures de rétractation adaptées au droit français, qui gèrent les majeurs, les mineurs, les responsables légaux... Tu veux faire une liste des gens qui ont donné un billet pour le pot de départ à la retraite de Marie-Hélène? Dans le cloud GAFAM. Ah le bel avenir! Plein de boulot pour les juristes, les avocats, les cabinets de conseil, les cabinets d'audit; plein d'abonnements à des clouds spécialisés pour tout le monde, plein de place pour les professionnels de l'arnaque et de la revente de données qui vont tout bien respecter la forme des règlements, et plus aucune autonomie des citoyens dans la gestion de leurs données numériques. Moi ce monde là, je ne l'aime pas du tout, et je crois que je préfère encore que les données des cookies soient échangées sous le manteau plutôt que tout soit bien fliqué par des robocops numériques.
[^] # Re: Service public
Posté par arnaudus . En réponse au journal viré de son club de sport. Évalué à 5 (+2/-0).
Le problème n'est-il pas plutôt de faire des milliers de lois sur tout et n'importe quoi en sachant pertinemment qu'on n'a pas les ressources pour les faire appliquer? Et même si les ressources étaient là—disons par exemple que le prochain gouvernement est issu d'un parti de geeks Linuxien à cheval sur le respect de la vie privée numérique—est-ce que tu souhaiterais vraiment qu'il y ait des perquisitions plus ou moins random dans les entreprises pour vérifier où sont les données privées des utilisateurs, si elles sont bien supprimées exactement quand elles ont été supprimées, si tu as bien à jour la base de données des 567 "partenaires" avec qui tu partages les cookies, si tu peux justifier de la conformité de la manière dont tu gères les requêtes d'accès aux données personnelles, etc? Et si on parle d'une association, tu veux que la police des données aillent chez les particuliers bénévoles? Que le président de l'asso se retrouve avec des sanctions parce qu'il a copié la liste et les téléphones des adhérents sur une clé USB, ou qu'il a gardé un zip sur le disque dur de son portable pro, ou qu'il a gardé la liste des adhérents de 2022? Une société où le RGPD est scrupuleusement respecté, c'est aussi une société de contrôle paranoïaque, où même les particuliers et les professionnels de tous les domaines sont censés connaitre des règlements hyper-techniques, où ils pourraient faire l'objet de contrôles, et où au final l'ensemble de l'écosystème numérique finira entre les mains de quelques entreprises mondialisées qui sont les seules capables d'embaucher les armées de juristes et de payer les multiples certifications qui leurs permettraient de passer les audits sans trop de casse. Tu es un plombier qui a besoin d'une base de données clients avec les noms, les téléphones, les adresses, et les RIB? => Dans un cloud certifié, avec les factures numériques, le tout hébergé dans un datacenter GAFAM. Tu est un prof qui veut faire un trombinoscope d'élèves? Paf, dans le cloud GAFAM, avec les formulaires de droit à l'image qui vont bien, les procédures de rétractation adaptées au droit français, qui gèrent les majeurs, les mineurs, les responsables légaux... Tu veux faire une liste des gens qui ont donné un billet pour le pot de départ à la retraite de Marie-Hélène? Dans le cloud GAFAM. Ah le bel avenir! Plein de boulot pour les juristes, les avocats, les cabinets de conseil, les cabinets d'audit; plein d'abonnements à des clouds spécialisés pour tout le monde, plein de place pour les professionnels de l'arnaque et de la revente de données qui vont tout bien respecter la forme des règlements, et plus aucune autonomie des citoyens dans la gestion de leurs données numériques. Moi ce monde là, je ne l'aime pas du tout, et je crois que je préfère encore que les données des cookies soient échangées sous le manteau plutôt que tout soit bien fliqué par des robocops numériques.