Je ne vois pas trop en quoi développer une distribution Linux de plus contribuerait véritablement à la souveraineté numérique européenne. Et, quand bien même ce serait le cas, je ne pense pas non plus que ce serait l'action la plus pertinente à engager pour atteindre ce but !
Mais d'abord qu'est-ce que la souveraineté numérique et où est-ce qu'elle est mise en danger ?
Je pense que cela se joue principalement sur notre continuité d'activité, sur la sécurisation de nos informations et sur la maîtrise de nos coûts de fonctionnement.
Parmi quelques exemples récents d'atteintes à la souveraineté numérique, on peut citer :
- l'embargo sur la fourniture de certains composants électroniques, de logiciels ou de services informatiques à la Russie (par exemple dans le cadre du 14ème paquet de sanctions)
- l'embargo sur la fourniture de certains processeurs à la Chine ou sur l'utilisation d'Android par Huawei, qui a du coup développé son alternative HarmonyOS,
- l'impôt de 15 milliards levé par Broadcom sur les entreprises européennes utilisatrices de VMware.
Sur la non continuité d'activité, l'Europe représente un tel marché pour les logiciels américains que jamais ils ne nous bloqueront l'accès à leurs logiciels.
Même sur un coup de folie dont leur prochain président est coutumier...
Par contre, ils pourraient en augmenter le prix, comme ça a été le cas avec Broadcom, ou plus vraisemblablement l'Europe pourrait taxer plus fortement ces importations en rétorsion d'augmentations des droits de douane sur nos exportations.
Dans les deux cas, cela pousserait au développement d'offres locales et ils auraient plus à y perdre que nous.
Le sujet est plutôt sécuritaire, avec la possibilité d'envoi de mises à jour pouvant exfiltrer certaines données sensibles de nos systèmes ou y inclure des portes dérobées au profit de compétiteurs américains.
Pour contrer cela, il ne suffirait pas de produire une distribution européenne de Linux, mais il faudrait vérifier toutes les modifications upstream sur le noyau, les logiciels agrégés à la distribution retenue et un très grand nombre de solutions tierces. Vaste programme, comme aurait pu le dire le Général de Gaulle !
Je crois toutefois qu'un effort Européen sur la vérification des algorithmes de chiffrement serait utile.
Reste l'enjeu économique, où là, sans hésitation, l'Etat français et ses homologues européens ont tout intérêt à se détourner autant que possible des logiciels propriétaires, ce qui n'implique pas pour autant de développer une nouvelle distribution Linux.
Car la question porte essentiellement sur les applications.
Et puis, au fond, est-ce que le système d'exploitation du poste de travail est encore le sujet ?
On est quand même entrés depuis plusieurs années dans une ère où on ne fait plus tourner grand chose sur ces postes.
La plupart des applications sont désormais hébergées dans des datacenters privés ou publics, et ce n'est pas l'offre qui manque en Europe, même si, fonctionnellement, nos offreurs sont un peu en retard technologique sur les 3 grands hyperscalers américains.
Les distributions Linux européennes ont l'air d'avoir toutes mis la clé sous la porte. Le français Mandrake/Mandriva, comme l'allemand SUSE. Faut-il en faire une nouvelle ?
Le moteur de recherche européen, Qwant, fonctionne aujourd'hui sur des technologies US.
Les initiatives sur le cloud, Cloudwatt, Numergy, CompatibleOne, ont toutes capotées. Et bientôt Gaia-X, noyauté par des offreurs américains ?
Les virtualiseurs européens, Xen et VirtualBox, sont tous passés sous pavillon US.
Je n'ai pas trop le temps de développer tout ça ce soir, mais il est clair que le sujet de la souveraineté numérique est bien plus complexe que de simplement relancer une nouvelle distribution Linux européenne.
A la place, je regarderais plutôt du côté de la protection de nos jeunes pousses innovantes (et donc du développement d'un capital risque européen digne de ce nom), du côté de la rétention de notre matière grise (nos ingénieurs qui vont chercher fortune outre-Atlantique), etc.
# En quoi cela contribuerait-il à la souveraineté numérique européenne ?
Posté par HubTou (site web personnel) . En réponse à la dépêche Une pétition pour un « EU-Linux » : un appel à la souveraineté numérique européenne. Évalué à 10.
Je ne vois pas trop en quoi développer une distribution Linux de plus contribuerait véritablement à la souveraineté numérique européenne. Et, quand bien même ce serait le cas, je ne pense pas non plus que ce serait l'action la plus pertinente à engager pour atteindre ce but !
Mais d'abord qu'est-ce que la souveraineté numérique et où est-ce qu'elle est mise en danger ?
Je pense que cela se joue principalement sur notre continuité d'activité, sur la sécurisation de nos informations et sur la maîtrise de nos coûts de fonctionnement.
Parmi quelques exemples récents d'atteintes à la souveraineté numérique, on peut citer :
- l'embargo sur la fourniture de certains composants électroniques, de logiciels ou de services informatiques à la Russie (par exemple dans le cadre du 14ème paquet de sanctions)
- l'embargo sur la fourniture de certains processeurs à la Chine ou sur l'utilisation d'Android par Huawei, qui a du coup développé son alternative HarmonyOS,
- l'impôt de 15 milliards levé par Broadcom sur les entreprises européennes utilisatrices de VMware.
Sur la non continuité d'activité, l'Europe représente un tel marché pour les logiciels américains que jamais ils ne nous bloqueront l'accès à leurs logiciels.
Même sur un coup de folie dont leur prochain président est coutumier...
Par contre, ils pourraient en augmenter le prix, comme ça a été le cas avec Broadcom, ou plus vraisemblablement l'Europe pourrait taxer plus fortement ces importations en rétorsion d'augmentations des droits de douane sur nos exportations.
Dans les deux cas, cela pousserait au développement d'offres locales et ils auraient plus à y perdre que nous.
Le sujet est plutôt sécuritaire, avec la possibilité d'envoi de mises à jour pouvant exfiltrer certaines données sensibles de nos systèmes ou y inclure des portes dérobées au profit de compétiteurs américains.
Pour contrer cela, il ne suffirait pas de produire une distribution européenne de Linux, mais il faudrait vérifier toutes les modifications upstream sur le noyau, les logiciels agrégés à la distribution retenue et un très grand nombre de solutions tierces.
Vaste programme, comme aurait pu le dire le Général de Gaulle !
Je crois toutefois qu'un effort Européen sur la vérification des algorithmes de chiffrement serait utile.
Reste l'enjeu économique, où là, sans hésitation, l'Etat français et ses homologues européens ont tout intérêt à se détourner autant que possible des logiciels propriétaires, ce qui n'implique pas pour autant de développer une nouvelle distribution Linux.
Car la question porte essentiellement sur les applications.
Et puis, au fond, est-ce que le système d'exploitation du poste de travail est encore le sujet ?
On est quand même entrés depuis plusieurs années dans une ère où on ne fait plus tourner grand chose sur ces postes.
La plupart des applications sont désormais hébergées dans des datacenters privés ou publics, et ce n'est pas l'offre qui manque en Europe, même si, fonctionnellement, nos offreurs sont un peu en retard technologique sur les 3 grands hyperscalers américains.
Les distributions Linux européennes ont l'air d'avoir toutes mis la clé sous la porte. Le français Mandrake/Mandriva, comme l'allemand SUSE. Faut-il en faire une nouvelle ?
Le moteur de recherche européen, Qwant, fonctionne aujourd'hui sur des technologies US.
Les initiatives sur le cloud, Cloudwatt, Numergy, CompatibleOne, ont toutes capotées. Et bientôt Gaia-X, noyauté par des offreurs américains ?
Les virtualiseurs européens, Xen et VirtualBox, sont tous passés sous pavillon US.
Je n'ai pas trop le temps de développer tout ça ce soir, mais il est clair que le sujet de la souveraineté numérique est bien plus complexe que de simplement relancer une nouvelle distribution Linux européenne.
A la place, je regarderais plutôt du côté de la protection de nos jeunes pousses innovantes (et donc du développement d'un capital risque européen digne de ce nom), du côté de la rétention de notre matière grise (nos ingénieurs qui vont chercher fortune outre-Atlantique), etc.