Complètement d'accord, comme beaucoup d'autres termes le sens exact de "merdification" s'est rapidement perdu avec sa popularité; les gens croient deviner ce que ça peut vouloir dire et réutilisent le mot dans des contextes qui sont différents de l'idée de départ.
La merdification, c'est la dégradation volontaire et planifiée de la qualité d'un service numérique afin de maximiser les revenus, en bénéficiant d'un monopole de fait et d'une grosse base d'utilisateurs. C'est parfaitement théorisé, et c'est lié à la dynamique des produits numériques : dans un premier temps, tu offres un service efficace et attractif gratuitement pour augmenter autant que possible la base des utilisateurs. Une fois cette base d'utilisateurs assurée, il fat rendre le service rentable. Soit il y a une possibilité (par exemple en proposant des abonnements payants), soit ça n'est pas possible (parce que les utilisateurs n'accepteraient pas de payer par exemple, ou parce que le service n'a pas vraiment d'avenir et qu'on sent bien que le marché va se retourner). Dans ce dernier cas, il faut alors tirer un maximum de $$$ de la base d'utilisateurs chèrement constituée, et toutes les stratégies sont permises : on dégrade volontairement la qualité de service pour "forcer" les abonnements, on pourrit l'interface pour inciter les clics sur les bandeaux publicitaires ou pour afficher plus de pages (et plus de pubs) avant que l'utilisateur arrive là où il le souhaite, on modifie les conditions d'utilisation pour autoriser la collecte et la vente de données privées, etc. Cette phase est donc conçue pour précéder la disparition du service, puisqu'il est assumé que les utilisateurs vont se raréfier.
La merdification n'est pas inéluctable; il y a des cas où la concurrence existe (on ne peut pas vraiment trop merdifier sans prendre le risque d'une fuite très rapide des utilisateurs vers la concurrence), et d'autres où un business model stable est envisageable (auquel cas on arrive à rentabiliser le service sans merdifier, il faut au contraire continuer à rester attractif). La merdification c'est un peu la réponse des investisseur à l'éclatement des bulles de la tech—plutôt que de tout perdre, on essaye de récupérer ses billes une fois qu'on a décidé que l'activité n'avait pas d'avenir.
[^] # Re: Merdification
Posté par arnaudus . En réponse au journal Traduction : Vous ne pouvez combattre l'enshittification. Évalué à 7.
Complètement d'accord, comme beaucoup d'autres termes le sens exact de "merdification" s'est rapidement perdu avec sa popularité; les gens croient deviner ce que ça peut vouloir dire et réutilisent le mot dans des contextes qui sont différents de l'idée de départ.
La merdification, c'est la dégradation volontaire et planifiée de la qualité d'un service numérique afin de maximiser les revenus, en bénéficiant d'un monopole de fait et d'une grosse base d'utilisateurs. C'est parfaitement théorisé, et c'est lié à la dynamique des produits numériques : dans un premier temps, tu offres un service efficace et attractif gratuitement pour augmenter autant que possible la base des utilisateurs. Une fois cette base d'utilisateurs assurée, il fat rendre le service rentable. Soit il y a une possibilité (par exemple en proposant des abonnements payants), soit ça n'est pas possible (parce que les utilisateurs n'accepteraient pas de payer par exemple, ou parce que le service n'a pas vraiment d'avenir et qu'on sent bien que le marché va se retourner). Dans ce dernier cas, il faut alors tirer un maximum de $$$ de la base d'utilisateurs chèrement constituée, et toutes les stratégies sont permises : on dégrade volontairement la qualité de service pour "forcer" les abonnements, on pourrit l'interface pour inciter les clics sur les bandeaux publicitaires ou pour afficher plus de pages (et plus de pubs) avant que l'utilisateur arrive là où il le souhaite, on modifie les conditions d'utilisation pour autoriser la collecte et la vente de données privées, etc. Cette phase est donc conçue pour précéder la disparition du service, puisqu'il est assumé que les utilisateurs vont se raréfier.
La merdification n'est pas inéluctable; il y a des cas où la concurrence existe (on ne peut pas vraiment trop merdifier sans prendre le risque d'une fuite très rapide des utilisateurs vers la concurrence), et d'autres où un business model stable est envisageable (auquel cas on arrive à rentabiliser le service sans merdifier, il faut au contraire continuer à rester attractif). La merdification c'est un peu la réponse des investisseur à l'éclatement des bulles de la tech—plutôt que de tout perdre, on essaye de récupérer ses billes une fois qu'on a décidé que l'activité n'avait pas d'avenir.