Par exemple je vois dans des comportements d'enfants qui ne parlent pas de l'intelligence, mais j'en vois aussi dans des animaux par exemple.
Tout comme moi. Pourquoi crois-tu que j'attribue de l'entendement (mais pas de raison) aux animaux ? Mais ma question était pourquoi veux-tu attribuer cette propriété à une machine construite par l'homme ?
Pas dans le monde dans le quel tu vis. Tu as le droit de l'imaginer, mais venir l'utiliser comme argument c'est ridicule tant que ce n'est pas le cas (bon ça ne le sera jamais donc c'est compliqué). Note que c'était encore moins le cas à l'époque que ton maître à penser.
Je crois que tu manques de culture philosophique et historique. A-t-on avis pourquoi le projet des Lumières a-t-il débouché sur la révolution française et sa Déclaration des droits de l'homme et du citoyen ? Son premier article affirme que Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Pourquoi en-est il ainsi de tous les êtres humains ? Pourquoi seuls les humains sont des sujets de droit ? Pour être sujet de droit, il faut être soumis au principe du devoir (pas de droits sans devoirs). Mais pour concevoir la notion même de devoir être, il faut se penser comme non soumis exclusivement à la nécessité de la nature et son déterminisme, c'est-à-dire être libre. Comme tu as donné plus haut un lien vers une vidéo de Mr Phi, en voici une autre : libre ou determiné.
{ P } S { Q } , { Q} T { R }
----------------------------
{ P } S ; T { R }
C'est une règle de déduction avec deux prémisses : la première stipule que l'instruction S fait passer la machine de l'état P à l'état Q, et la seconde que l'instruction T la fait passer de l'état Q à l'état R. Sous ces conditions, la règles affirme que l'on peut conclure que la série d'instruction S; T fait passer la machine de l'état P à l'état R.
Lorsque l'on formalise la notion de calcul dans le lambda-calcul typé (programmation fonctionnelle pure, sans effet de bords et donc sans changement d'état), l'analogue de cette règle est celle de la composition de fonction qui a pour type une double application de la règle de déduction logique dite du modus ponens : si P alors Q, or P donc Q. Résultat classique de la correspondance de Curry - Howard.
Et bien tu me croiras si tu veux, mais bien que ces deux logiques (Hoare et Curry-Howard) date de la fin des années 60, le principe qui préside à leur correspondance était déjà noir sur blanc dans la Critique de la raison pure. Comme je ne voudrais pas que tu me crois sur parole, ou que tu penses encore que je me mets à créer des concepts ex nihilo (ce qui n'a jamais était le cas), je te donne la référence tu n'auras qu'à le constater par toi même. Elle se trouve dans la correspondance entre la table logique des jugements et celle des catégories. Tu pourras alors voir que la notion de cause et effet (deuxième catégorie de la relation) de la seconde table a pour corrélat, dans la première, la forme logique des jugements hypothétiques (si A alors B), jugement dont la règle de déduction est le modus ponens susmentionné.
Pour aller plus loin, on pourrait même reprocher à la structure syntaxique de la règle de la logique de Hoare de ne pas mentionner le sujet (logique) de ses propositions, à savoir la machine ! Je propose donc de la reformuler ainsi :
{ M : P } S { M : Q } , { M : Q} T { M : R }
--------------------------------------------
{ M : P } S ; T { M : R }
où une expression de la forme M : P doit s'interpréter comme signifiant la machine M est dans l'état P. Je choisis cette notation à dessein, car c'est celle que l'on utilise dans le lambda-calcul typé pour signifier « la valeur M est de type P », ou dit autrement M est un P. Or, en logique formelle, un jugement de la forme « S est P » est appelé un jugement catégorique ou prédicatif; jugement qui met en relation un sujet S avec un prédicat P. Maintenant, si tu reprends les deux tables susmentionnées, tu pourras constater (ébahi ?) que la première catégorie de la relation (à savoir celle de substance et accident ou état) a pour corrélat la forme logique des jugements catégoriques.
Si Kant est mon maître à penser, comme tu aimes le qualifier, ce n'est pas sans raison. Il avait parfaitement compris ce qu'une partie de la communauté scientifique a mis près de deux cents ans à retrouver. ;-)
Le fonctionnalisme de l'état-machine tel que développé par Hilary Putnam repose fondamentalement sur les notions de changements d'états et de causalité. Contrairement à Kant, il ne prend même pas la peine de rechercher quelle pourrait être l'origine de ces notions (empirique ou a priori) ni quelles en sont les limites. Pourtant, tout comme pour la théorie de la calculabilité, le seul moyen qu'à l'être humain de déterminer les limites de notions, c'est d'emprunter le chemin des méthodes formelles (ce que fit Kant, que cela te plaise ou non). Et, comme dans le cas de la théorie de la calculabilité, les catégories aboutissent à un problème de l'arrêt connu sous le nom d'antinomies de la raison pure. La plus célèbre étant sans doute la troisième qui se voit affronter dans un débat qui n'a jamais de fin cette thèse et cette anti-thèse :
Thèse : La causalité déterminée par les lois de la nature n’est pas la seule d’où puissent être dérivés tous les phénomènes du monde. Il est nécessaire d’admettre aussi, pour les expliquer, une causalité libre.
Anti-thèse : Il n’y a pas de liberté, mais tout dans le monde arrive suivant des lois naturelles.
Antinomie qui fait le sujet de la vidéo donnée plus haut de Mr. Phi. Et la solution kantienne à cette antinomie apparente entre nature et liberté est justement la loi du devoir ou impératif catégorique qui prend son fondement dans la commune raison humaine. Puis sur cette notion de devoir, on peut édifier la doctrine philosophique du Droit. Conséquemment, tout être doué de raison est soumis au principe du devoir, et devient, par là-même, un sujet de droit. Si l'on considère que, des êtres connus pour l'instant de nous, seuls les êtres humains sont doués de raison, on aboutit au principe suivant : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ».
Ainsi, la formalisation mathématique montre comment les propriétés sémantiques des symboles peuvent parfois être codés selon des règles syntaxiques, tandis que la machine de Turing montre comment la syntaxe peut être relié à un processus causal, qui permet de concevoir un mécanisme capable d'évaluer toute fonction formalisable. La formalisation relie la sémantique à la syntaxe, et la machine de Turing la syntaxe au mécanisme.
Sachant que tu niais au début que la machine ne faisait que de la manipulation syntaxique (alors que c'est même reconnu par les partisans du computationnalisme), que j'ai expliqué clairement pourquoi il en était ainsi en passant par le lambda-calcul et sa règle de beta-reduction, que j'ai viens d'expliquer en détails pourquoi un tel processus est mécanisable (correspondance entre le principe de la logique de Hoare et la règle de déduction logique du modus ponens au fondement du typage des fonctions dans la lambda-calcul), que j'ai, au demeurant, montré comment on pouvait retrouver tous ces principes dans la Critique de la raison pure, sachant tout cela, disais-je, j'ai comme un doute sur lequel de nous deux inventent des hypothèses et concepts ex nihilo, et sur lequel sait réellement ce qu'est la calculabilité, sait ce que l'on demande à la machine de faire pour nous, comment elle fonctionne et sait de quoi il parle. ;-)
Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières.
[^] # Re: ia = intelligence
Posté par kantien . En réponse au journal IA : Imitation Artificielle. Évalué à 3.
Tout comme moi. Pourquoi crois-tu que j'attribue de l'entendement (mais pas de raison) aux animaux ? Mais ma question était pourquoi veux-tu attribuer cette propriété à une machine construite par l'homme ?
Je crois que tu manques de culture philosophique et historique. A-t-on avis pourquoi le projet des Lumières a-t-il débouché sur la révolution française et sa Déclaration des droits de l'homme et du citoyen ? Son premier article affirme que Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Pourquoi en-est il ainsi de tous les êtres humains ? Pourquoi seuls les humains sont des sujets de droit ? Pour être sujet de droit, il faut être soumis au principe du devoir (pas de droits sans devoirs). Mais pour concevoir la notion même de devoir être, il faut se penser comme non soumis exclusivement à la nécessité de la nature et son déterminisme, c'est-à-dire être libre. Comme tu as donné plus haut un lien vers une vidéo de Mr Phi, en voici une autre : libre ou determiné.
Les ordinateurs, quant à eux, ont toutes leurs successions d'états soumis au principe de causalité, ce qu'exprime parfaitement la loi de composition des instructions de la logique de Hoare :
C'est une règle de déduction avec deux prémisses : la première stipule que l'instruction
Sfait passer la machine de l'étatPà l'étatQ, et la seconde que l'instructionTla fait passer de l'étatQà l'étatR. Sous ces conditions, la règles affirme que l'on peut conclure que la série d'instructionS; Tfait passer la machine de l'étatPà l'étatR.Lorsque l'on formalise la notion de calcul dans le lambda-calcul typé (programmation fonctionnelle pure, sans effet de bords et donc sans changement d'état), l'analogue de cette règle est celle de la composition de fonction qui a pour type une double application de la règle de déduction logique dite du modus ponens : si
PalorsQ, orPdoncQ. Résultat classique de la correspondance de Curry - Howard.Et bien tu me croiras si tu veux, mais bien que ces deux logiques (Hoare et Curry-Howard) date de la fin des années 60, le principe qui préside à leur correspondance était déjà noir sur blanc dans la Critique de la raison pure. Comme je ne voudrais pas que tu me crois sur parole, ou que tu penses encore que je me mets à créer des concepts ex nihilo (ce qui n'a jamais était le cas), je te donne la référence tu n'auras qu'à le constater par toi même. Elle se trouve dans la correspondance entre la table logique des jugements et celle des catégories. Tu pourras alors voir que la notion de cause et effet (deuxième catégorie de la relation) de la seconde table a pour corrélat, dans la première, la forme logique des jugements hypothétiques (si A alors B), jugement dont la règle de déduction est le modus ponens susmentionné.
Pour aller plus loin, on pourrait même reprocher à la structure syntaxique de la règle de la logique de Hoare de ne pas mentionner le sujet (logique) de ses propositions, à savoir la machine ! Je propose donc de la reformuler ainsi :
où une expression de la forme
M : Pdoit s'interpréter comme signifiant la machineMest dans l'étatP. Je choisis cette notation à dessein, car c'est celle que l'on utilise dans le lambda-calcul typé pour signifier « la valeurMest de typeP», ou dit autrementMest unP. Or, en logique formelle, un jugement de la forme «SestP» est appelé un jugement catégorique ou prédicatif; jugement qui met en relation un sujetSavec un prédicatP. Maintenant, si tu reprends les deux tables susmentionnées, tu pourras constater (ébahi ?) que la première catégorie de la relation (à savoir celle de substance et accident ou état) a pour corrélat la forme logique des jugements catégoriques.Si Kant est mon maître à penser, comme tu aimes le qualifier, ce n'est pas sans raison. Il avait parfaitement compris ce qu'une partie de la communauté scientifique a mis près de deux cents ans à retrouver. ;-)
Le fonctionnalisme de l'état-machine tel que développé par Hilary Putnam repose fondamentalement sur les notions de changements d'états et de causalité. Contrairement à Kant, il ne prend même pas la peine de rechercher quelle pourrait être l'origine de ces notions (empirique ou a priori) ni quelles en sont les limites. Pourtant, tout comme pour la théorie de la calculabilité, le seul moyen qu'à l'être humain de déterminer les limites de notions, c'est d'emprunter le chemin des méthodes formelles (ce que fit Kant, que cela te plaise ou non). Et, comme dans le cas de la théorie de la calculabilité, les catégories aboutissent à un problème de l'arrêt connu sous le nom d'antinomies de la raison pure. La plus célèbre étant sans doute la troisième qui se voit affronter dans un débat qui n'a jamais de fin cette thèse et cette anti-thèse :
Antinomie qui fait le sujet de la vidéo donnée plus haut de Mr. Phi. Et la solution kantienne à cette antinomie apparente entre nature et liberté est justement la loi du devoir ou impératif catégorique qui prend son fondement dans la commune raison humaine. Puis sur cette notion de devoir, on peut édifier la doctrine philosophique du Droit. Conséquemment, tout être doué de raison est soumis au principe du devoir, et devient, par là-même, un sujet de droit. Si l'on considère que, des êtres connus pour l'instant de nous, seuls les êtres humains sont doués de raison, on aboutit au principe suivant : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ».
Si l'on ajoute à ce qui précède ce paragraphe de la page Wikipédia sur le computationnalisme :
Sachant que tu niais au début que la machine ne faisait que de la manipulation syntaxique (alors que c'est même reconnu par les partisans du computationnalisme), que j'ai expliqué clairement pourquoi il en était ainsi en passant par le lambda-calcul et sa règle de beta-reduction, que j'ai viens d'expliquer en détails pourquoi un tel processus est mécanisable (correspondance entre le principe de la logique de Hoare et la règle de déduction logique du modus ponens au fondement du typage des fonctions dans la lambda-calcul), que j'ai, au demeurant, montré comment on pouvait retrouver tous ces principes dans la Critique de la raison pure, sachant tout cela, disais-je, j'ai comme un doute sur lequel de nous deux inventent des hypothèses et concepts ex nihilo, et sur lequel sait réellement ce qu'est la calculabilité, sait ce que l'on demande à la machine de faire pour nous, comment elle fonctionne et sait de quoi il parle. ;-)
Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières.