• [^] # Re: Respecter les autres, ce serait gentil

    Posté par (Mastodon) . En réponse au journal Le libre et le mouvement du 10 septembre. Évalué à 2.

    La phrase-clé est celle-ci, à la page 4 du deuxième lien (titre du paragraphe 2.1):

    [La France est le] seul pays où les universités ne sont pas le lieu privilégié de la formation des élites

    Cela a des conséquences pour les diplômés français cherchant du travail à l'étranger, en particulier chez des employeurs domiciliés en dehors des pays francophones (sinon, c'est de la triche 😅).

    En ce qui me concerne, j'ai fait mes études dans une école d'ingénieur française privée "moyenne" et mon cursus m'imposait à l'époque de faire un stage à l'étranger pour valider mon semestre. De mémoire, j'ai ciblé principalement deux continents :

    • L'Amérique du Sud, en postulant chez des filiales de multinationale européenne
    • L'Asie, avec la témérité de postuler chez des laboratoires et entreprises autochtones

    Pour mon entrée dans le "Nouveau Monde" latino, j'ai fait choux blancs parce que mon profil "ne concorde pas avec les offres de stage" (une manière polie de me dire que je n'ai pas fait un établissement assez prestigieux pour pouvoir intéresser les équipes sur place). Ainsi soit-il...

    En revanche, c'est tombé en marche en Asie pour un laboratoire public, mais pas vraiment pour les entreprises. Pourquoi ?

    Commençons par ce qui a coincé chez les entreprises asiatiques. Il y a deux choses qui avaient grandement contribué:

    1. Un stage pour se former dans le monde professionnellement avant l'obtention du diplôme, ça n'existe pas là-bas, du moins dans les pays que j'avais choisi. Le contournement est de demander un contrat d’intérimaire, mais ça créé des complications juridiques rien que pour des questions de visa et de convention avec l'école
    2. Dans l'un de ces pays, le terme "école d'ingénieur" traduit mot-à-mot équivaut à... un homologue local de l'AFPA. Pour faire bonne impression, c'était déjà grillé d'avance 😭

    Maintenant, passons à ce qui a marché avec le laboratoire.

    L'équipe de chercheur qui m'avait recruté était déjà habitué à prendre des élèves-ingénieurs français et savait traiter administrativement ces cas tordus dont la Patrie des Shadocks garde jalousement le secret de fabrication. Ouf, j'ai été sauvé ! (et mon égo fragilisé aussi, par l'occasion). Mais la principale raison était ailleurs...

    En fait, l'attention de mes recruteurs ne s'était pas porté sur l'intitulé du diplôme, ni même par les disciplines de la formation. Ce qui les avait convaincu, c'est une mention particulière dans la section "hobby" de mon CV: je savais administrer un Ubuntu en autodidacte depuis le lycée. Ça tombait à pic: le labo cherchait quelqu'un capable d'installer tout seul cette distribution sur un ordinateur vierge, de faire compiler les sources d'un logiciel métier et des pilotes de périphériques spécialisés qui ne fonctionnent qu'avec cet OS.

    Ironiquement, ce qui était décisif dans mon embauche à l'étranger n'était ni ce qui avait été enseigné dans mon école, ni l'intitulé de l'établissement. Ce n'est pas étonnant que notre "système d'excellence" s'exporte si mal finalement...

    Si ça se trouve, je suis parti avec un sacré gros handicap marketing en n'ayant pas choisi pas la voie universitaire depuis le début. Prendre quelqu'un d'une fac française, même de banlieue ou perdu dans les champs, ça aurait fait beaucoup moins peur pour les asiatiques que de parier sur les "objets bureaucratiques non identifiés".

    Il se pourrait même qu'avec une formation universitaire, j'aurais pu avoir plus de temps à côté pour développer un projet dans le libre. J'aurais eu un parcours très différent dans ce cas. Peut-être que j'aurais pu être embauché d'office en CDI avec un titre de résident permanent dans un grand groupe du cru en Extrême-Orient et que je serais devenu à l'heure actuelle le CEO d'une filiale sur les Technologies du Libre occupée à racheter au nom de La Maison Mère des jeunes pousses en Europe. Et que j'aurais pu me faire connaître sur les enquêtes de Arte ou de Public Sénat consacré à l'échec de la souveraineté numérique dans l'UE avec cette tirade : "Le secret de ma réussite hors d'Europe ? Ne jamais être passé par les Grandes Écoles. Si en plus à trente ans vous n'avez pas un Clevo sous Linux, vous avez totalement raté votre vie". Qui sait ?