• # Halte à la simplification abusive

    Posté par . En réponse à la dépêche Après le logiciel libre, les graines "libres" ?. Évalué à 7.

    C'est article est très intéressant, mais je voudrais quand même apporter des éléments de précision importants. Je vais d'abord préciser que je travaille dans ce milieu et que je le connais donc un peu.

    Cet article me semble intéressant car il pose une vraie question : peut-on (ne serait-ce que légalement) produire des semences en dehors de grosses entreprises ? Comment les pays du Sud peuvent ils faire de la recherche pour produire des semences sur les espèces locales (par exemple) et ne pas utiliser celles produites par les pays développés ?

    Ce sont deux questions pertinentes, qui se rapprochent du problème de l'aide alimentaire, dans la mesure où les coûts à court terme de l'importation de produits venant des pays développés sont inférieurs au développement de filières nationales. Sur le long terme en revanche, ces pays doivent pouvoir développer leur industrie et leur agriculture locale pour espérer s'en sortir. La solution proposée par cette association me semble très intéressante sur ce point.

    Maintenant, je trouve qu'il y a dans cet article une diabolisation excessive des firmes semencières mondiales. Tout d'abord, c'est un secteur en crise. Il n'est pas du tout opportun de comparer Monsanto ou Syngenta à Microsoft par exemple. S'il y a si peu de firmes semencières importantes dans le monde, c'est parce que leur activité n'est pas excessivement rentable et qu'elle ne le devient qu'à coup de fusions successives (c'est un vrai bordel là dedans, le nombre et le nom des entreprises change tout les deux-trois ans quasiment). On peut également constater que ces entreprises était auparavant des filiales de groupes qui avait une activité de recherche médicale également. ces groupes se sont séparés de leur filière semence car elle grèvait leurs jolis profits sur les médicaments. L'exemple de l'ex groupe ICI est parlant. Au départ ils avaient trois activités : chimie lourde / pharmaceutique / semences. Puis ces activités se sont séparées en chimie lourde (actuel ICI, peinture valentine) d'un côté et Zeneca de l'autre (pharma + semences). il y a quelques années: Zeneca pharma est resté et Zeneca Agro a été fusionnée avec une autre boite (je me souviens plus exactement qui, c'est là que commence le bordel). Après diverses fusions / rachats successifs on arrive aujourd'hui au group Syngenta (ancien Novartis).

    Concernant les procédures d'inscription au catalogue et les critères DHS, il faut les considérer comme des normes de qualité des semences produites. Ils sont aussi là pour structurer la filière et assurer aux agriculteurs que le rendement de la variété qu'ils vont planter ne va pas varier de +/- 70 % en fonction des années, ce qui je pense est un bien.

    Au final, je trouve cette initiative très intéressante, et elle doit pouvoir se développer, mais ce n'est pas forcément en diabolisant tout le système qu'il faut le faire.