• [^] # Re: Hein ?

    Posté par (site web personnel) . En réponse au lien Synchroniser les horloges entre la Terre et Mars. Évalué à 7. Dernière modification le 05 décembre 2025 à 08:41.

    Il faut avouer que le mot « matériel » est effectivement mal choisi. « la physique décrit le physique » serait plus juste mais sujet à critique au titre de la tautologie, en cours je choisi plutôt de parler de science naturelle ; là encore une terminologie qui serait sujette à controverses. Qu'importe la formulation plus ou moins appropriée du nom de l'objet ici car le propos porte sur le terme central : décrire. Ma perception, parait-il dans la lignée de N. Bore (ou de Magritte), serait que la physique n'est qu'une description de la réalité et, aussi précise et prédictive soit-elle, ne doit en aucun cas être confondue avec cette dernière. Les soudards et les amateurs de science fiction le savent : « la carte n'est pas le territoire. »

    Autrement dit encore, la physique produit des modèles décrivant --- Dieu merci, à l'aide essentiellement des mathématiques, depuis l'époque galiléenne --- la nature. Remarquons que ce faisant elle déforme ou précise souvent le sens des mots des langages vernaculaires sur lesquelles elle s'appuie.

    Un exemple simple illustrera peut-être cette idée. Chacun sait que les termes empiriques « chaud » et « froid » recouvrent deux notions thermodynamiques fort différentes : celle de température, et celle de puissance calorifique échangée. Devrait-on pour autant s'abstenir de prévenir celui qui s'apprête à plonger que l'eau est « froide » (puissance) alors-même qu'elle est plus « chaude » (température) que l'air qui nous entoure ?

    Dans le cas du temps comme de la chaleur, il me paraît aberrant de nier les réalités décrites par la langue au titre de la précision du jargon scientifique. Oui, certains modèles physiques (pas ceux que j'utilise) peuvent se passer de la notion de temps ? Et alors ?

    Alors, soit on cherche à lire dans les modèles LA vérité, c'est à mon sens une confusion entre carte et territoire, et l'on affirmera « le temps n'existe pas.» Ou l'on considère les modèles comme de magnifiques constructions de l'esprit et de la logique, aux domaines d'applications limités, et destinés à être remplacés par d'autres modèles, et l'on se contentera de s'émerveiller ou de s'étonner qu'il soit possible d'établir un description de la nature sans y faire intervenir le temps.

    Même si la première posture est fort courante, j'avoue ne pas du tout la comprendre, tant elle est aux antipodes de ce que je pratique et enseigne. À cause d'un esprit étriqué ? Tout au plus puis-je concéder que ma propre épistémologie n'est probablement pas plus fondée ; je ne suis pas philosophe.

    « IRAFURORBREVISESTANIMUMREGEQUINISIPARETIMPERAT » — Odes — Horace