• [^] # Re: Oui, droit à l'oubli, droit à changer d'avis : démocrate et lté d'exp.

    Posté par (site web personnel) . En réponse au journal Droit à l'oubli ?. Évalué à 10.

    Les notions de gauche, droite, extrême-gauche, extrême-droite n’expriment rien en terme de doctrine politique, ce ne sont que des expressions pour exprimer des allégeances de manière la plus floue possible, afin de réduire les interactions politiques à des disputes claniques dont les appartenances seraient elle-mêmes réduites au plus simple conformisme dans chacun des « bords ».

    Ces notions ont un sens pourtant assez clair. Ces notions sont documentées et la classification médiatique comme dans la population se rejoignent à peu près. Le Conseil d'État est également assez clair sur les critères pour par exemple considérer LFI comme de gauche tandis que le RN est d'extrême droite.

    Après forcément il y a des cas plus litigieux mais globalement on ne classera jamais les communistes à droite, ni même LREM à gauche. Par exemple LR d'extrême droite ou pas ? Cela peut se discuter, car c'est moins net que pour le RN, en tout cas avec le temps ils s'en approchent.

    Par contre dans l'ensemble de ton propos, tu oublies une nuance de taille qui invalide tout ton discours : deux partis d'extrême gauche et d'extrême droite peuvent avoir des différences énormes. C'est d'ailleurs assez visible, la gauche en France est peu unie pour cette raison, et l'extrême droite à tendance à se fragmenter. On le voit à l'échelon européenne d'ailleurs la difficulté d'avoir un front uni de l'extrême droite européenne car de fait ils s'opposent entre eux.

    Par exemple le communisme révolutionnaire et les anarchistes sont des groupes d'extrêmes gauches car il y a une volonté de renverser le système de manière potentiellement violente. Mais le communisme et l'anarchisme s'il y a des valeurs communes cela reste des projets très très différents.

    L'extrême droite aussi par ailleurs, entre le royalisme d'Action française et le républicanisme du RN il y a un onde même si les traits communs font qu'ils sont du même bord politique dans l'absolu. Donc rien n'empêche un membre d'un parti d'extrême droite de rejeter un autre parti d'extrême droite et de les critiquer ouvertement.

    ils se déplacent autant que la fenêtre d’Overton, au gré de ce que ce qui est considéré comme acceptable ou non par les populations et les clans. Par exemple il y a quelque siècle l’extrême-droite désignait les royalistes, alors qu’aujourd’hui certains désignent par ces mots les patriotes ou les nationalistes. Mais en même temps, certains désignent certains mouvements passé comme le nazisme comme étant d’extrême droite, alors que pourtant la conviction patriote ou nationaliste de ceux qui ont résisté contre le nazisme serait aujourd’hui considéré d’extrême droite. C’est vraiment très fluide tout ça.

    Une des caractéristiques de l'extrême droite (exemple de description ici : https://fr.wikipedia.org/wiki/Extr%C3%AAme_droite#Caract%C3%A9ristiques_g%C3%A9n%C3%A9rales) c'est la décadence de la société moderne et la volonté de revenir à un ordre ancien glorifié.

    Il est donc totalement cohérent que les royalistes d'hier après la Révolution soient classées à l'extrême droite. D'ailleurs les partis royalistes aujourd'hui en France comme Alliance Royale ou Action française sont aussi classées ainsi.

    Le RN n'est pas royaliste car leur âge d'or fantasmé est probablement dans les 30 Glorieuses.

    Plongeons plus profondément dans cette confusion, pour rire un peu. Prenons l’exemple de l’abbé Paillon, curé de Maillé, village rasé par les nazis en 1944, il introduit son ouvrage de 1945 « Maillé martyr » qui témoigne du drame par son analyse personnelle et comment il trouve dans Mein Kampf les causes doctrinales du crime qui a décimé son village : la théorie nazie de l’ « Allemagne au dessus de tout » et celle de l’ « explication définitive avec la France ». Si les nazis sont d’extrême droite, alors l’abbé Paillon qui dénonce le nazisme dénoncerait donc l’extrême droite. Pourtant il était lui-même catholique et ses avis sur l’IVG étaient probablement en contradiction avec l’auteur du journal qui semble considérer que l’extrême-droite sont ceux qui ne pensent pas comme lui sur ces sujets. Ce curé était-il alors d’extrême droite lui-aussi ?

    En fait tu fais des amalgames assez importants.

    Tout d'abord, il ne faut pas analyser les années 45 avec notre regard d'aujourd'hui. Un curé de 1945 anti IVG ce n'est pas vraiment la même chose qu'un curé anti IVG aujourd'hui car les moeurs ont changé, ce qui était du conservatisme à l'époque devient une volonté de retour en arrière malgré l'évolution des moeurs et de la société depuis. Et le retour en arrière c'est une caractéristique de l'extrême droite quand le conservatisme est une valeur de droite.

    Ensuite il ne suffit pas d'être catho ou anti IVG pour être d'extrême droite dans l'absolu même si ça peut être des marqueurs. Il faut voir les autres positions. Notamment l'une des caractéristiques de l'extrême droite c'est la peur du métissage (immigration donc), l'importance de l'ordre publique, la normalisation des valeurs de société, etc. Rien n'empêche dans l'absolu d'être contre l'IVG tout en ayant des postures plus sobre sur ces questions, surtout à cette époque.

    Ce curé était-il alors d’extrême droite lui-aussi ? Et quelques années plus tôt lorsque le parti-communiste Français est entré officiellement en résistance en 1941, le nom de ce mouvement de résistance s’appelait « Front National » et avait comme logo officiel un drapeau bleu-blanc-rouge en forme de France portant les deux lettres « FN ». Ces symboles étant très marqués à l’extrême droite selon certains commentateurs, le parti-communiste était-il d’extrême droite en 1941 lorsqu’il résistait contre les nazis ?

    Ce n'est pas parce que la Résistance utilisait le drapeau français (surtout dans un contexte de guerre) avec un logo et un nom qui évoque un parti d'extrême droite dans notre passé récent que cela veut dire grand chose sur la résistance.

    L'usage du drapeau français n'est pas d'extrême droite, tout dépend du contexte d'utilisation. Une manifestation contre l'immigration avec des drapeaux français de partout ça a une autre connotation que ces drapeaux utilisées lors d'une manifestation sportive par le public.

    Puis bon, le parti en question étant né après la Résistance française, faudrait plutôt se demander si le parti n'a pas essayé de faire de la récupération politique plutôt que de condamner la Résistance.

    Certains pourront dire que oui puisqu’ils luttaient contre le nazisme et que le nazisme est d’extrême gauche puisque le national-socialisme est littéralement l’idée socialiste d’une nation produite par un contrat social, ce qui est précisément la pensée contractualiste de la révolution française qui est forcément d’extrême gauche puisque l’extrême droite est royaliste !

    Le parti nazi n'était pas de gauche : https://factuel.afp.com/doc.afp.com.9D62N3

    Ce n'est pas un hasard si le communisme a été sévèrement combattu en Allemagne par les nazis, et la volonté de tuer massivement les juifs, étrangers, communistes, homosexuels, handicapés, etc. est clairement un indicateur fort de l'extrême droite (eugénisme, non volonté de métissage, supériorité des Allemands sur les autres peuples). Sans oublier l'importance de l'autoritarisme, de l'ordre public, etc. qui en sont aussi des marqueurs.

    Le parti nazi n'a de socialisme que le nom. Il n'y a rien de gauche dedans, c'est un non sens historique que de le dire alors que c'est un parti qui caractérise le mieux l'extrême droite dans ses excès.

    De toute façon on a bien la preuve que les communistes sont d’extrême droite puisque le secrétaire général du Parti Communiste Français Georges Marchais dans les années 1980 disait « Il faut stopper l’immigration », discours que tient le Rassemblement National aujourd’hui, parti qui est d’extrême droite parce que nationaliste et patriote comme l’étaient les communistes de l’autre FN de 1941 ! Mais en même temps le PCF est placé à l’opposé de l’hémicycle comparé au RN donc si le parti communiste est d’extrême droite, alors le rassemblement national est d’extrême gauche ! CQFD !

    Ce discours n'est pas forcément terrible, et sans plus d'éléments (d'ailleurs le politologue contextualise le propos aussi), ce n'est pas exactement le même discours que l'extrême droite.

    Ici Marchais semble clairement s'opposer à l'immigration économique dans un contexte social difficile pour les ouvriers. L'objectif est d'éviter la misère, des français comme des immigrés.

    Le discours de l'extrême droite réutilise ces éléments de langage mais il y en a d'autres qui ne sont pas des détails :

    • Manque d'humanité dans la prise en charge (on laisse mourir les migrants qui viennent, on expulse à tout va, on ne leur assure pas les droits de base)
    • On transforme les immigrés en un combat de civilisation, les musulmans / arabes qui ne s'intègrent pas et qui ont de part leur origine ou religion forcément une incompatibilité à vivre en France
    • Les immigrés doivent donc s'intégrer en reniant leur histoire et culture (un plat hallal dans un resto / boucherie / cantine c'est le scandale, si le nom ne sonne pas trop français on les juge, si la couleur de peau n'est pas blanche c'est suspect, s'ils veulent une mosquée ou observer le ramadan on manifeste) : c'est le maintient de l'ordre
    • On essentialise le comportement des immigrés, quelqu'un d'immigré sera par défaut considéré comme un voyou, voleur, profiteur, etc.
    • Même après des générations en France, on leur dit de "rentrer chez eux", quand bien même ils ont la nationalité française et sont bien intégrés par ailleurs.

    Ce ne sont pas des éléments de langage qu'on retrouve dans le propos de Marchais, même si on peut discuter de son propos. Il ne coche pas de nombreuses cases de l'extrême droite à ce sujet.