• [^] # Re: Cela reste un mystère pour moi...

    Posté par . En réponse au lien Linux de plus en plus populaire sur PC !. Évalué à 7.

    Bien d’accord avec toi. Faut pas faire comme ce que je fais ici en leur faisant une réclame pas possible. J’ai pas installé beaucoup de GNU/Linux autour de moi, peut-être une dizaine, je n’ai qu’une fois où je sais avoir donner une très mauvaise image : une installation d’une Ubuntu récente sur un PC qui matériellement suivait pas, le truc archi-lent, et une autre personne, qui, ne m’ayant plus sous la main en cas de problème,qui furent pourtant quasi-inexistant sur au moins cinq ou six ans sous Ubuntu, est repassée sous Windows pour une raison que j’ignore. Peut-être un besoin d’un soft particulier.

    Ou comme je l’évoquais, le sentiment, objectivement pas dénué de fondement, qu’avec Windows elle trouverait toujours des personnes pour l’aider en cas de pépin dans son entourage, alors qu’avec Linux ce ne serait pas le cas.

    Pour ma part, tous les gens qui sont venus vers moi avec un PC totalement pété niveau OS, qui nécessitait de toute manière une réinstallation, je leur disais, et sans place laisser la moindre place à toute négociation, que je pouvais leur installer Linux mais que je ne connaissais rien à Windows. La vérité c’est que j’en connaissais assez pour savoir que je ne voulais simplement pas faire une telle choses).
    Je leur disais bien que p-e ils n’aimeraient pas, et que dans ce cas ils pourraient toujours se faire remettre un Windows par quelqu’un d’autre, que ça coûtait donc rien d’essayer.
    En les prévenant aussi qu’ils ne pourraient pas faire fonctionner tel ou tel logiciel.
    Je prenais les exemples MS Office et Photoshop, et évoquais « les derniers jeux à la mode », point.
    Puis indiquais qu’il y avait des alternatives. En dehors du cas de l’Ubuntu qui s’est avérée tellement lente qu’inutilisable que j’évoquais, tous les gens étaient très contents et agréablement surpris.

    J’ai eu un jour le cas d’un collègue (informaticien) qui m’explique qu’il est emmerdé parce qu’il a un vieux portable avec un écran cassé. Il fonctionne uniquement avec un écran externe. Il utilisait jusqu’ici grosso modo comme un média-center. Pour je ne sais plus quelle raison il devait réinstaller l’OS, donc Windows, et que malgré tout ses efforts, impossible de faire l’installation juste avec l’écran externe. Il connaissait de Linux que les serveurs RHEL du taf sur lesquels il avait à opérer, autant dire que pour lui c’était comparable à l’AS/400, à dix-milles lieux de penser que ça pouvait être utilisé sur un desktop. Je lui suggère, lui montre là où il peut télécharger Ubuntu, lui explique comment faire la clé USB, notamment de faire attention à bien copier l’image sur la clé, mais pas copier le fichier de l’image sur un FS sur la clé... et lui dit qu’il a rien à perdre. Ça faisait trois jours qu’il essayait d’installer son Windows sans succès, il allait se résoudre à lâcher l’affaire et bazarder le laptop puisque payer pour changer l’écran n’était pas une option pour lui.

    Le lendemain même, parfaitement guilleret le collègue : « Super ! ça marche, c’est trop bien ! » Il commençait à raconter son aventure aux autres collègues en mode : « J’ai découvert Linux c’est trop bien, mon PC, nickel ! Bla bla :) ». La plupart des collègues l’arrêtait assez rapidement car ils connaissaient déjà, eux. ^
    Peut-être qu’il n’utilise plus Linux aujourd’hui, peu importe, je sais qu’au moins, il sait que ça existe et que ça présente des avantages dans certains cas, comme celui qu’il a rencontré avec son ordi à l’écran pété. Faudra que je lui demande à l’occasion tiens, je le croise encore de temps en temps.

    L’autre « évangélisation » dont j’ai été assez satisfait, c’est le pote, pas informaticien du tout, et qui veut se mettre aux crypto-monnaies. Je ne connais pas les détails mais manifestement il a été convaincu par des gens sur le web que pour gérer correctement des crypto-monnaies Linux était un must. Quelle que soit la véracité de cette assertion, je n’allais évidemment pas lui suggérer que c’était ne serait-ce qu’à relativiser .
    J’ai du lui dire un truc comme : « Ouai Linux c’est mieux, et pas que pour les crypto. Je peux te l’installer ».
    Donc, je passe un aprèm’ chez lui, je lui installe Ubuntu devant lui, en lui expliquant ce que je peux lui expliquer au fur et à mesure, en essayant d’aller à l’essentiel pour pas le noyer sous l’information, je lui montre vite fait comment allumer, éteindre, faire les mises à jour, installer des logiciels et basta.
    En partant j’ai éprouvé une certaine inquiétude. La crainte qu’il m’appelle tous les quatre matins pour ceci ou cela, et surtout, par rapport aux crypto-monnaies, car je ne connaissais vraiment pas des masses moi-même à l’époque, et là, on parle de thunes : un mauvais conseil, même un bon conseil mal compris, et ça peut se traduire par de la caillasse qui disparaît, et potentiellement une amitié qui se termine. Je ne lui dis évidemment pas cela mais j’ai cette crainte bien en tête en le quittant.
    Et bien, pas un seul appel. Je l’ai revu environ deux mois après pour faire une petite soirée avec d’autres potes. Du coup je lui demande ce qu’il en pense de Linux. J’ai été agréablement surpris qu’il m’explique, limite en s’excusant un peu, qu’il avait remplacé l’Ubuntu par une Mint, « parce que c’est mieux », et que et bien ça marche nickel. Il me parle de Bitcoin, de Monero... il suivait assurément les conseils de je ne sais quelle communauté mais c’est toujours comme ça qu’on apprend, alors loin de moi l’idée de chercher à influer sur un tel processus (à moins d’un danger réel évident bien sûr...).
    Personne n’apprend à utiliser un logiciel uniquement d’après le manuel.
    Encore une fois : il n’est pas informaticien (magasinier), loin d’être con mais pas particulièrement intelligent non plus (pas reconnu comme tel tout du moins), et le fait d’assister à une seule démonstration d’installation d’un OS GNU/Linux a suffit à ce qu’il se sente capable, et le soit réellement, d’installer et utiliser un OS GNU/Linux, bien qu’ayant connu uniquement Windows toute sa vie.
    Il devait avoir grosso modo 35 ans et c’était il y a à peu près 5 ans, p-e un peu plus, pour donner une idée. Une belle illustration de l’adage : « Quand on veut on peut. », qui s’il n’est pas vrai pour tout, l’est pour énormément de choses.

    J’ai aussi pu observer de véritable pépite d’hypocrisie de la part d’informaticiens et/ou geek pour justifier leur désintérêt de l’alternative Linux par autre chose que la flemme de changer ou le choix purement arbitraire. Bien qu’ils eussent très souvent un tas de reproches à faire à Windows sur ceci ou cela, et des problèmes réguliers, d’hiver et avariés.

    Une fois, début de carrière pro, vingt ans de ça, utilisateur de GNU/Linux sur mon desktop depuis p-e un ou deux ans, un autre informaticien plus âgé, un collègue plus expérimenté que moi, me questionne à ce sujet : « Ah bon ? mais c’est vraiment utilisable au quotidien ? C’est pas fait pour ça, c’est pour les serveurs, ça doit être galère à maintenir, je vois très bien, j’avais testé quand c’est sorti. ».
    Je lui explique donc qu’aujourd’hui il y a des gestionnaires de packages, des interfaces graphiques et qu’on ne passe pas son temps à compiler son noyau et rentrer des commandes ésotériques (bon à l’époque, un peu quand même, soyons honnête... comparé à de nos jours), bref, que c’est utilisable, et très bien, et qu’il devrait s’y ré-intéresser parce que c’est le futur et c’est trop bien, et Microsoft c’est le mal. Voilà.
    Je me souviendrai toujours, qu’au lieu de me dire simplement qu’il était tout de même assez satisfait de son Windows, du moins, bien assez satisfait pour avoir autre chose à foutre que de passer du temps à (re)-découvrir GNU/Linux, il m’a expliqué en substance que si aujourd’hui Linux c’était des interfaces graphiques, un OS pour « monsieur et madame tout le monde », et qui allait donc fatalement ressembler comme deux gouttes d’eau à Windows (lol), ça n’avait strictement plus aucun intérêt, en tous cas à ses yeux, car tout l’attrait qu’il avait pour Linux c’était cet aspect exotique, artisanal, le plaisir intellectuel qu’il pouvait y avoir à partir d’un script configure en erreur pour trouver ce qu’il fallait compiler avant... C’était uniquement ce caractère expérimental qui comptait. Je n’avais cherché plus que ça à le convaincre du contraire, d’une part car je n’avais aucune chance vu la mentalité du gus, et d’autre part, à ce moment là, comme encore aujourd’hui, l’hypocrisie que je dénonce n’est que supputation de ma part, il pouvait bien penser ça vraiment, et c’est évidemment son droit le plus strict et pas une position qui serait idiote ou gênante pour qui que ce soit.

    Aujourd’hui je peux comprendre que des personnes, qui quel que soit leur âge, ont au moins une ou deux décennies d’habitudes et de compétence acquises sur Windows, revendiquent de faire le choix de continuer à l’utiliser, quand bien même il n’existerait ni point technique bloquant ni manque de compétence de leur part à migrer vers Linux, et qu’ils considèrent donc le moindre désagrément vécu en essayant de se mettre au desktop Linux comme une raison suffisante à elle seule pour rester sur Windows.
    Cependant, quand j’observe les problèmes qu’ils rencontrent sous Windows, qui ne sont pas les mêmes que sous GNU/Linux mais quand même loin d’être insignifiant, et que leur décision dépend d’un essai de Linux qu’ils ont pu faire il y a dix ou même cinq ans, je me dis qu’ils passent quand même à côté d’un truc.
    Puisque évidemment moi aussi je dois veiller à justifier mentalement mes propres choix pour éviter toute dissonance cognitive ! ;)

    Vous avez lu jusque là ?! Chapeau bas !