Ne le prend pas mal, et je peux me tromper, mais : je pense simplement que tu n’y as pas pensé assez fort.
C’est beau sur papier.
C’est la version un poil plus sophistiquée que le paradis chrétien. Quand tu es un paysan médiéval qui se casse le dos dans les champs, "après la mort, vous n’aurez plus à travailler, vous passerez le reste de votre existence à contempler la Gloire de Dieu", ça semble effectivement beau sur papier. "Le repos éternel". "Enfin, du Repos !"
Je pense qu’on est tous d’accord que passer une "éternité à contempler la gloire de Dieu", tu préférerais en fait ne pas avoir d’âme immortelle. Tu aurais probablement envie de te pendre (ce que tu ne peux pas, âme immortelle) au bout de deux semaines.
La Culture propose une vision plus complexe que "contempler la gloire de Dieu", mais le fondement est le même. Et tu es la version moderne du paysan médiéval tellement fixé sur les problèmes (réels !) de son existence actuelle qu’il ne se projette pas réellement dans une situation promettant que ces problèmes sont résolus. Uniquement les côtés positifs, la satisfaction immédiate des désirs. "Plus de travail ! Plus de soucis de santé ! De l’abondance !".
On entre là dans un domaine fortement personnel et hautement spéculatif, mais si je creuse et que j’interroge mes propres valeurs...
Prenons le seul exemple de "apprendre". J’aime apprendre. C’est de loin ce qui m’apporte le plus de joie dans ma vie (j’aime également enseigner quand je peux, mais je suis tellement horriblement mauvais à ça que ce n’est pas un service que je rend quand je tente de le faire). Est-ce que ce désir/cette envie/cette joie survit dans la Culture ?
Non, je ne pense pas.
Je veux apprendre pour comprendre l’univers qui m’entoure. Les Mentaux ont la réponse. Penses-tu réellement que ça me prenne plus de 10 ans pour satisfaire ma curiosité à l’aide d’un Mental qui a la réponse à tout et me tutore de manière personnalisée et optimalement efficace ?
Derrière une partie de cette envie d’apprendre se cace une envie de "grandir", en tant qu’individu. Pour être plus à même contrôler mon destin et mon bonheur. Et si ceci est garanti par la Culture, à quoi bon ?
Le second point est extrêmement général. Il est facile de trouver des valeurs indirectes (qui ne signifient pas fausses ou sans intérêt !). "Apprendre" -> "Grandir en tant qu’individu". "Les connections interpersonnelles". "L’art". Et ce n’est pas forcément facile de voir qu’elles sont indirectes ! (exercice pour le lecteur : en quoi l’art est une valeur indirecte ? indice : une certaine citation d’un auteur grenoblois du 18-19e siècle)
Mais ma suspicion très forte, qui provient essentiellement de l’introspection, arrive à ceci : toute valeur indirecte doit à la fin s’appuyer sur une ou des valeurs directes. Et je n’ai pour l’instant pas d’autre candidat que ce que j’ai dit au dessus, "être l’artisan de son destin".
Ce que la Culture oblitère, au final, en me livrant un destin garanti sur facture, même s’il est sur mesure et à la carte.
Après, peut être que c’est juste moi, et que le reste de l’humanité se trouverait heureuse dans la culture. Peut-être même que je me trompe sur moi-même, mon introspection est fausse, et que je serai au final heureux dans la Culture. Mais avec ma compréhension actuelle du problème, ma position est : "la Culture, non merci".
[^] # Re: Sommet pour l’action sur l'IA, réaction à chaud
Posté par Moonz . En réponse au journal Sommet pour l’action sur l'IA, réaction à chaud. Évalué à 1.
Ne le prend pas mal, et je peux me tromper, mais : je pense simplement que tu n’y as pas pensé assez fort.
C’est beau sur papier.
C’est la version un poil plus sophistiquée que le paradis chrétien. Quand tu es un paysan médiéval qui se casse le dos dans les champs, "après la mort, vous n’aurez plus à travailler, vous passerez le reste de votre existence à contempler la Gloire de Dieu", ça semble effectivement beau sur papier. "Le repos éternel". "Enfin, du Repos !"
Je pense qu’on est tous d’accord que passer une "éternité à contempler la gloire de Dieu", tu préférerais en fait ne pas avoir d’âme immortelle. Tu aurais probablement envie de te pendre (ce que tu ne peux pas, âme immortelle) au bout de deux semaines.
La Culture propose une vision plus complexe que "contempler la gloire de Dieu", mais le fondement est le même. Et tu es la version moderne du paysan médiéval tellement fixé sur les problèmes (réels !) de son existence actuelle qu’il ne se projette pas réellement dans une situation promettant que ces problèmes sont résolus. Uniquement les côtés positifs, la satisfaction immédiate des désirs. "Plus de travail ! Plus de soucis de santé ! De l’abondance !".
On entre là dans un domaine fortement personnel et hautement spéculatif, mais si je creuse et que j’interroge mes propres valeurs...
Prenons le seul exemple de "apprendre". J’aime apprendre. C’est de loin ce qui m’apporte le plus de joie dans ma vie (j’aime également enseigner quand je peux, mais je suis tellement horriblement mauvais à ça que ce n’est pas un service que je rend quand je tente de le faire). Est-ce que ce désir/cette envie/cette joie survit dans la Culture ?
Non, je ne pense pas.
Je veux apprendre pour comprendre l’univers qui m’entoure. Les Mentaux ont la réponse. Penses-tu réellement que ça me prenne plus de 10 ans pour satisfaire ma curiosité à l’aide d’un Mental qui a la réponse à tout et me tutore de manière personnalisée et optimalement efficace ?
Derrière une partie de cette envie d’apprendre se cace une envie de "grandir", en tant qu’individu. Pour être plus à même contrôler mon destin et mon bonheur. Et si ceci est garanti par la Culture, à quoi bon ?
Le second point est extrêmement général. Il est facile de trouver des valeurs indirectes (qui ne signifient pas fausses ou sans intérêt !). "Apprendre" -> "Grandir en tant qu’individu". "Les connections interpersonnelles". "L’art". Et ce n’est pas forcément facile de voir qu’elles sont indirectes ! (exercice pour le lecteur : en quoi l’art est une valeur indirecte ? indice : une certaine citation d’un auteur grenoblois du 18-19e siècle)
Mais ma suspicion très forte, qui provient essentiellement de l’introspection, arrive à ceci : toute valeur indirecte doit à la fin s’appuyer sur une ou des valeurs directes. Et je n’ai pour l’instant pas d’autre candidat que ce que j’ai dit au dessus, "être l’artisan de son destin".
Ce que la Culture oblitère, au final, en me livrant un destin garanti sur facture, même s’il est sur mesure et à la carte.
Après, peut être que c’est juste moi, et que le reste de l’humanité se trouverait heureuse dans la culture. Peut-être même que je me trompe sur moi-même, mon introspection est fausse, et que je serai au final heureux dans la Culture. Mais avec ma compréhension actuelle du problème, ma position est : "la Culture, non merci".