Leroi-Gourhan dans ce même texte (le geste et la parole) :
« Imaginer qu’il n’y aura pas bientôt des machines dépassant le cerveau humain dans les opérations remises à la mémoire et au jugement rationnel, c’est reproduire la situation du Pithécanthrope qui aurait nié la possibilité du biface, de l’archer qui aurait ri des arquebuses, ou plus encore du rhapsode homérique rejetant l’écriture comme un procédé de mémorisation sans lendemain. Il faut donc que l’homme s’accoutume à être moins fort que son cerveau artificiel, comme ses dents sont moins fortes qu’une meule de moulin et ses aptitudes aviaires négligeables auprès de celles du moindre avion à réaction.
Une très vieille tradition rapporte au cerveau les causes du succès de l’espèce humaine et l’humanité s’est vue sans surprise dépasser les performances de son bras, de sa jambe ou de son œil puisqu’il y a un responsable plus haut placé. Depuis quelques années, le surpassement a gagné la boîte crânienne et lorsqu’on s’arrête sur les faits, on peut se demander ce qui restera de l’homme après que l’homme aura tout imité en mieux. Ce qui est certain aujourd’hui, c’est que savons ou saurons bientôt construire des machines à se souvenir de tout et à juger des situations des plus complexes sans se tromper. Cela montre simplement que le cortex cérébral, tout admirable qu’il soit, est insuffisant, comme la main ou l’œil, que les méthodes d’analyse électronique y suppléent et que finalement l’évolution de l’homme, fossile vivant par rapport à sa situation présente, emprunte d’autres voies que celles des neurones pour se prolonger. Plus positivement on constate que pour profiter au maximum de sa liberté en échappant au risque de sur-spécialisation de ses organes, l’homme est conduit progressivement à extérioriser des facultés de plus en plus élevées. »
[^] # Re: Vertige
Posté par serol (site web personnel) . En réponse au lien L'IA ou le grand bluff technologique. Évalué à 1.
Leroi-Gourhan dans ce même texte (le geste et la parole) :
« Imaginer qu’il n’y aura pas bientôt des machines dépassant le cerveau humain dans les opérations remises à la mémoire et au jugement rationnel, c’est reproduire la situation du Pithécanthrope qui aurait nié la possibilité du biface, de l’archer qui aurait ri des arquebuses, ou plus encore du rhapsode homérique rejetant l’écriture comme un procédé de mémorisation sans lendemain. Il faut donc que l’homme s’accoutume à être moins fort que son cerveau artificiel, comme ses dents sont moins fortes qu’une meule de moulin et ses aptitudes aviaires négligeables auprès de celles du moindre avion à réaction.
Une très vieille tradition rapporte au cerveau les causes du succès de l’espèce humaine et l’humanité s’est vue sans surprise dépasser les performances de son bras, de sa jambe ou de son œil puisqu’il y a un responsable plus haut placé. Depuis quelques années, le surpassement a gagné la boîte crânienne et lorsqu’on s’arrête sur les faits, on peut se demander ce qui restera de l’homme après que l’homme aura tout imité en mieux. Ce qui est certain aujourd’hui, c’est que savons ou saurons bientôt construire des machines à se souvenir de tout et à juger des situations des plus complexes sans se tromper. Cela montre simplement que le cortex cérébral, tout admirable qu’il soit, est insuffisant, comme la main ou l’œil, que les méthodes d’analyse électronique y suppléent et que finalement l’évolution de l’homme, fossile vivant par rapport à sa situation présente, emprunte d’autres voies que celles des neurones pour se prolonger. Plus positivement on constate que pour profiter au maximum de sa liberté en échappant au risque de sur-spécialisation de ses organes, l’homme est conduit progressivement à extérioriser des facultés de plus en plus élevées. »