• [^] # Re: Pas si pas clair

    Posté par . En réponse au journal Le Rationalisme. Évalué à 2. Dernière modification le 15 février 2025 à 15:30.

    C'est bien ce que je disais tu n'écoutes pas et tu interprètes de travers.

    Je suis prêt à écouter et discuter, je n’attend même que ça !

    Toi peut être, mais moi non. J'ai des choses bien plus importantes et sérieuses à faire, comme lire de le dernier livre d'Alain Aspect, Si Einstein avait su, où il revient sur sa résolution expérimentale du conflit entre Bohr et Einstein au sujet du paradoxe EPR. Il contient de la philosophie des sciences et de l'épistémologie bien plus intéressante.

    Quel est le cadre plus général de l’induction de Solomonoff ?

    Le cadre le plus général, je te l'ai déjà dit mais tu fais la sourde oreille : c'est le principe de l'inférence abductive, dont la loi de Bayes n'est qu'un cas particulier.

    Parce que pour l’instant, la meilleure objection que j’aie eu, c’est "et si le processus stochastique en question générant la séquence d’observations n’est pas calculable ?". Qui n’est effectivement pas abordée noir sur blanc dans le texte original.

    Et ce n'est pas ce que j'ai dit. Tu as appris à lire où ? Je reproche, entre autre, à Yudkoswki (via son personnage Blaine) de sauter du coq à l'âne en passant d'un énoncé du type « Le canada envahit les États-Unis », à l'enregistrement de la totalité de ce qu'à observé Ashley depuis sa naissance, pour finir sur la simple étude d'un écran de taille 1920 * 1080 avec des pixels encodés sur 32 bits et un taux de rafraîchissement de 60 Hz. Alors là oui, on arrive sur un automate fini : la taille de son espace d'états est même calculé par Ashley. C'est cela qui est fini : le nombre d'états possibles du système étudié. Alors là, certes, vous pouvez appliquer votre théorème. Mais j'appelle cela du foutage de gueule !

    Je ne sais pas si tu as une vague connaissance des fondements de la théorie de la probabilité et de la théorie de la mesure de Borel-Lebesgue, mais le seul type d'énoncés sur lesquels portera votre distribution de probabilité sont construits sur les énoncés élémentaires de la forme : « sur la frame n le pixel aux coordonnées x et y sera p » (où p est un nombre codé sur 32 bits). Et à partir des ces énoncés atomiques, on considère le langage construit via les connecteurs logiques de la conjonction (et), de la disjonction (ou) et de l'implication (si A alors B). De fait, la loi de Bayes dans ce cas très particulier est la forme que prend l'inférence abductive, la distribution de probabilité déterminant une logique modale sur cette famille d'énoncés.. Mais j'ai beau retourné dans tous les sens la totalité (dénombrable) de ces énoncés, je n'y vois à aucun moment apparaître celui-ci : « le Canada envahit les États-Unis ».

    Mais dans le fond ce qu'il y a de plus ridicule dans ce que j'ai lu, et tout simplement ce que Yudkowski-BLaine entend par good epistemology :

    Fairness requires that I congratulate you on having come further in formalizing 'do good epistemology' as a sequence prediction problem than I previously thought you might.

    L'épistémologie telle que pratiquée depuis Kant (Russel, qui est à l'origine de l'introduction du mot en langue française, le considérait comme le père de l'épistémologie) n'a jamais consisté en l'étude de la prédiction de séquences. La seule science dont un des résultats pourrait être de fournir de telles prédictions est la physique-mathématique. Mais je doute que les physiciens acceptent que tu réduises leur science à cette simple finalité. Les philosophes, quant à eux, lorsqu'ils font de l'épistémologie étudies les méthodes mises en œuvre par les scientifiques dans la constitution de leur savoir. Et ce que décrit Yudkowski n'a rien à voir avec la pratique des physiciens. Pour citer la Critique de la Raison Pure, voilà comment ces derniers procèdent :

    La physique arriva beaucoup plus lentement à trouver la grande route de la science ; car il n’y a guère plus d’un siècle et demi qu’un grand esprit, Bacon de Verulam, a en partie provoqué, et en partie, car on était déjà sur la trace, stimulé cette découverte, qui ne peut s’expliquer que par une révolution subite de la pensée. Je ne veux ici considérer la physique qu’autant qu’elle est fondée sur des principes empiriques.

    Lorsque Galilée fit rouler sur un plan incliné des boules dont il avait lui-même déterminée la pesanteur, ou que Toricelli fit porter à l’air un poids qu’il savait être égal à celui d’une colonne d’eau à lui connue, ou que, plus tard, Stahl transforma des métaux en chaux et celle-ci à son tour en métal, en y retranchant ou en y ajoutant certains éléments, alors une nouvelle lumière vint éclairer tous les physiciens. Ils comprirent que la raison n’aperçoit que ce qu’elle produit elle-même d’après ses propres plans, qu’elle doit prendre les devants avec les principes qui déterminent ses jugements suivant des lois constantes, et forcer la nature à répondre à ses questions, au lieu de se laisser conduire par elle comme à la lisière ; car autrement des observations accidentelles et faites sans aucun plan tracé d’avance ne sauraient se rattacher à une loi nécessaire, ce que cherche pourtant et ce qu’exige la raison. Celle-ci doit se présenter à la nature tenant d’une main ses principes, qui seuls peuvent donner à des phénomènes concordants l’autorité de lois, et de l’autre les expériences qu’elle a instituées d’après ces mêmes principes. Elle lui demande de l’instruire, non pas comme un écolier qui se laisse dire tout ce qui plaît au maître, mais comme un juge qui a le droit de contraindre les témoins à répondre aux questions qu’il leur adresse. La physique est donc redevable de l’heureuse révolution qui s’est opérée dans sa méthode à cette simple idée, qu’elle doit, je ne dis pas imaginer, mais chercher dans la nature, conformément aux idées que la raison même y transporte, ce qu’elle veut en apprendre, mais ce dont elle ne pourrait rien savoir par elle-même. C’est ainsi qu’elle est entrée dans le véritable chemin de la science, après n’avoir fait pendant tant de siècles que marcher à tâtons.

    Kant, préface à la deuxième édition de la Critique de la Raison Pure.

    Comme exemple de ce mode de procédure, on pourrait ajouter, pour citer des expériences postérieurs à la mort de Kant, Foucault faisant osciller son pendule pour illustrer la rotation de la terre, l'éclipse solaire de 1919 pour trancher entre gravitation newtonienne et relativité générale, les expériences d'Alain Aspect au laboratoire d'optique d'Orsay, et j'en passe.

    Ce que décrit le dialogue Ashley-Blaine, ce n'est pas la méthodologie d'être doté d'intelligence, mais celle parfaite pour un être qui en est totalement dénué, une IA : un Idiot Artificiel qui, pour reprendre les mots de Kant, se laisse conduire par la nature comme à la lisière. ;-)

    Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières.