C'est un problème de société. La solution serait qu'il n'y ait plus de résososses, mais comment les individus accepteraient-ils de se priver de cet ersatz de communication qui s'est intégré totalement au développement schizophrénique de la société prise dans son ensemble 1. Et je ne parle pas des contenus malsains, mais de l'usage courant de ces resososses (messages de nouvel an envoyés en masse sans aucun contenu personnel, photos de se que l'on bouffe ou des vacances que l'on passe alors que ça n'intéresse personne, discussions en boucle sur un sujet où tout le monde est d'accord mais qui est en décalage complet avec les réalités du moment, photo du petit dernier pour la grand-mère, etc.)
Sans parler qu'on a des fortunes en jeu sur l'utilisation de ces cochonneries, donc une éventuelle bonne volonté populaire ne fait pas le poids en face de ces entreprises qui dominent le monde. Et dont le métier est justement de conditionner les gens (et donc entre autres de les conditionner à trouver essentiel l'usage de l'outil qui permet ce conditionnement).
Du coup, on en revient à des solutions techniques, qui jamais ne pourront résoudre le nœud du problème, ça revient à jeter du sable dans une rivière pour empêcher l'eau de couler.
Je vois un parallèle criant avec le problème de l'extraction minière, de l'exploitation effrénée des territoires des pays plus pauvres, de l'injustice sociale de plus en plus criante, enfin, de chacun des problèmes sociaux de notre époque quand on le prend en particulier et le détache de son ensemble.
Par exemple, pour l'extraction minière, comment empêcher la consommation effrénée de l'électronique dans tous ses aspects, qui provoque la misère des mineurs dans les pays d'où sont extraits les métaux rares (ou moins rares) nécessaires à la fourniture du matériel consommé dans cette orgie. Mineurs qui sont quelquefois mineurs au sens de l'âge, en CDD de plus en plus souvent pour empêcher les grèves, favoriser les bas-salaires et ne pas avoir à être responsables des inéluctables maladies que crée la mine. Sans parler des populations riveraines (épuisement de l'eau, risque réel de rupture de barrage de rétention des déchets, etc.)
L'immigration est également un problème de ce type, insoluble en tant que problème particulier : comment quelqu'un qui vit dans la misère dans son pays ne tenterait-il pas de se déplacer vers un endroit où l'argent est plus facilement accessible, et de quel droit les États des pays dont la richesse provient justement de l'exploitation des endroits d'où viennent les immigrants refusent de recevoir ces derniers ? Pour la même raison que les mineurs sont exclus des CDD et condamnés à des maladies professionnelles, ou que les modérateurs de fesse-de-bouc ou autres soient juste considérés comme du carburant pour faire tourner ces horreurs. D'un autre côté, ceux qui habitent dans les pays d'accueil ont peur de voir leur bien-être diminuer et se révolte contre un afflux massif, c'est donc encore un problème dont la solution n'existe pas en dehors d'une solution plus générale, qui elle est bloqué par la manière dont l'argent et les fortunes se créent et circulent dans ce monde de cinglés.
Note : mon texte s'est croisé avec le texte de Jehan, j'aurais peut-être écrit différemment si je l'avais lu avant. N'empêche, j'ai l'impression que les deux avis se complètent bien, et qu'on voit le problème de la modération de la même manière.
Pour rappel, dans une névrose ou psychose, l'esprit tente combattre le malaise ou l'inadaptation psychique avec avec une solution qui de fait l'accroît. Et pour rappel également, une société, somme des individus qui la compose, peut développer en tant que société une psychose, au même titre qu'un individu. Le problème est que cette psychose prédispose chaque individu à développer cette psychose. Jung a écrit des choses très intéressantes à ce sujet au début du nazisme puis après sa chute (malheureusement non disponible en français, seulement en anglais), en analysant justement la psychose de la société allemande et le rapport dialectique de celle-ci avec le comportement des Allemands dans leur ensemble, mais en tant qu'individus (évidemment, chaque individu a les capacités de réagir contre cette ambiance délétère, tous les Allemands ne soutenaient pas le nazisme, loin de là, et actuellement de nombreux individus s'élèvent contre cette maladie du tout et toujours connecté). Reich également fait de nombreuses observations pertinentes dans Psychologie de masse du fascisme, mais elles sont moins applicables à notre époque, je trouve. ↩
[^] # Re: Sujet intéressant ... Mais insoluble ?
Posté par sebas . En réponse au lien Plus de 140 modérateurs kényans de Facebook victimes de troubles de stress post-traumatique. Évalué à 7. Dernière modification le 27 décembre 2024 à 12:27.
C'est un problème de société. La solution serait qu'il n'y ait plus de résososses, mais comment les individus accepteraient-ils de se priver de cet ersatz de communication qui s'est intégré totalement au développement schizophrénique de la société prise dans son ensemble 1 . Et je ne parle pas des contenus malsains, mais de l'usage courant de ces resososses (messages de nouvel an envoyés en masse sans aucun contenu personnel, photos de se que l'on bouffe ou des vacances que l'on passe alors que ça n'intéresse personne, discussions en boucle sur un sujet où tout le monde est d'accord mais qui est en décalage complet avec les réalités du moment, photo du petit dernier pour la grand-mère, etc.)
Sans parler qu'on a des fortunes en jeu sur l'utilisation de ces cochonneries, donc une éventuelle bonne volonté populaire ne fait pas le poids en face de ces entreprises qui dominent le monde. Et dont le métier est justement de conditionner les gens (et donc entre autres de les conditionner à trouver essentiel l'usage de l'outil qui permet ce conditionnement).
Du coup, on en revient à des solutions techniques, qui jamais ne pourront résoudre le nœud du problème, ça revient à jeter du sable dans une rivière pour empêcher l'eau de couler.
Je vois un parallèle criant avec le problème de l'extraction minière, de l'exploitation effrénée des territoires des pays plus pauvres, de l'injustice sociale de plus en plus criante, enfin, de chacun des problèmes sociaux de notre époque quand on le prend en particulier et le détache de son ensemble.
Par exemple, pour l'extraction minière, comment empêcher la consommation effrénée de l'électronique dans tous ses aspects, qui provoque la misère des mineurs dans les pays d'où sont extraits les métaux rares (ou moins rares) nécessaires à la fourniture du matériel consommé dans cette orgie. Mineurs qui sont quelquefois mineurs au sens de l'âge, en CDD de plus en plus souvent pour empêcher les grèves, favoriser les bas-salaires et ne pas avoir à être responsables des inéluctables maladies que crée la mine. Sans parler des populations riveraines (épuisement de l'eau, risque réel de rupture de barrage de rétention des déchets, etc.)
L'immigration est également un problème de ce type, insoluble en tant que problème particulier : comment quelqu'un qui vit dans la misère dans son pays ne tenterait-il pas de se déplacer vers un endroit où l'argent est plus facilement accessible, et de quel droit les États des pays dont la richesse provient justement de l'exploitation des endroits d'où viennent les immigrants refusent de recevoir ces derniers ? Pour la même raison que les mineurs sont exclus des CDD et condamnés à des maladies professionnelles, ou que les modérateurs de fesse-de-bouc ou autres soient juste considérés comme du carburant pour faire tourner ces horreurs. D'un autre côté, ceux qui habitent dans les pays d'accueil ont peur de voir leur bien-être diminuer et se révolte contre un afflux massif, c'est donc encore un problème dont la solution n'existe pas en dehors d'une solution plus générale, qui elle est bloqué par la manière dont l'argent et les fortunes se créent et circulent dans ce monde de cinglés.
Note : mon texte s'est croisé avec le texte de Jehan, j'aurais peut-être écrit différemment si je l'avais lu avant. N'empêche, j'ai l'impression que les deux avis se complètent bien, et qu'on voit le problème de la modération de la même manière.
Pour rappel, dans une névrose ou psychose, l'esprit tente combattre le malaise ou l'inadaptation psychique avec avec une solution qui de fait l'accroît. Et pour rappel également, une société, somme des individus qui la compose, peut développer en tant que société une psychose, au même titre qu'un individu. Le problème est que cette psychose prédispose chaque individu à développer cette psychose. Jung a écrit des choses très intéressantes à ce sujet au début du nazisme puis après sa chute (malheureusement non disponible en français, seulement en anglais), en analysant justement la psychose de la société allemande et le rapport dialectique de celle-ci avec le comportement des Allemands dans leur ensemble, mais en tant qu'individus (évidemment, chaque individu a les capacités de réagir contre cette ambiance délétère, tous les Allemands ne soutenaient pas le nazisme, loin de là, et actuellement de nombreux individus s'élèvent contre cette maladie du tout et toujours connecté). Reich également fait de nombreuses observations pertinentes dans Psychologie de masse du fascisme, mais elles sont moins applicables à notre époque, je trouve. ↩