• [^] # Re: GPS, photo ?

    Posté par (site web personnel) . En réponse au journal Le Web moderne m'a tuer : plaidoyer pour une informatique sobre et déconnectée. Évalué à 4.

    Je comprends parfaitement l’idée de sobriété numérique. Si ma vie était sédentaire, locale, prévisible, je pourrais me passer d’un smartphone sans grande difficulté. Mais ma réalité professionnelle est tout autre.

    Depuis plusieurs années, je parcours la France pour des interventions techniques. Il m’arrive d’être à plus de 800 km de mon domicile, parfois de nuit, parfois dans des zones que je ne connais pas du tout. Dans ce contexte, le GPS n’est pas un confort. C’est un outil d’efficacité opérationnelle.

    Ce n’est pas seulement une question de "savoir où aller".
    C’est :

    • anticiper les bouchons et les accidents
    • être alerté en cas de trafic anormal
    • connaître l’heure optimale de départ
    • localiser les parkings à proximité
    • repérer les stations-service avec le prix du carburant
    • trouver rapidement un restaurant ou une salle de sport entre deux interventions
    • partager mon trajet en temps réel avec un collègue
    • éviter de conduire de manière hésitante dans des zones denses comme l’Île-de-France

    Naviguer avec une carte papier demanderait une préparation minutieuse pour chaque mission. Or mes journées sont déjà pleines. L’énergie mentale que cela exige serait considérable, et dans certaines grandes villes, conduire sans assistance dynamique rend la circulation plus lente, moins fluide, parfois même dangereuse.

    Les GPS intégrés aux véhicules de service ne sont pas une solution fiable :
    interfaces peu réactives, précision moyenne, latence gênante, bases d’adresses incomplètes, ergonomie différente à chaque changement de voiture. Et certaines locations n’ont tout simplement pas d’écran.

    Dans mon cas concret : intervention de nuit dans le Val-d’Oise. Une application comme Waze me permet de programmer l’itinéraire à l’avance, d’être averti si le trafic se densifie, et de partager mon heure d’arrivée. Ce n’est pas du gadget. C’est de la gestion de risque.

    À cela s’ajoute une autre réalité : les réunions professionnelles sur Microsoft Teams pendant les trajets ou la lecture de musique via les systèmes modernes embarqués. Dans beaucoup de véhicules récents, le smartphone est devenu la clé d’accès aux fonctions multimédia.

    La frontière entre outil professionnel et usage personnel devient alors extrêmement mince.

    Concernant la photo, la question n’est pas uniquement technique. Elle est existentielle.

    Pour moi, posséder un appareil n’est jamais neutre.
    Un DAC, une console portable, un ordinateur, un appareil photo... chaque objet implique un engagement. Choisir, configurer, optimiser, entretenir, transporter. C’est une charge mentale. Je suis minimaliste : si je transporte quelque chose, il doit justifier sa place.

    Un appareil photo dédié est un hobby à part entière. Je pourrais en acheter un pour les vacances, pour faire de belles images construites. Mais au quotidien, la photographie est souvent instantanée : capturer un détail, un document, un moment imprévu.

    En ce moment, j’ai recueilli un chaton apparu devant ma porte. Je photographie ses attitudes, sa progression, ses instants fragiles. Je n’aurais pas pu le faire avec un appareil classique à moins de le garder en permanence sur moi, allumé, prêt à déclencher. Le smartphone permet cette spontanéité.

    Il permet aussi le partage immédiat. Envoyer des photos à la famille, aux proches. Et parfois plus que cela : maintenir un lien ténu avec ses enfants lorsqu’on ne les voit plus. Envoyer une image via une messagerie, c’est dire silencieusement : je suis là. Même si ce n’est qu’un fil fragile.

    Un appareil dédié ne permet pas cette fluidité. Enfin, il y a la réalité logistique.

    Je me vois mal circuler avec :
    GSM, appareil photo, GPS dédié, lecteur DAC, portefeuille, clés...
    Je connais ma nature. Ce serait le meilleur moyen de perdre ou casser quelque chose.

    D’ailleurs, j’ai récemment perdu mon portefeuille entre Épinal et Montbéliard. Le smartphone m’a sauvé sur le plan administratif et financier.

    Si m’en détacher était simple, je le ferais. Je suis le premier à le laisser dans un coin et à oublier de le charger. Je ne l’idéalise pas. Il me fatigue, il m’envahit, il me détourne.

    Mais dans ma configuration actuelle, il condense en un seul objet des fonctions vitales : navigation dynamique, coordination professionnelle, photographie instantanée, transmission d’informations, accès administratif.

    Ce n’est pas un attachement, mais c’est un compromis.

    Et tant que ma vie reste mobile, fragmentée, imprévisible, ce compromis demeure pragmatiquement rationnel — même si intérieurement, j’aspire à plus de dépouillement. Il faut aussi rajouter la peur d'être moins performants. Tout le monde s'aide d'un smartphone, si je devais m'en passer, je sais pertinemment que je serais moins rapide et efficace dans la vie. C'est un choix, oui. Dans, nous vivons au rythme d'Internet et la société a beaucoup de mal à tolérer ceux qui se mettent sur le bas côté.