C'est pas plutôt qu'il aura changé de métier, ce qui en soi est un peu la logique du truc?
Prends par exemple l'arrivée des calculatrices. Tu étais ingénieur, et tu passais une proportion non-négligeable de ton temps à faire des calculs à la main, éventuellement avec des conversions log pour transformer les multiplications et les additions.
Quelques années plus tard, est-ce que tu auras perdu de la maitrise? Très probablement, tu iras moins vite pour faire les divisions et les additions à la main, éventuellement tu ne sauras plus refaire des calculs que tu faisais en routine avant (extraire des racines carrées, par exemple). Pire, les jeunes recrutés ne sauront même plus faire. Et tu croiseras des vieux croutons qui te diront "mais comment feras-tu le jour où tu n'auras plus ces machines sous la main"? C'est vrai, le jour où tu n'auras pas de calculatrice sous la main, tu seras bien embêté pour calculer à la main une racine carrée, et tu seras bien moins efficace pour faire 25 divisions sans te tromper. Tout ça est parfaitement juste.
Mais en réalité, cette situation n'arrivera jamais. Pire, elle sera de moins en moins à même d'arriver, puisque cette histoire particulière nous montre qu'il nous arrive de moins en moins souvent de devoir réaliser nous-mêmes une opération (à la main, à la calculatrice, etc), parce que les opérations sont de plus en plus abstraites et imbriquées dans des algorithmes "tout faits", disponibles via des dépendances ou des bibliothèques; et qu'en parallèle, nous avons de plus en plus de calculatrices disponibles partout autour de nous (trucphones, tablettes, assistants vocaux...). Nous avons donc perdu une compétence devenue inutile, mais c'est sans conséquence.
Je trouve que la question qui est intéressante, c'est celle de l'utilité de l'apprentissage, pour le développement de notre cerveau et pour notre adaptabilité. Actuellement, les enfants apprennent toujours à faire des multiplications à la main, avant de confier ces tâches à des machines. Mais ils n'apprennent plus l'utilisation des tables de log ni l'extraction de racines carrées. Qu'est-ce qu'on est prêts à abandonner totalement à la technologie, et quels sont les savoirs fondamentaux qu'on souhaite garder? On a collectivement "désappris" à faire du feu avec des cailloux, à atteler un cheval, à parler latin, à écrire avec une plume, à filer la laine, à broder, à s'orienter aux étoiles... Il faut forcément faire des choix. Là, tu sembles partir du principe qu'il est évident que perdre la faculté de coder soi-même serait une sorte de chose négative à plus ou moins long terme, mais rien n'est moins sûr.
[^] # Re: Et dans quelques années....
Posté par arnaudus . En réponse au journal De développeur à orchestrateur, comment l'IA a changé ma vie. Évalué à 4.
C'est pas plutôt qu'il aura changé de métier, ce qui en soi est un peu la logique du truc?
Prends par exemple l'arrivée des calculatrices. Tu étais ingénieur, et tu passais une proportion non-négligeable de ton temps à faire des calculs à la main, éventuellement avec des conversions log pour transformer les multiplications et les additions.
Quelques années plus tard, est-ce que tu auras perdu de la maitrise? Très probablement, tu iras moins vite pour faire les divisions et les additions à la main, éventuellement tu ne sauras plus refaire des calculs que tu faisais en routine avant (extraire des racines carrées, par exemple). Pire, les jeunes recrutés ne sauront même plus faire. Et tu croiseras des vieux croutons qui te diront "mais comment feras-tu le jour où tu n'auras plus ces machines sous la main"? C'est vrai, le jour où tu n'auras pas de calculatrice sous la main, tu seras bien embêté pour calculer à la main une racine carrée, et tu seras bien moins efficace pour faire 25 divisions sans te tromper. Tout ça est parfaitement juste.
Mais en réalité, cette situation n'arrivera jamais. Pire, elle sera de moins en moins à même d'arriver, puisque cette histoire particulière nous montre qu'il nous arrive de moins en moins souvent de devoir réaliser nous-mêmes une opération (à la main, à la calculatrice, etc), parce que les opérations sont de plus en plus abstraites et imbriquées dans des algorithmes "tout faits", disponibles via des dépendances ou des bibliothèques; et qu'en parallèle, nous avons de plus en plus de calculatrices disponibles partout autour de nous (trucphones, tablettes, assistants vocaux...). Nous avons donc perdu une compétence devenue inutile, mais c'est sans conséquence.
Je trouve que la question qui est intéressante, c'est celle de l'utilité de l'apprentissage, pour le développement de notre cerveau et pour notre adaptabilité. Actuellement, les enfants apprennent toujours à faire des multiplications à la main, avant de confier ces tâches à des machines. Mais ils n'apprennent plus l'utilisation des tables de log ni l'extraction de racines carrées. Qu'est-ce qu'on est prêts à abandonner totalement à la technologie, et quels sont les savoirs fondamentaux qu'on souhaite garder? On a collectivement "désappris" à faire du feu avec des cailloux, à atteler un cheval, à parler latin, à écrire avec une plume, à filer la laine, à broder, à s'orienter aux étoiles... Il faut forcément faire des choix. Là, tu sembles partir du principe qu'il est évident que perdre la faculté de coder soi-même serait une sorte de chose négative à plus ou moins long terme, mais rien n'est moins sûr.