Arf, son premier commentaire, j'ai pas tout pigé désolé.
Je reconnais que ce que j'ai écrit peut apparaître ésotérique à qui n'est pas familier avec ces problématiques. Essayons de rendre le fond de ma pensée plus accessible.
Lorsqu'il retrace les grandes lignes des différentes écoles philosophiques en théorie de la connaissance, il part du partage classique entre Platon et Aristote, immortalisé par Raphaël dans son tableau l'École d'Athènes. Puis à l'époque moderne (17ème et 18ème) viennent les rationalistes Descartes, Leibniz et Spinoza face aux empiriste de l'école anglaise Locke, Berkeley et Hume. Kant arrive dans cet état de lieu est chercha la consiliation, tout en sauvant la raison pure des attaques fatales qui lui porta David Hume.
Lorsque Stéphane Mallat résume le contenu de l'idéalisme transcendantale sous la forme :
Idéalisme transcendantal : connaissance résulte du traitement de l'expérience par les formes a priori de l'esprit
il n'expose qu'une partie de la philosophie kantienne : sa réfutation de l'empirisme, et de David Hume en particulier. Car c'est bien l'attaque de Hume contre la causalité qui fit sortir Kant de son sommeil dogmatique (l'expression est de Kant, et c'est ainsi qu'il qualifie tous les rationnalismes qui sont à sa gauche dans le transparent de Mallat). Bien qu'il fut en profond désaccord avec Hume sur le fond (l'origine du concept de causalité), il avait une grande admiration pour ce philosophe. L'attaque de Hume se trouve dans son livre Enquête sur l'entendement humain. Mais il faut bien comprendre la signification des conclusions de sa thèse. Lorsque qu'un statisticien répète à l'envie que corrélation n'est pas causalité, il semble signifier qu'il y a là deux notions distinctes. Pour Hume, la causalité est juste des corrélations qui n'ont pas encore reçu de contre exemple venant de l'observation. D'où cette présentation de Kant dans la préface des ses *Prolégomènes à toute métaphysique future qui voudrait se présenter comme science :
Depuis les essais de Locke et de Leibniz, ou plutôt depuis la naissance de la métaphysique, aussi haut qu’en remonte l’histoire, on ne peut citer aucun événement d’un caractère qui eût pu être décisif dans les destinées de cette science, que l’attaque dirigée contre elle par David Hume. Il n’apporta aucune lumière dans cette espèce de connaissance ; mais il fit jaillir une étincelle qui eût pu produire la lumière, si elle était tombée sur une matière inflammable, et si l’action en eût été entretenue et augmentée.
Hume partit surtout d’un concept unique de la métaphysique, mais important, à savoir du concept de la liaison de la cause et de l’effet (par conséquent aussi de la notion consécutive à celle-là, celle de force et d’action, etc.) ; il somma la raison, qui prétend l’avoir engendré dans son sein, de lui dire de quel droit elle pense que quelque chose peut être de telle nature que, s’il est posé, quelque autre chose nécessairement doit être aussi posé par le fait ; car c’est ce que dit la notion de cause. Il prouve invinciblement qu’il est tout à fait impossible à la raison de penser a priori et par des notions une pareille liaison, puisqu’elle renferme une nécessité. Au contraire, on ne saurait voir comment, parce que quelque chose existe, quelque autre chose doit aussi exister nécessairement, ni de quelle manière par conséquent la notion d’une pareille liaison peut s’établir a priori. D’où il conclut que la raison se trompe entièrement sur ce concept ; qu’elle le tient faussement pour son enfant, qu’il n’est qu’un bâtard de l’imagination, qui, engrossée par l’expérience, a soumis certaines représentations à la loi de l’association, et fait passer une nécessité subjective qui en découle, c’est-à-dire une habitude, pour une nécessité objective par intuition. D’où il conclut que la raison ne possède aucun pouvoir de former par la pensée de semblables liaisons, même d’une manière purement générale, parce qu’alors ses concepts ne seraient que de pures fictions, et que toutes ses prétendues connaissances a priori ne seraient que des expériences communes estampillées faussement ; ce qui revient à dire qu’il n’y a pas de métaphysique du tout, et qu’il ne peut y en avoir aucune[2]. Si téméraire et si fausse que fût la conséquence, elle était du moins fondée sur une recherche qui méritait bien que les bons esprits de l’époque unissent leurs efforts pour résoudre aussi heureusement que possible le problème dans le sens où il avait été posé, solution d’où toute une réforme de la science eût dû bientôt sortir.
Mais le sort contraire qui s’attache toujours à la métaphysique voulut que Hume ne fût compris de personne. On ne peut voir sans en éprouver un certain déplaisir comment ses adversaires Reid, Oswald, Beattie, et enfin jusqu’à Priestley, manquèrent le point de la question, parce qu’ils admettaient toujours comme accordé cela même qui était en doute, et qu’ils prouvaient au contraire avec chaleur et le plus souvent avec une grande inconvenance ce dont il n’avait jamais eu la pensée de douter ; ils méconnurent tellement le signal de la réforme que tout resta dans l’ancien état de choses, exactement comme si rien ne fût arrivé. La question n’était pas de savoir si la notion de cause est légitime, applicable, et nécessaire par rapport à toute la connaissance de la nature, car Hume n’en avait jamais douté ; mais il s’agissait de savoir si elle est conçue a priori par la raison, et si elle possède ainsi une vérité interne, indépendante de toute expérience, et qui par conséquent soit susceptible d’une utilité bien plus étendue, qui ne soit pas restreinte aux seuls objets de l’expérience : voilà ce que demandait Hume. Il n’était question que de l’origine de ce concept, et nullement de sa nécessité pratique ; cela trouvé, c’en était fait des conditions de l’usage et de l’étendue de sa légitimité.
Mais les adversaires du grand homme auraient été obligés, pour répondre à sa question, de pénétrer très avant dans la nature de la raison, comme faculté de la simple pensée pure, ce qui ne leur était pas commode. Ils imaginèrent en conséquence un moyen plus facile, sans aucune pensée d’agir avec autorité, ce fut d’en appeler au sens commun. C’est sans doute un grand bienfait du ciel que de posséder un entendement sain (ou simple, comme on l’a nommé récemment). Mais il faut le prouver par des faits, en montrant de la réflexion et de la raison dans ce qu’on pense et ce qu’on dit, et non point en y faisant appel comme à un oracle, quand on ne sait rien dire de propre à justifier ses assertions. Quand l’intelligence et la science sont en défaut, alors et pas plus tôt on fait appel au sens commun ; c’est une des subtiles inventions de notre temps, à l’aide de laquelle le parleur le plus futile peut entreprendre l’esprit le plus solide et lui résister. Mais tant qu’il reste encore quelque peu d’idées, on se garde bien de recourir à cette ressource. À voir la chose de plus près, cet appel n’est qu’un recours au jugement de la multitude ; approbation dont la philosophie rougit, mais dont se prévaut et s’enorgueillit le parleur populaire. Je dois croire pourtant que Hume eût pu prétendre avec autant de droit que Beattie au sens commun, et de plus, à ce que ne possédait assurément pas celui-ci, je veux dire une raison critique qui retient le sens commun dans ses limites naturelles, l’empêche de s’égarer dans les spéculations, ou, s’il en est question, de prétendre à rien décider, par la raison qu’il ne peut rendre raison de ses principes : ce n’est qu’à cette condition que le sens commun restera un entendement sain. Un ciseau et un maillet peuvent très bien servir à travailler un morceau de bois, mais s’il s’agit de graver sur cuivre il faut un poinçon. Ainsi le sens commun et le sens spéculatif sont tous les deux utiles, mais chacun dans son espèce : celui-là s’il s’agit de jugements qui trouvent leur application immédiate dans l’expérience, celui-ci quand il faut juger en général, par simples notions, par exemple en métaphysique, où ce qui s’appelle le bon sens, mais souvent par antiphrase, ne pense absolument rien.
C'est un bon résumé de la situation dans laquelle se trouvait Kant lorsqu'il entreprit son œuvre : il lui fallait sauver la causalité des attaques de David Hume, sans cela, outre la métaphysique, c'est la physique théorique elle même qui aurait du s'écrouler par absence de fondement. Kant était un newtonien convaincu et on lui doit le premier modèles de formation du système solaire basé sur la théorie de la gravitation de Newton. La réponse de Kant à Hume est la thèse résumé par Maillat dans sa diapositive. Mais pour se faire, il du marcher dans les pas d'Aristote. Cela se trouve au chapitre sur la logique transcendantale dans la Critique de la raison pure.
D’après cela, il y aura autant de concepts purs de l’entendement, s’appliquant à priori à des objets d’intuition, qu’il y avait, d’après la table précédente, de fonctions logiques dans tous les jugements possibles ; car ces fonctions épuisent entièrement l’entendement et en mesurent exactement la puissance. Nous donnerons à ces concepts, suivant le langage d’Aristote, le nom de catégories, puisque notre dessein est identique au sien dans son origine, bien qu’il s’en éloigne beaucoup dans l’exécution.
Et sa table des catégories (dont fait partie la causalité) est construite en miroir de la table qui expose la structure formelle de nos jugements en logique. On trouve ce chapitre sur wikisource, on tu y trouveras les deux tables. On y voit que le concept de causalité renvoie à la forme des jugements hypothétiques (si A alors B) en tant que deuxième catégorie de la relation.
C'est cela que j'ai exposé dans premier message, et la correspondance entre ces deux tables suit exactement le même principe que le correspondance de Curry-Howard exposé par Xavier Leroy dans son cours au Collège de France. Autrement dit, la synthèse par Maillat de la philosophie kantienne se concentre uniquement sur sa réfutation de Hume (mais nullement sur celles des autres rationnaliste, qui est situé dans le chapitre sur la dialéctique transcendantale de la Critique de la raison pure), ce qui exclut certes l'empirisme mais laisse intact les autres formes de rationnalisme, ce qui renvoie non aux réseau de neurones mais plutôt à la programmation fonctionnelle statiquement typée.
Alors, je ne nie pas l'utilité du principe d'abduction (après tout, c'est celui que l'on utilise lorsque l'on conclue de l'existence de fossiles à celle des dinosaures), mais il ne saurait venir en place de premier principe (il est un principe dérivé, qui présuppose déjà la causalité, et ne donne que des conclusions probables et non certaines) dans l'ordre du savoir humain.
Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières.
[^] # Re: La mise en perspective de la philosophie est interessante.
Posté par kantien . En réponse au lien De la philo aux maths, de l'intelligence pas si artificielle (Conf ENS Stéphane Mallat). Évalué à 4.
Je reconnais que ce que j'ai écrit peut apparaître ésotérique à qui n'est pas familier avec ces problématiques. Essayons de rendre le fond de ma pensée plus accessible.
Lorsqu'il retrace les grandes lignes des différentes écoles philosophiques en théorie de la connaissance, il part du partage classique entre Platon et Aristote, immortalisé par Raphaël dans son tableau l'École d'Athènes. Puis à l'époque moderne (17ème et 18ème) viennent les rationalistes Descartes, Leibniz et Spinoza face aux empiriste de l'école anglaise Locke, Berkeley et Hume. Kant arrive dans cet état de lieu est chercha la consiliation, tout en sauvant la raison pure des attaques fatales qui lui porta David Hume.
Lorsque Stéphane Mallat résume le contenu de l'idéalisme transcendantale sous la forme :
il n'expose qu'une partie de la philosophie kantienne : sa réfutation de l'empirisme, et de David Hume en particulier. Car c'est bien l'attaque de Hume contre la causalité qui fit sortir Kant de son sommeil dogmatique (l'expression est de Kant, et c'est ainsi qu'il qualifie tous les rationnalismes qui sont à sa gauche dans le transparent de Mallat). Bien qu'il fut en profond désaccord avec Hume sur le fond (l'origine du concept de causalité), il avait une grande admiration pour ce philosophe. L'attaque de Hume se trouve dans son livre Enquête sur l'entendement humain. Mais il faut bien comprendre la signification des conclusions de sa thèse. Lorsque qu'un statisticien répète à l'envie que corrélation n'est pas causalité, il semble signifier qu'il y a là deux notions distinctes. Pour Hume, la causalité est juste des corrélations qui n'ont pas encore reçu de contre exemple venant de l'observation. D'où cette présentation de Kant dans la préface des ses *Prolégomènes à toute métaphysique future qui voudrait se présenter comme science :
C'est un bon résumé de la situation dans laquelle se trouvait Kant lorsqu'il entreprit son œuvre : il lui fallait sauver la causalité des attaques de David Hume, sans cela, outre la métaphysique, c'est la physique théorique elle même qui aurait du s'écrouler par absence de fondement. Kant était un newtonien convaincu et on lui doit le premier modèles de formation du système solaire basé sur la théorie de la gravitation de Newton. La réponse de Kant à Hume est la thèse résumé par Maillat dans sa diapositive. Mais pour se faire, il du marcher dans les pas d'Aristote. Cela se trouve au chapitre sur la logique transcendantale dans la Critique de la raison pure.
Et sa table des catégories (dont fait partie la causalité) est construite en miroir de la table qui expose la structure formelle de nos jugements en logique. On trouve ce chapitre sur wikisource, on tu y trouveras les deux tables. On y voit que le concept de causalité renvoie à la forme des jugements hypothétiques (si A alors B) en tant que deuxième catégorie de la relation.
C'est cela que j'ai exposé dans premier message, et la correspondance entre ces deux tables suit exactement le même principe que le correspondance de Curry-Howard exposé par Xavier Leroy dans son cours au Collège de France. Autrement dit, la synthèse par Maillat de la philosophie kantienne se concentre uniquement sur sa réfutation de Hume (mais nullement sur celles des autres rationnaliste, qui est situé dans le chapitre sur la dialéctique transcendantale de la Critique de la raison pure), ce qui exclut certes l'empirisme mais laisse intact les autres formes de rationnalisme, ce qui renvoie non aux réseau de neurones mais plutôt à la programmation fonctionnelle statiquement typée.
Alors, je ne nie pas l'utilité du principe d'abduction (après tout, c'est celui que l'on utilise lorsque l'on conclue de l'existence de fossiles à celle des dinosaures), mais il ne saurait venir en place de premier principe (il est un principe dérivé, qui présuppose déjà la causalité, et ne donne que des conclusions probables et non certaines) dans l'ordre du savoir humain.
Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières.