• # Problème de fond

    Posté par (site web personnel) . En réponse au journal Et l’intelligence humaine, alors ?. Évalué à 10.

    C'est sûr qu'on change d'époque. Il y a plus d'informatique partout, mais du coup aussi plus de boites "à la con", là où il y a une vingtaine d'année on trouvait une plus grosse proportion d'enthousiastes (parfois foutraques, ce qui est un autre sujet). Pour moi c'est un peu les dérives habituelles du capitalisme : on affine les process, encore et encore, et parfois ça fait des économies d'échelles, mais souvent aussi ça génère pas mal de non-sens, de frictions humaines, et ça conduit à perdre la saveur qu'un chouette travail peut amener. Ya sans doute des managers qui kiffent à mort, là, à faire des programmes de séminaires et des réunions à la chaine, qui ont l'impression de faire des choses biens. J'espère pour eux, même si j'ai un peu un doute...

    Je pense qu'il y a toujours un certain nombre d'entreprises où on peut faire un job comme ce que tu décris ; il faut juste les trouver au milieu des autres. Ce qui est devenu aussi compliqué que de trouver une page web sur un sujet précis, qui n'aie pas été bullshité par une IA. J'ai même la croyance qu'il n'y en a pas moins de "biens" (des entreprises comme des pages web), sauf qu'elles sont perdues dans un océan toujours plus vaste de trucs moches.

    Il me semble que quand on ressent ce que tu décris, pour ne pas devenir maboul, faut trouver de quoi vibrer "autrement". Je ne suis pas un exemple, j'ai eu tendance à quitter mes jobs dès que je m'y ennuyais. J'ai exercé des métiers variés, prenant plaisir à découvrir, mais il y a toujours un moment où ça devient routinier, où je n'ai plus à réfléchir à ce que je fais, dans quel sens, comment améliorer mes gestes etc, bref mon esprit décroche et assez rapidement je vais ailleurs. Ça me fait un CV absolument foutraque qui faisait ouvrir de grands yeux aux formateurs lors des stages "apprendre à faire un CV" (le pire étant que je sais très bien reformater ça pour me faire embaucher ensuite, ces formations obligatoires sont une telle perte de temps).

    Je comprends aussi qu'on reste dans un job dont le fond est devenu ennuyeux, mais dont les à-côtés sont confortables. Sans parler de la difficulté à trouver un autre job correspondant à nos autres critères, mais avec le fun en plus. Dans ce cas, acter que le job est devenu d'un ennui total, voir ce qu'on peut négocier là dedans, voir même si on ne peux pas se libérer du temps (bosser un jour de moins ? Dans une autre équipe ? Disparaitre discretos durant les séminaires imposés après avoir émargé ? Prétendre prendre des notes en réunion alors qu'on écrit des poèmes d'amours à son algorithme préféré ?). Et surtout trouver à côté, dans le reste de sa vie, de quoi se nourrir. Généralement en trouvant des projets sympas où participer bénévolement.

    Perso je suis vraiment adepte de la méthode "tout cramer" (repartir sur des bases saines étant un peu en option). J'ai quitté des jobs, des apparts, des compagnons, tout un tas de situations confortables, pour aller galérer comme pas permis. Mais je ne me suis pas ennuyée, ça c'est sûr !

    Par ailleurs ça peut être utile de faire un vrai bilan. Pas juste de compétences, mais de voir ce qui est important et ce qui l'est moins. Tu as su refuser un poste de manager, donc j'imagine que le fait de monter les échelons n'était pas très haut sur ta liste de priorité ;) Parfois on peut trouver un job bien plus sympa, mais en acceptant de gagner beaucoup moins, par exemple. Ou de déménager (ce qui peut être compliqué si on a une famille, une maison etc). Où sont les marges de manœuvres ?

    Dans ton travail, as tu encore le sentiment d’exercer une véritable intelligence? Pas simplement celui de résoudre des tickets, ou d’interfacer un formulaire avec une base de données. Mais bien cette sensation rare, précieuse, d’avoir compris un problème de fond, d’en avoir extrait une solution élégante, inattendue, juste? Ce moment de clarté, où tout s’aligne, où l’on sent que quelque chose s’est éclairé?

    C'est un sentiment que je vis régulièrement dans ma vie. Pas dans un job salarié, parce qu'handicap et travail rémunéré, c'est parfois trop compliqué. Mais ce bonheur, ce flow, quand les choses s'alignent et que je comprends comment tout s'emboite, comment mettre les choses en place, oui. Je ne sais pas comment on peut tenir le coup si on n'a pas ce truc régulièrement. Donc je te souhaite vraiment de retrouver comment mettre ça dans ta vie.