• [^] # Re: Merci Air Canada

    Posté par . En réponse au lien IA : promesses de productivité, apocalypse pour l’emploi ? . Évalué à 2.

    Et ce, indépendamment de l'IA.

    Je trouve assez bizarre cette focalisation sur les erreurs des systèmes dits "IA" (dont beaucoup ne sont pas vraiment des IA, mais passons). Les modèles de langage peuvent se tromper : mal comprendre la question, ou "halluciner" une réponse. Ces erreurs sont différentes de ce dont on avait l'habitude avec, typiquement, les systèmes experts. Ces erreurs sont également différentes de ce qu'on pouvait avoir avec des humains. Mais si on vit dans le même monde, on sait très bien que les humains même entrainés peuvent faire d'énorme erreurs : ils sont fatigués, ils sont blasés de leur boulot chiant, ils ne sont pas bien formés, ils ne sont pas au courant qu'une règle a changé, ils donnent la bonne réponse mais le chef en a décidé autrement, etc. Ça arrive (enfin, ça "arrivait") souvent que vous appeliez les impots, la sécu, ou la SNCF, que vous obteniez une réponse, et qu'en fait c'était n'importe quoi. Il n'y a donc absolument rien de nouveau à avoir de temps en temps une réponse pas fiable quand on pose une question un peu complexe.

    Dans l'ensemble, les réponses des IA bien entrainées sont TRÈS convaincantes, et c'est justement ça qui est bluffant. Le fait qu'il existe des IA mal entrainées, ou que les IA même bien entrainées peuvent se faire tromper, c'est quelque chose d'évident et de trivial quand on comprend comment ces algorithmes fonctionnent. Je veux dire par là que les gens qui se pensaient malins en demandant à ChatGPT "combien de temps mettent deux femmes à faire un bébé" montrent juste qu'ils n'ont rien compris au fonctionnement des modèles de langages, mais ça n'a aucun intérêt.

    Moi ce que je vois plutôt, c'est qu'avec des IA bien entrainées, on peut espérer des réponses pertinentes à nos questions, chose qu'il était impossible d'avoir dans le monde d'avant les IA.

    Après, pour les emplois... le problème n'est pas vraiment le chômage, le problème c'est de se tirer sans dommage psychologique majeur de la découverte qu'une machine peut faire ton boulot suffisamment bien pour que ton patron ne voie plus l'intérêt de te payer pour ça. C'est le coup de la machine qui visse les bouchons de dentifrice dans Charlie et la Chocolaterie, cette constatation absurde qu'il semblait valorisant à un homme d'être payé pour un boulot idiot, et de l'orgueil qu'il tirait à "bien visser" les bouchons, qui seraient moins bien vissés par une machine. Il ne semble pas évident dans l'histoire que le progrès technique n'ait jamais créé de chômage de masse, le chômage est une conséquence des crises économiques, des catastrophes naturelles, de la mauvaise gestion des États, de la déconnexion entre la finance et l'économie réelle. Bien sûr, le chômage sectoriel peut être un gros problème (typiquement, les mineurs après la fermeture des mines de charbon), mais ça n'a pas d'impact sur le chômage global. Ça peut peut-être finir par arriver un jour, mais pour l'instant, je pense que ça n'est pas réellement arrivé.