Le Coran aussi est interprété. Mais il y a plusieurs différences avec l'interprétation des textes au sens de l'église catholique (par exemple) :
Le Coran est écrit dans une langue ancienne. Même si les langues à racines verbales (cas des langues sémitiques) ont moins changées que le français, essayez de lire un texte français du 14ème siècle vous verrez qu'on y pige que dalle, ça vous donnera une idée de ce qu'un locuteur arabe comprend du Coran. Le vocabulaire, la grammaire, l'orthographe ont évolués. Et même si le mot écrit ne change pas on n'y met plus toujours le même sens. Il faut des traducteurs.
Les docteurs de la loi (comme les imams iraniens), qui sont essentiellement des érudits, traduisent et interprètent le texte ancien pour l'adapter à la langue et au monde moderne (le Coran contient aussi la loi séculière qui est à la fois code civil et pénal). Mais ce clergé n'a pas de chef spirituel ou de conseil qui définit une position, une doctrine oecuménique. On a donc un passage du texte ancien vers un contexte moderne qui n'est pas uniforme. L'influence politique de l'Iran ou de l'Arabie Saoudite se font sentir, mais l'occident médiatique ne retient que leur influence, alors que localement on peut avoir des interprétations divergentes.
Le texte du Coran a donné lieu à controverses. Après la mort de Mohammad il circulait oralement sous diverses versions. La fixation officielle par écrit a eu lieu 150 ans plus tard (il me semble). Des fragments ont été écartés, des variantes ont été préférées — tout comme les évangiles dits apocryphes ou des fragments de l'Ancien testament ont été rejetés par l'église de Rome.
Il en va de même pour les Hadiths qui sont des paroles attribuées au Prophète et qui servent énormément pour l'interprétation du Coran. Ils sont bien trop nombreux pour être tous de sa bouche, certains se rapportent même à des circonstances ou des traditions locales inconnues de Mohammad. Plusieurs corpus ont été acceptés ou rejetés selon les époques et les maîtres des empires musulmans.
Cet ensemble donne aussi lieu à une interprétation spirituelle, celle des Soufis. Dans certaines régions, les soufis ont une grande influence (comme la confrérie Tidjani au Mali, faites vous en une petite idée en lisant l'autobiographie d'Amadou Hampâté Bâ, savant malien qui fut directeur de l'Unesco.
Sur la validité de ces corpus ou de telle ou telle rédaction (c'est à dire transcription écrite de mémoires orales), les discussions n'ont pas cessées, y compris sur le Coran.
Enfin il y a une interprétation philosophique des textes, courant très anciens remontant au début de l'Islam, qui les fait notamment dialoguer avec les auteurs grecs.
Tout ça pour dire que le Coran «parole indéformable de Dieu» est un cliché occidental bien pratique, qui donne une image arriérée d'une religion qu'on connait mal.
[^] # Re: Trouille compréhensible
Posté par orfenor . En réponse au lien Qui a peur de Charlie Hebdo ?. Évalué à 5. Dernière modification le 22 juillet 2025 à 20:56.
Le Coran aussi est interprété. Mais il y a plusieurs différences avec l'interprétation des textes au sens de l'église catholique (par exemple) :
Le Coran est écrit dans une langue ancienne. Même si les langues à racines verbales (cas des langues sémitiques) ont moins changées que le français, essayez de lire un texte français du 14ème siècle vous verrez qu'on y pige que dalle, ça vous donnera une idée de ce qu'un locuteur arabe comprend du Coran. Le vocabulaire, la grammaire, l'orthographe ont évolués. Et même si le mot écrit ne change pas on n'y met plus toujours le même sens. Il faut des traducteurs.
Les docteurs de la loi (comme les imams iraniens), qui sont essentiellement des érudits, traduisent et interprètent le texte ancien pour l'adapter à la langue et au monde moderne (le Coran contient aussi la loi séculière qui est à la fois code civil et pénal). Mais ce clergé n'a pas de chef spirituel ou de conseil qui définit une position, une doctrine oecuménique. On a donc un passage du texte ancien vers un contexte moderne qui n'est pas uniforme. L'influence politique de l'Iran ou de l'Arabie Saoudite se font sentir, mais l'occident médiatique ne retient que leur influence, alors que localement on peut avoir des interprétations divergentes.
Le texte du Coran a donné lieu à controverses. Après la mort de Mohammad il circulait oralement sous diverses versions. La fixation officielle par écrit a eu lieu 150 ans plus tard (il me semble). Des fragments ont été écartés, des variantes ont été préférées — tout comme les évangiles dits apocryphes ou des fragments de l'Ancien testament ont été rejetés par l'église de Rome.
Il en va de même pour les Hadiths qui sont des paroles attribuées au Prophète et qui servent énormément pour l'interprétation du Coran. Ils sont bien trop nombreux pour être tous de sa bouche, certains se rapportent même à des circonstances ou des traditions locales inconnues de Mohammad. Plusieurs corpus ont été acceptés ou rejetés selon les époques et les maîtres des empires musulmans.
Cet ensemble donne aussi lieu à une interprétation spirituelle, celle des Soufis. Dans certaines régions, les soufis ont une grande influence (comme la confrérie Tidjani au Mali, faites vous en une petite idée en lisant l'autobiographie d'Amadou Hampâté Bâ, savant malien qui fut directeur de l'Unesco.
Sur la validité de ces corpus ou de telle ou telle rédaction (c'est à dire transcription écrite de mémoires orales), les discussions n'ont pas cessées, y compris sur le Coran.
Enfin il y a une interprétation philosophique des textes, courant très anciens remontant au début de l'Islam, qui les fait notamment dialoguer avec les auteurs grecs.
Tout ça pour dire que le Coran «parole indéformable de Dieu» est un cliché occidental bien pratique, qui donne une image arriérée d'une religion qu'on connait mal.