• [^] # Re: TLDR ; L'epoxy anti retro-ingienerie c'est nickel et c'est pas pour les voyous

    Posté par . En réponse au journal Sécurisation du port USB-C sur smartphone pour moules barbares. Évalué à 4. Dernière modification le 16 octobre 2024 à 03:32.

    Merci pour ton analyse détaillée et pour l’empathie dont tu fais preuve. Ta suggestion de la goutte d'époxy dans le connecteur semble en effet être une solution équilibrée, surtout dans le cadre de la protection des individus face aux abus potentiels de l'État. Comme tu le soulignes, cette approche protège les utilisateurs de manière réaliste et raisonnable sans compromettre les enquêtes légitimes.

    J'apprécie particulièrement l'idée de permettre un usage régulier du téléphone sans contraintes excessives, hormis la recharge par induction. Ce compromis permet de respecter les besoins quotidiens tout en ajoutant un niveau de protection efficace lors d'événements de contrôle. En effet, le système proposé dissuade les processus d’extraction automatisée de données en limitant les accès à un niveau standardisé.

    En imaginant des scénarios tels que des contrôles aux frontières ou des gardes à vue non justifiées, on constate combien il est essentiel de disposer de mécanismes qui protègent les droits individuels tout en permettant à l'État de mener des investigations légitimes lorsqu'elles sont bien encadrées. Comme tu le dis si bien, cela dissuaderait les abus tout en respectant les procédures légales nécessaires pour des enquêtes approfondies.

    Je comprends d’autant plus l’importance de ces protections ayant moi-même été traumatisé par la violence de ce qui m'est arrivé dans le passé. La pression exercée a été démesurée, d’autant plus qu’elle provenait d’un fonctionnaire ayant à peine les compétences nécessaires pour taper un procès-verbal, truffé de fautes, refusant de corriger les erreurs. Ce même fonctionnaire, avec si peu de qualification, possédait un tel pouvoir de nuisance. Même le simple fait de demander un papier confirmant la confiscation du matériel m'a été refusé.

    Cela fait 6 ans que mon matériel a été confisqué, et je n'en ai plus jamais entendu parler. Lorsque j'ai entrepris des démarches au bout d'un an, on m'a bien fait comprendre que je les dérangeais et qu'il fallait prendre un avocat. J'avais pourtant refusé un avocat lors de ma garde à vue, car je n'avais rien à me reprocher. Au final, le système m'a pris en otage, car il aurait fallu dépenser une somme importante pour faire valoir mes droits et récupérer mon matériel (un ordinateur portable de 2000 € et un smartphone de plusieurs centaines d'euros) sans savoir dans quelles conditions ils avaient été stockés. Cela m’aurait coûté plus cher simplement pour défendre mes droits.

    Mais avec le recul, je suis en quelque sorte heureux d'avoir vécu cette expérience, car elle m'a permis de comprendre ce qui se passe réellement dans ces situations. J'ai réalisé à quel point il est dangereux d'être pris dans un système où il est impossible de lutter ou de s'exprimer. J'aurais pu rencontrer bien plus de difficultés et m'en sortir beaucoup plus mal. Une petite journée en garde à vue n'est pas si grave en soi, mais cela aurait pu dégénérer et aboutir à une incarcération préventive le temps d'une enquête, simplement parce que j'utilise Debian et Signal, des outils qu'ils ne comprenaient pas. De plus, j'avais une vague ressemblance avec quelqu'un de même corpulence. Pour certains de mes déplacements, j'utilisais BlaBlaCar, ce qui est apparemment super suspect passé un certain âge. Donc, si on utilise le covoiturage, c'est qu'on cherche à se déplacer discrètement sans laisser de traces...

    Il faut aussi considérer que les fonctionnaires ne sont pas toujours bien intentionnés. Imagine un scénario où un fonctionnaire pourrait être payé pour nuire à quelqu’un : son matériel est confisqué, on lui extorque son mot de passe, et du contenu y est ajouté avant qu’un rapport soit établi par un expert ou une machine. La moindre des choses serait d’avoir un système de scellés, avec un numéro, et que des documents indiquant ces numéros soient remis à la personne concernée. Cela permettrait de garantir une traçabilité et une organisation plus propre et plus respectueuse des droits individuels.

    Il est normal qu’un expert analyse et rédige un rapport pour une autorité judiciaire. Mais le fait qu’on en vienne aujourd'hui à utiliser des rapports pseudo-automatisés, basés sur de simples extractions de mots-clés, est choquant. Cela banalise le processus et ajoute une dimension d’arbitraire, qui peut affecter injustement les personnes concernées.

    Le vrai criminel, cependant, est déjà protégé par le chiffrement. Actuellement, il est pratiquement impossible de casser le chiffrement LUKS-DMCRYPT pour GNU/Linux ou même FBE pour Android, à condition que le mot de passe soit suffisamment solide (par exemple, en utilisant un diceware). Néanmoins, dans un cadre juridique bien établi, le criminel doit être prêt à accepter la sentence : soit il fournit ses clés de déchiffrement, soit il accepte une peine par défaut. Ce n'est peut-être pas parfaitement équilibré, mais si la justice dispose de preuves matérielles suffisantes pour l'incriminer, alors cette approche est justifiée et compréhensible.

    Depuis cet événement, j'ai appris à minimiser mes traces numériques au strict minimum sans tomber dans la paranoïa. Pendant un temps, j'ai utilisé Tails quotidiennement, en le personnalisant avec des scripts bash. Puis, après un retour à la réalité, j'ai réinstallé une bonne vieille Debian et je travaille désormais dans un ramdisk. À chaque redémarrage, je repars de zéro et je récupère les données dont j'ai besoin depuis mon backup. Cela m'oblige à avoir un backup solide et me permet de protéger ce que je pense.

    Quand on sait que des militants ont été incarcérés simplement parce qu'ils utilisaient des logiciels que même de vrais terroristes n'utilisent pas, cela me glace le sang. Je me rends compte qu'aspirer à une société plus humaine et plus égalitaire peut nous exposer à des risques, et que nous pouvons perdre notre liberté à cause de l'incompétence de certains fonctionnaires, alors que des crimes bien plus graves restent sans réponse adéquate de la justice.

    Il devient de plus en plus important de protéger nos idées philosophiques et politiques, au risque d'être considérés comme des citoyens à risque simplement en raison de nos connaissances techniques ou de nos réflexions. En un sens, un criminel est moins dangereux, car il est beaucoup plus simple à analyser. C'est triste à dire, mais un criminel correspond à une norme que la justice parvient plus facilement à comprendre.

    Merci encore pour ton partage et ta réflexion poétique – en effet, il est important de ne pas oublier l’aspect humain et les aspirations de chacun, même dans des contextes où la technique et la procédure prennent souvent le dessus.